Vite, à l’école !

L’éducation. Voilà ce que l’État doit mettre au sommet de ses priorités, disent les Québécois. Car la prospérité passe par la connaissance.


 

Je ne voyais qu’eux. Violaine, Alexandre, Mélanie, Joey et les autres. Tous ceux que j’ai rencontrés pour rédiger « L’école de la différence », un reportage sur une école très spéciale, que vous pouvez lire ici. En prenant connaissance des résultats de ce sondage, je les voyais, eux, qui en dépit des difficultés mettent encore tant d’efforts et d’énergie à obtenir leur diplôme. « Parce que l’éducation est la plus grande richesse d’une personne et que c’est la porte vers une vie meilleure », disait Mélanie Chartrand, qui, à 30 ans, passe encore plusieurs heures par semaine sur les bancs d’école. Malgré ses trois enfants et le temps que lui prend sa petite entreprise d’entretien ménager.

Ce qui est vrai pour une personne semble l’être aussi pour une société. L’actualité a demandé aux Québécois de choisir, parmi une douzaine, les trois valeurs que le Québec, comme État et comme société, devrait privilégier pour l’avenir. Plus de la moitié d’entre eux ont choisi l’éducation. Suit la famille (43 %), puis la préservation d’un système de santé universel et gratuit (35 % ; voir le tableau).

Les Québécois auraient-ils décidé que, dans une économie mondialisée, le salut et la prospérité viendront de la connaissance et de l’innovation plutôt que des forêts, de la pêche ou des usines ? « C’est de l’instinct de survie, dit Céline Berre, vice-présidente de CROP. Une bonne proportion de Québécois ont tendance à croire que le monde contemporain ressemble de plus en plus à une jungle où, quoi qu’il arrive, ce sont les plus forts, donc les mieux nantis et les plus instruits, qui gagneront. »

« C’est en tout cas exactement ce qui s’est passé au Québec, lequel, parce qu’il est plus instruit, est plus riche que dans les années 1960 », dit Jean-Pierre Proulx, professeur à l’Université de Montréal et ancien président du Conseil supérieur de l’éducation. Lui qui observe depuis plus de 20 ans l’attitude des Québécois à l’égard de l’éducation est ravi de ce premier choix. Mais un peu étonné, tout de même. « Quand on demande aux Québécois de fixer les priorités que l’État devrait avoir pour la prochaine année — peu importe l’année ! —, ils ont la très constante habitude d’accorder 10 % à l’éducation », dit-il.

Pourquoi un résultat différent cette fois-ci ? Peut-être parce qu’on leur a demandé de voir plus loin, de considérer l’avenir à long terme, tant celui de leurs enfants que celui du Québec tout entier ?

« L’éducation et le savoir sont la clé du développement individuel, mais aussi collectif, social, culturel et économique. Et les Québécois l’ont bien compris », dit Heather Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de l’Université McGill ainsi que présidente de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec. « Or, les parents sont les mieux placés pour inculquer l’importance de l’éducation à leurs enfants. Tout passe par la famille. »

Ce choix de la famille comme deuxième valeur fondamentale semble parfaitement cohérent aux yeux de Chantal Royer, professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières et membre de l’Observatoire Jeunes et Société, qui s’intéresse de près aux valeurs des jeunes. Cohérent, et pas du tout surprenant. En 1983 déjà, une étude menée par l’OCDE dans une quinzaine de pays plaçait la famille au premier rang des préoccupations de leurs habitants. Ce qui est nouveau, cependant, c’est que la famille prend de plus en plus d’importance dans le système de valeurs des jeunes générations. En Europe, de 1990 à 1999, le pourcentage de jeunes qui mettaient la famille au cœur de leur système de valeurs est passé de 76 % à 85 % !

« La famille remplit de nombreuses fonctions, dit Chantal Royer. C’est, de la naissance à la mort, la plus grande constante dans la vie des gens, la plus importante forme de connexion aux autres, le filet de sécurité pour tous les moments difficiles de l’existence. »

Les jeunes générations s’attendent donc à ce que l’État reconnaisse cette situation et facilite la vie des familles, croit-elle. Tout comme le milieu professionnel, qui fonctionne encore selon des règles établies à une époque où le travail faisait figure de valeur cardinale.

C’est déjà commencé, dit Florent Francœur, président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. « Horaire flexible, congé sans solde, retraite progressive… Les gens ne veulent pas nécessairement travailler moins, mais ils veulent certainement travailler autrement, dit-il. Les entreprises devront se mettre à la souplesse. Et s’y mettre rapidement, rareté de la main-d’œuvre oblige. »

Les plus populaires