Vaccin et soins personnels : la question qui tue

Vous confiez tout à votre coiffeur, mais lui, vous révélera-t-il s’il est vacciné ? Beaux malaises en perspective cet automne !

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Certaines questions étaient et demeurent taboues, qu’il s’agisse de notre âge ou de notre salaire annuel, par exemple. Le statut vaccinal pourrait s’y ajouter bientôt. Plus concrètement, vous pourriez être tenté de demander si le préposé aux bénéficiaires qui s’occupe quotidiennement d’un proche, ou encore le massothérapeute qui vous traite, a reçu ses deux injections. Ces travailleurs sont-ils tenus de fournir cette information ? Et leur patron peut-il exiger qu’ils soient vaccinés ? Les réponses ne sont pas si simples, reconnaissent Claude Gravel, avocat spécialisé en droit du travail du cabinet Gravel2 Avocats, et Bryn Williams-Jones, directeur du Département de médecine sociale et préventive et responsable des programmes de bioéthique à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Aucune distanciation physique n’est possible entre les coiffeuses, massothérapeutes ou esthéticiennes, par exemple, et leurs clients. Peut-on exiger d’eux une preuve vaccinale ?

Claude Gravel : Je peux le demander. Si la personne refuse de répondre, j’aurai à faire un choix : recevoir quand même le service ou aller ailleurs. Et ces refus risquent de créer de beaux malaises… 

Bryn Williams-Jones : La question se pose, mais la personne qui donne le service n’est pas obligée de répondre, et nous avons alors le droit d’aller ailleurs. Comme individus, nous avons parfois l’impression d’être dépourvus de moyens et de pouvoirs, mais le fait de consommer, de participer au développement économique peut devenir un soutien à des entreprises locales… et sécuritaires. Le propriétaire d’un commerce peut très bien imposer la vaccination à ses employés parce qu’il veut éviter des poursuites judiciaires, des ennuis avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail et la fuite de ses clients, qui risquerait de lui faire faire faillite. Pour bien vivre ensemble, il faut limiter nos propres libertés pour que nos concitoyens puissent profiter des leurs. Impossible de sortir d’une crise comme celle que nous vivons en ce moment sans contraindre nos comportements.

Dans les CHSLD et les résidences pour aînés, la vaccination obligatoire commence le 15 octobre seulement. Peut-on exiger dès maintenant que seules des personnes vaccinées s’occupent de nos proches ? 

Claude Gravel : Le contrat de soins est entre le bénéficiaire et l’établissement. C’est à ce dernier que revient l’obligation de prendre toutes les mesures pour assurer la santé et la sécurité du bénéficiaire, et aussi de son personnel. Par contre, exiger la vaccination amène toute une série d’enjeux juridiques, de refus, d’atteintes : doit-on imposer la mesure, en proposer d’autres moins intrusives ou offrir une solution de rechange aux vaccins avec une protection aussi efficace ? Comme je le dis souvent : entre le blanc et le noir, il y a 126 tons de gris. En clair, je peux demander aux membres du personnel soignant ou d’entretien de me confirmer s’ils sont vaccinés, mais ils ne sont pas obligés de me répondre. 

Bryn Williams-Jones : En ce qui concerne la vaccination pour le personnel soignant, nous avons le pouvoir de la réclamer, mais pas de l’exiger. En tant que consommateur de services, quelqu’un qui paie pour héberger un proche dans une résidence peut vouloir un environnement sain, mais peut aussi choisir un autre établissement. Évidemment, c’est lorsque nous avons la liberté de choisir… Par contre, demander à la direction d’un établissement si son personnel est vacciné, bien formé pour appliquer les mesures sanitaires, c’est une bonne chose à faire, surtout après les dégâts survenus dans les CHSLD au printemps 2020. Et il faut reconnaître que les soignants ont un devoir professionnel, des obligations, ils doivent viser les intérêts fondamentaux du patient. Ne pas se faire vacciner, c’est l’équivalent de refuser de se laver les mains ou de porter un masque. 

La vaccination obligatoire alimente le débat public et deux camps s’affrontent : ceux pour qui c’est une nécessité absolue, et les autres qui revendiquent leur liberté de choisir. Dans un contexte de crise sanitaire, comment réconcilier ces oppositions ?

Claude Gravel : J’ai toujours eu comme principe de vie qu’on a la responsabilité de nos avantages. Comme société, quand on se compare, il faut prendre conscience que nous sommes privilégiés d’avoir un système de santé comme le nôtre, où l’État nous prend en charge si nous sommes malades. C’est bien beau, le droit de ne pas être vacciné, mais il faut mesurer les impacts de notre décision. Accepter que l’autre ne soit pas vacciné et que, ce faisant, il contracte la COVID-19, ça signifie qu’il fréquentera peut-être le milieu hospitalier et prendra la place de quelqu’un nécessitant une opération. Personne ne veut cela, mais c’est la conséquence de l’exercice de ce droit.

Bryn Williams-Jones : Pour toutes sortes de raisons, la vaccination obligatoire à grande échelle est peu probable. Forcer un acte médical, ça va bien sûr à l’encontre des chartes, et c’est une chose qui date des années 1960-1970, lorsque nous avons signifié le rejet du paternalisme médical ; fini le temps où un médecin pouvait intervenir sans notre consentement. Dans un contexte où l’on valorise l’autonomie, la dignité et l’indépendance de l’individu, nous devons fournir un argumentaire solide. Mais cela s’inscrit dans une relation entre le soignant et le patient. Dans un contexte de santé publique, la dynamique change, parce que l’on ne vise plus des individus, mais des populations. Pour vous et moi, la vaccination est moins importante que pour la population en général. Il faut donc justifier les bienfaits collectifs autant que les bienfaits individuels.

Pourquoi la décision d’imposer la vaccination au personnel soignant du réseau de la santé est-elle si controversée ?  

Claude Gravel : L’article 123 de la Loi sur la santé publique donne de larges pouvoirs au gouvernement du Québec pour imposer une vaccination obligatoire. Mais avoir le pouvoir, c’est une chose ; l’exercer en est une autre ; assumer les conséquences de l’exercice, une troisième… Et n’oublions pas que lorsque l’on bouge un levier, ça change tout le reste. Par exemple, la vaccination imposée à l’ensemble du personnel du réseau de la santé pourrait provoquer un exode de travailleurs dont nous avons besoin. Est-ce que cela va servir l’objectif à atteindre ou nous en éloigner ?

Bryn Williams-Jones : Notre système de santé était fragile bien avant la pandémie. On impose les heures supplémentaires obligatoires aux infirmières, alors que l’on ne permettrait même pas ça aux conducteurs de poids lourds. Il faut comprendre que nos choix individuels ont des répercussions sur tout le système ; évitons de surcharger des infirmières et des médecins déjà surchargés. D’un autre côté, à partir d’un certain moment, les messages gouvernementaux ne passent plus. Je crois que c’est une bonne chose de politiser la discussion parce qu’elle revient dans l’espace public et oblige les gens à prendre position. Et ce qu’il y a de bien avec les mesures incitatives, comme le passeport vaccinal, c’est qu’elles augmentent le nombre de personnes vaccinées.

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Je crois que le problème est relié au système de santé. Je me rappel il y a quelques années, une mauvaise grippe a mis a genoux le système de santé. Quand il s agit d’un virus qui a un potentiel plus élevé comme le sars-cov-02…. Il y a mauvais conception a la base. Les électeurs et les partis politique ont construit ce système et on paie pour cette mauvaise conception. Le système est conçu pour traité les gens correctement rien de plus. Dans certain hôpitaux, il y n’a pas de salle de bain dans certain chambre ou fauteuil qui peut s’incliner pour l accompagnateur se repose.

On n a pas construit de capacité supplémentaire pour le covid-19. On dit qu’on n’a pas de ressource. Combien d’étudiant en médecine qu’on peut donné une formation avec une supervision qu’on peut utilisé? On aurait pu construire des chambre spécialisé en pression négative pour éviter de congestionné un système sous pression.

Le rapport sur les morts dans les CHLD mentionne une bureaucratie déficiente. Je connais des gens qui travail dans le réseau… Ce manque est assez constant et généraliser a travers le système de santé.

La prise de donné…. Plusieurs études canadiennes sur les soins exclut les donner du Québec car ils sont non fiable. Patrick Lagacé l’a mentionne a plusieurs reprise ce problème. Christian Dubé doit utilisé les mesure d’urgence pour obtenir les chiffre qui a de besoin pour prendre des directions administratives.

Le fait aussi qu’on ne mesure pas les effets des décisions du gouvernement sur la population. augmentation d’alerte Amber, des fusillades quotidiennes, féminicide, problèmes de performance scolaire, trouble psychologique, le niveau d agressivité des gens, faillite, divorce et encore d’autre… Combien ça coûte a la population les répercutions des mesures de confinement.

Pour en faire une histoire courte, on est prêt a limiter les libertés individuelle a cause du manque de responsabilité des gouvernement passé (ceux qui ont administrer le système de santé) qui a entraîner des mesures très nocive socialement par le gouvernement présent. Nos droit peuvent être mis de coté a cause de l’irresponsabilité d’une société. Ça doit être une nouvelle façon de créer la cohésion social dans une culture

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Je pense que cette question est entièrement à côté de la plaque puisque, jusqu’à preuve de contraire, la vaccination, même complète, ne confère pas l’immunité. et de ce fait la distanciation et les règles d’hygiène de base demeurent les seules façons d’éviter la contamination. N’oublions pas que même vacciné on peut peut être porteur asymptomatique et transmettre le virus, même que vacciné on peut également développer la maladie ce qui s’est prouvé dans bien des cas jusqu’à présent.

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