Vite, un pont d’or !

Après Star Académie et Les chefs !, pourquoi pas Pont Académie pour distraire Montréalais et banlieusards pendant la rentrée catastrophique qui s’annonce ?

L'édito de Carole Beaulieu : Vite, un pont d’or !
M. Beauregard / PC

De jeunes ingénieurs viendraient s’affronter à la télé­vision – dans un décor de blocs de béton et de poutres d’acier – afin de défendre leur plan pour remplacer le pont Champlain, menacé d’effondrement.

Le conservateur Christian Paradis, député de Mégantic-L’Érable, à plus de 230 km de Montréal – région métropolitaine dont il est pourtant le ministre responsable -, serait leur mentor. Et il leur dirait pourquoi son collègue des Transports, de l’Infrastructure et des Collectivités, Denis Lebel, refuse de prendre une décision.

Le sujet étant mille fois plus grave et important que la manière de réussir un sabayon, l’émission battrait des records de cote d’écoute. On pourrait même la diffuser sur les mobiles et permettre aux gens de voter. Ça ferait patienter dans les embouteillages.

Blague à part, cet été 2011 restera dans les annales comme le moment où bien des Québécois ont découvert que le ciel pouvait leur tomber sur la tête (ils s’en doutaient déjà, remarquez, avec l’effondrement des viaducs du Souvenir et de la Concorde). Ils sont encore sous le choc.

Leur capitale économique, Montréal, est au bord de la paralysie. Des axes majeurs de circulation vers le reste du Québec et du continent sont jugés en mauvais état, quand ils ne sont pas menacés d’effondrement. Les « travaux plasters » en cours dans les artères principales créent déjà un chaos innommable. La perspective de la rentrée d’automne fait frissonner d’effroi bien des banlieusards. Et les solutions à court terme sont inexistantes. À part changer de boulot. Déménager. Ou louer un pied-à-terre à Montréal.

Des décennies d’entretien négligent ont fragilisé, aux États-Unis comme au Québec, des ouvrages en béton qui datent de 40 à 60 ans. Tous les gouvernements sont fautifs. Fédéraux comme provinciaux. On s’entend là-dessus.

Mais une fois le coup de gueule craché, la frustration évacuée, il faudrait tout de même cesser d’exagérer, comme on a vu des gens le faire dans les médias. Plus de personnes sont mortes noyées au Québec cet été – après avoir pris une mauvaise décision – que sous une poutre de viaduc. Des milliers de Qué­bécois ont conduit en état d’ébriété un bateau ou une voiture. Le Québec n’est pas le pire endroit d’Amérique en matière d’infrastructures. Le gouvernement a accéléré ses investissements depuis 2000 – ce qui a d’ailleurs évité au Québec de trop souffrir de la crise de 2009. Il compte parmi les bons élèves du continent.

Retroussons nos manches, arrêtons de nous poser en victimes de l’incurie des autres. Nos gouvernements n’auraient pas autant négligé les infra­structures si tous les son­dages ne leur avaient pas dit qu’« entretenir » le viaduc ou le pont, à coups de centaines de millions, n’était pas prioritaire pour nous. (La santé, la santé… il n’y avait que ça.)

Impôts, péages, taxes nouvelles… nous n’y échapperons pas. Et Ottawa devra fournir sa part.

Le pont Champlain devrait être le dossier prioritaire. C’est le pont le plus fréquenté au Canada. Une artère économique vitale. Et menacée.

Tout comme le tunnel Ville-Marie et l’échangeur Turcot, deux ouvrages très dégradés, le pont Champlain est en grande partie fait de béton armé, selon des techniques des années 1960. Pour le garder sécuritaire, Ottawa investit présentement des centaines de millions. Déjà qu’il faudrait l’entretenir pendant les 10 à 15 années nécessaires à la construction d’un nouveau pont (sans compter les inévitables retards !)…

Comme Ottawa n’enregistrera plus de déficit dans 10 ans, pourquoi ne pas annoncer maintenant le nouveau pont au lieu d’en prévoir un entre Windsor et Detroit ?

Ce que personne ne dit – sauf en privé -, c’est qu’Ottawa ne veut plus être responsable des ponts Cham­plain et Jacques-Cartier. Il souhaite en refiler la responsabilité au gouvernement du Québec. Qui la refuse. À moins qu’Ottawa n’y joigne le budget pour un nouveau pont.

Ottawa ne voudrait construire qu’un ouvrage à six voies, comme le pont actuel. Québec le voudrait plus large, pour y faire passer, au centre, un train léger. L’impasse perdure.

Stephen Harper se ferait bien des amis s’il débloquait cette impasse et donnait aux Montréalais – et à l’économie québécoise – le nouveau pont dont ils ont besoin. Qui est prêt à voter pour ça à la nouvelle téléréalité Pont Académie ?

 

ET ENCORE…

Lisez le rapport du consortium chargé de faire le bilan de la situation du pont Champlain >>

 

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