Voici pourquoi c’est le chaos dans les aéroports

Les compagnies aériennes ont augmenté le nombre de vols sans attendre que les aéroports et tours de contrôle d’Amérique du Nord et d’Europe aient embauché et formé assez de personnel. C’est peut-être l’inflation qui viendra calmer le jeu. 

Peter Dejong / AP / La Presse Canadienne

L’auteur est chargé de cours et coordonnateur des programmes de gestion de la chaîne d’approvisionnement et de gestion en aviation à l’Université McGill.

Partout dans le monde, les gens sont impatients de recommencer à voyager, les restrictions liées à la pandémie ayant été levées. Mais ceux qui prévoient se rendre à leur destination de vacances en avion ont été frustrés par le chaos qui règne dans le secteur aérien.

Tant en Amérique du Nord qu’en Europe, des milliers de vols ont été annulés et des centaines de milliers de passagers ont vu leur voyage perturbé. L’aéroport Montréal-Trudeau n’est pas en reste : on ne compte plus les bagages perdus, les vols retardés ou annulés, les retards de toutes sortes.

Voici les réponses à quelques grandes interrogations concernant les difficultés actuelles rencontrées dans le secteur des voyages aériens.

Pourquoi tant de vols sont-ils annulés ou retardés ?

La principale cause de ces perturbations réside dans le manque de personnel qualifié dans les aéroports pour faire face à l’augmentation du trafic de passagers.

Les compagnies aériennes ont profité de la récente demande de voyages pour rétablir le nombre d’appareils et les horaires de vol à près de 80 % de ce qu’ils étaient avant la pandémie. La quantité de vols qui en résulte met à rude épreuve la capacité de l’infrastructure de soutien — aéroports et contrôle de la circulation aérienne.

S’agit-il d’un problème mondial ?

Le phénomène de congestion observé pendant la saison des voyages estivaux de 2022 se propage rapidement dans un certain nombre d’aéroports européens et nord-américains. La raison sous-jacente est assez simple : le marché du transport aérien a enregistré les volumes de passagers les plus élevés des derniers mois.

La disparition accélérée des protocoles liés à la COVID-19 dans ce secteur depuis le mois de mars a généré une augmentation considérable de la demande de voyages par avion, avec un nombre de passagers qui n’avait pas été atteint depuis plus de deux ans. Cette augmentation a été particulièrement visible dans les aéroports centraux des grandes compagnies aériennes, tels qu’Amsterdam, Londres, New York, Toronto ou Montréal, où des dizaines de milliers de voyageurs sont accueillis chaque jour.

Tous ces problèmes sont-ils liés à la pandémie ?

Lorsque le marché mondial des voyages aériens s’est effondré, en mars 2020, avec l’introduction de restrictions des déplacements et la fermeture des frontières, le secteur de l’aviation commerciale a pris des mesures pour conserver ses liquidités et maintenir un effectif minimal.

Des centaines de milliers de travailleurs du secteur de l’aviation ont été licenciés ou mis à pied ; le milieu de l’aviation commerciale a ainsi perdu des années d’expérience et d’expertise technique.

Les gouvernements du monde entier ont apporté un soutien financier de plus de 200 milliards de dollars américains (ou 257,5 milliards de dollars canadiens) pour aider cette industrie à assurer un service minimal et à éviter le désastre financier.

Lorsque la demande de voyages aériens a repris, en mars dernier, un recrutement intensif s’est amorcé, mais dans un environnement de travail très différent. Les personnes qui étaient parties en 2020 s’étaient pour la plupart tournées vers d’autres possibilités de carrière et n’avaient plus grand intérêt à revenir dans un secteur caractérisé par une rémunération plus faible et un risque professionnel accru. L’origine de la pénurie de main-d’œuvre provient donc de la pandémie, et celle-ci continuera d’avoir une incidence sur les niveaux d’emploi quand les voyages reviendront.

À quel point les voyages ont-ils repris en 2022 ?

L’Association du transport aérien international publie des statistiques sur les volumes de voyages par avion sur divers marchés mondiaux. Des différences importantes ont été constatées par rapport aux niveaux de 2021 et d’avant la pandémie.

Le secteur des voyages aériens qui a connu la plus forte reprise est celui des vols intérieurs en Amérique du Nord : en avril 2022, les déplacements ont augmenté de plus de 280 % par rapport aux niveaux de trafic d’avril 2021, mais restent inférieurs de plus de 30 % à ceux d’avril 2019.

Sur le marché intérieur chinois, la restriction prolongée des déplacements liée à la pandémie et les fermetures occasionnelles des villes ont entraîné une baisse de près de 80 % du trafic en avril 2022, par rapport à avril 2021 et 2019.

Quoi faire pour éviter les retards ?

Un certain nombre de solutions peuvent être mises en place pour remédier au problème actuel des retards.

Les autorités européennes ont annoncé des réductions de vols ciblées, tandis que le gouvernement américain menace d’en imposer afin de diminuer autant que possible les annulations de vols.

Le gouvernement canadien a organisé une réunion avec les principaux acteurs du secteur de l’aviation au Canada pour discuter d’une solution concertée et efficace. Air Canada a adopté des mesures visant à atténuer la congestion aux aéroports Pearson de Toronto et Trudeau de Montréal.

Les responsables du gouvernement canadien ont également signalé leur intention d’embaucher près de 2 000 personnes supplémentaires pour assurer la sécurité et le contrôle frontaliers en vue de résoudre des problèmes de congestion ponctuels. Les groupes de travailleurs doutent que de telles initiatives permettent de régler les problèmes de congestion.

Le principal obstacle est le volume de passagers attirés dans l’environnement aéroportuaire par la grande quantité de vols proposés par les compagnies aériennes. Ces dernières ont décidé d’accroître leur capacité pour répondre à la forte demande, mais les infrastructures des aéroports ne sont pas équipées pour traiter de tels volumes.

Cet enthousiasme de la part du secteur aérien est louable dans un contexte où un personnel adéquat et expérimenté est disponible dans les aéroports. Mais ce n’est pas le cas actuellement et ce ne le sera pas dans un avenir prévisible.

Combien de temps cette situation durera-t-elle ?

La saison des vacances estivales bat son plein dans l’hémisphère Nord. La capacité supplémentaire des compagnies aériennes et la demande accrue de transports par avion de la part d’une population privée de voyages se poursuivront au moins jusqu’en septembre.

À moins que les mesures envisagées par les transporteurs américains, européens et canadiens n’aboutissent à une réduction des charges de pointe liées aux mouvements d’aéronefs dans les principaux carrefours aériens, principalement en Amérique du Nord et en Europe occidentale, la congestion et les retards se maintiendront, et risquent même de s’aggraver.

Il faudra attendre l’automne pour que la situation s’améliore, la demande de voyages aériens diminuant à la rentrée scolaire. Les effectifs atteindront également les niveaux requis d’ici là, avec le retour à des conditions normales d’exploitation des vols commerciaux.

Parmi les autres facteurs susceptibles de réduire la demande, citons l’augmentation des tarifs aériens, due à l’inflation et à la hausse des prix du pétrole, qui pourrait compromettre la survie de certaines compagnies aériennes.

Quels conseils donneriez-vous aux passagers aériens au cours des prochains mois ?

Les autorités aéroportuaires fournissent des conseils aux voyageurs sur la meilleure manière de se préparer aux voyages estivaux, y compris des informations sur la façon d’éviter les retards lors des contrôles de sécurité.

Cet été, pour affronter cette période de perturbations, je recommande aux passagers aériens de faire preuve de patience, de s’assurer qu’ils sont bien reposés avant de se rendre à l’aéroport et de se rappeler que les employés des compagnies aériennes vivent également des moments de stress au quotidien.

Un sourire, un merci et, surtout, une attitude bienveillante envers les autres voyageurs et le personnel sont de mise. L’expérience des voyages en avion n’en sera que meilleure !

Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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J’aimerais savoir que veut dire “ réduction des charges de pointe liées aux mouvements d’aéronefs ”. C’est dommage que l’auteur n’élabore pas sur ce point. Merci.

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