Voterez-vous carbone ou niqab? Écoutez Carney!

«Les changements climati­ques menaceront les assises de la finance et la prospérité à long terme», affirme Mark Carney. 

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Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada. (Photo : Lauren Hurley / PA / La Presse Canadienne)

Les conservateurs se tar­guent d’être les seuls capables de garantir la « stabilité économique » du pays. C’est un mirage. Car qui ne lutte pas contre les changements climatiques menace cet équilibre à long terme. Même le gouverneur de la Ban­que d’Angleterre et président du Conseil de stabilité financière du G20 le dit !

« Les changements climati­ques menaceront les assises de la finance et la prospérité à long terme », affirme Mark Carney. L’ancien gouverneur de la Ban­que du Canada a fait cette déclaration à la fin septembre dans une soirée organisée par Lloyd’s, l’un des plus importants assureurs mondiaux.

Nul ne peut accuser Mark Carney d’être un écolo qui veut « faire peur au monde ». C’est un pragmatique. Et, visiblement, il est inquiet.

Pour rester sous la barre des 2 °C de réchauffement planétaire — limite pour éviter la catastrophe —, le monde doit ralentir l’extraction du pétrole. Il faut mettre les freins, et vite, lance le banquier. Mais comment ? Mark Carney a un plan. Dommage que son nom ne figure pas sur le bulletin de vote des Canadiens le 19 octobre prochain !

Le prix de la transition vers une économie plus verte sera faramineux, dit-il. Et il faut s’y préparer.

Les fraudes de grands cons­truc­teurs de voitures, comme Volkswagen, nous rappellent, si besoin est, qu’on ne peut faire confiance aux entreprises. Même contraintes par des lois, elles trouvent encore le moyen de tricher. Elles jouent à la roulette russe avec l’avenir de la planète et se moquent des aspirations de leurs clients.

Pourtant, ce sont des entreprises que viendront les technologies vertes et les innovations qui aideront la planète à entrer dans une nouvelle ère ! Il faut élire les gouvernements qui sauront encourager les bonnes innovations, punir les comportements toxiques, mettre en place des politiques porteuses d’avenir.

Les résultats de la négociation du Partenariat transpacifique — le plus important accord commercial jamais envisagé, qui englobera 40 % de l’économie mondiale ! — pourraient donner, d’ici le 19 octobre, des arguments neufs aux électeurs.

L’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis — devenu en 1994 l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), pour inclure le Mexique —, qui a contribué à la prospérité du Canada, avait été chaudement débattu lors de la campagne électorale de 1988. Le Partenariat transpacifique demeure malheureusement encore inconnu d’une majorité d’électeurs à quelques jours de leur passage aux urnes. Cette entente contribuera-t-elle à créer de nouveaux emplois en ouvrant de nouveaux marchés ? Ou l’inverse ?

Ce sont ces questions, celles de la qualité des échanges internationaux comme celles de la lutte contre les changements climatiques, qui devraient être prioritaires à l’esprit des électeurs. Plus que toutes autres, elles engagent l’avenir.

Il ne faut pas se laisser distraire. La lutte contre le carbone est plus importante aujourd’hui que l’esbroufe qu’on peut entrevoir par la lorgnette de la mosquée du coin.

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12 commentaires
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La bourse-carbone du Québec entre en vigueur en janvier si je ne m’abuse. Nous avons déjà un gouvernement vert à Québec qui s’occupe de la question (et du fleuve)…

Le Québec et la Californie ne feront pas pencher la balance à eux 2. Si l’on en croit le blogue actuel, Carney parlait du pétrole, c’est définitivement une source importante de GES, mais le charbon et de plus en plus le gaz naturel sont les autres combustibles fossibles qui contibuent le plus aux GES et dans une proportion similaire au pétrole.

À titre d’exemple, l’Allemagne a atteint ses objectifs du Traité de Kyoto simplement en fermant ses centrales au charbon (ils ont d’ailleurs fait mieux que d’atteindre les objectifs grâce à d’autres mesures). Aux États-Unis, au contraire, on en construit! On construit aussi beaucoup de centrales au gaz, mais ça me semble absolument aberrant de construire des centrales au charbon, ou de permettre aux entreprises privées de le faire, si on a un tant soit peu d’intention de faire un effort…

— Permettez-moi de vous citer : « Pourtant, ce sont des entreprises que viendront les technologies vertes et les innovations qui aideront la planète à entrer dans une nouvelle ère ! »

Tiens donc ! Les entreprises qui sont à la pointe des technologies vertes s’appellent actuellement : ExxonMobil, BP, Petronas, Total et quelques autres. Elles vont donc nous sauver ! Puisque ce sont toutes des spécialistes « hors-pairs » en environnement.

L’élevage intensif des animaux offerts à la boucherie sont une autre source de pollution importante. Une viande destinée aux riches, faut-il le préciser. Hors la valeur réellement nutritive de cadavres reste à préciser.

Les mauvais exemples se comptent par millions ou par milliards. Le réchauffement climatique est inéluctable. La question est seulement de savoir à quelle date sera dépassée ce supposé « 2 » degrés considéré par quelques-uns comme fatidique.

À toutes fins pratiques, la planète est déjà entrée dans une nouvelle ère : l’ère du Verseau. Comme c’est une ère qui devrait être assez longue, ce nouvel « âge d’or » si tant est qu’il en soit un, devrait prendre près d’un millénaire pour se mettre en place. Rien n’indique hélas que cet « âge d’or » s’adresse tout spécialement aux humains.

— En tout cas, certainement pas pour les simples mortels prédateurs que nous sommes actuellement.

Quant au PTP (Partenariat transpacifique), ce n’est pas un enjeu électoral en effet, puisque cet accord de principe prendra des années avant d’être ratifié. Cela en sera peut-être un lors d’une prochaine élection. Même Hillary Clinton — si elle est élue -, s’y oppose en l’état formellement. D’autres accords ailleurs sur la planète sont à venir. Notre nombrilisme « canado-canadien » est assez ennuyeux. Comme si on était une « petite île » au-dessus de tout.

Quant à la manière de prêter serment d’allégeance au Canada je trouve cela important, dans un pays comme le nôtre qui reçoit beaucoup d’émigrants de toutes parts. Pourquoi faire des exceptions ? Pourquoi deux poids deux mesures en fonction de la religion ? Cela porte le germe de l’exclusion, l’exclusion favorise toutes les formes quelles qu’elles soient de haine, en particulier la haine raciale. La haine conduit inéluctablement au radicalisme. Incluant même diverses formes de radicalisme d’État.

Un bon gouvernement, c’est un gouvernement qui se tient debout sur toutes ces questions. Quitte quelquefois-même à naviguer à « contre-courant ».

Votre texte est ambigu sur le serment d’allégeance au Canada… Pourquoi des exceptions? À cause des libertés fondamentales garanties par la Charte des droits et libertés, dont, entre autres, la liberté de religion, et les droits fondamentaux garantis par les traités internationaux auxquels le Canada adhère. L’exclusion c’est justement exclure une femme d’un droit civique à cause du vêtement qu’elle porte en fonction de ses croyances religieuses.

Un gouvernement qui se tient debout va garantir les droits fondamentaux même si ce n’est pas populaire. Par contre un gouvernement qui cherche à gagner des votes sur le dos de quelques femmes voilées c’est comme un coup d’épée dans l’eau car déterminer si un règlement ou une décision gouvernementale contrevient à la Charte est de la compétence des tribunaux – ils sont les garants des droits fondamentaux.

En d’autres termes, si on laisse les gens tranquille de se vêtir selon leurs croyances à une cérémonie de citoyenneté (le serment d’allégeance est déjà fait, à visage découvert et en privé avant la cérémonie de citoyenneté), il est douteux que les tribunaux aient à se prononcer car il n’y aurait pas d’allégation de violation d’un droit fondamental mais par contre, si on décrète une interdiction, alors là, oui, il est fort probable que les tribunaux aient à se prononcer en dernier ressort, quoique le gouvernement en place pense ou fasse.

« Le vêtement du croyant est au milieu du mollet et il n’y a pas de mal pour lui concernant ce qu’il y entre cela et la cheville. Ce qui est en dessous de la cheville est dans le feu et celui qui laisse traîner son vêtement par orgueil Allah ne le regardera pas le jour du jugement ». — Mahomet (Adith)

@ Pierre,

Vous me prêtez une ambiguïté là où il n’en est point. Ma position sur cette question est claire, nette et précise. Et qui plus est toujours la même.

Pour moi, le niqab n’est pas un attribut religieux, le fait de réglementer la tenue dans une un espace publique relevant d’une cour de justice, où équivalente : tout lieu présidé par un juge (ce qui est le cas d’un lieu d’assermentation) ; cela est conforme aux prédispositions de la loi canadienne. Et de telles dispositions sur la tenue, existent déjà.

Je ne vois pas ce qui dans le droit international contreviendrait à de telles principes. Auriez-vous quelques exemples précis à nous soumettre ?

Où voyez-vous quelque forme d’allégation (de ma part) de violation des droits fondamentaux ? Vous vous livrez en mettant sur la table la liberté religieuse, à un exercice d’amphibologie. Bref, vous voulez nous faire admettre un raisonnement qui à toute fin pratique est passablement fallacieux.

L’islam est en principe opposée à toute formes d’ostentations. Il est recommandé aux hommes et aux femmes de faire montre de modestie et de simplicité en toutes circonstances et en tous temps. Le prophète Mahomet n’a de son vivant jamais manqué de jeter un doigt accusateur sur toutes les formes de prévarications, tout particulièrement chez les musulmans.

**** Correction :
« le fait de réglementer la tenue dans une un espace publique » remplacer par :
« le fait de réglementer la tenue dans un espace public »

Bien vous faites justement la preuve que j’ai raison quand vous écrivez que « selon vous » le niqab n’est pas un attribut religieux. Ce sera justement aux tribunaux de déterminer si oui ou non une prohibition contreviendrait à la liberté de religion. Vous semblez être particulièrement familier avec la religion musulmane mais tant que vous n’êtes pas un juge de la Cour suprême du Canada votre opinion, aussi éclairée soit-elle, demeure votre opinion et n’a pas force de chose jugée. D’autres qui ne pensent pas comme vous pourront en appeler aux tribunaux s’ils croient qu’il y a violation d’un droit fondamental et c’est légitime. Enfin le Canada a signé et ratifié plusieurs conventions internationales qui protègent les droits fondamentaux, dont la liberté de religion, et un état qui viole une convention qu’il a signée et ratifiée s’expose à des sanctions internationales. Je sais bien que bien des pays s’en fichent, en particulier l’administration Harper ici au Canada, mais il n’en reste pas moins qu’un pays peut se discréditer – je conviens que cela est bien relatif puisque plusieurs pays qui violent les droits fondamentaux le font en toute impunité à cause de leurs alliances internationales mais c’est un club que, pour ma part, je préférerais qu’on évite.

« Les entreprises qui sont à la pointe des technologies vertes s’appellent actuellement : ExxonMobil, BP, Petronas, Total et quelques autres. Elles vont donc nous sauver ! Puisque ce sont toutes des spécialistes « hors-pairs » en environnement. »

Il est évident que Mme. Beaulieu faisait plutôt référence à des entreprises comme Google, Solar City, Tesla, Toyota (qui annonce éliminer pratiquement les véhicules à essence d’ici 2050), Enerkem et des milliers d’autres entreprises qui travaillent à remplacer les combustibles fossiles pour la production d’électricité et le transport, à remplacer les carburants par d’autres moins nossifs ou encore à carrément réduire la consommation énergétique.

En fait, on pourrait inclure tous les fabricants automobiles qui produisent des véhicules électriques à la liste, j’ai mentionné Tesla parce que c’est le seul fabricant qui ne produit aucun véhicule à essence et il est donc plus emblématique que les autres.

Ouf, un vieux discours dépassé. Ça brandit l’épouvantail, encore et encore…

Oubliez mon précédent commentaire. Ça m’apprendra à commenter un article après l’avoir lu en diagonale (verticale)…

AJOUT :

Le texte du discours de Mark Carney : Speech given at Lloyd’s of London | 15-09-29. Peut-être lu, vu et téléchargé par le lien suivant :
http://www.bankofengland.co.uk/publications/Pages/speeches/2015/844.aspx

La citation suivante : «  Les changements climatiques menaceront les assises de la finance et la prospérité à long terme », extraite hors-contexte dans la conclusion de ce long discours était à toute fin pratique la suivante :

« The combination of the weight of scientific evidence and the dynamics of the financial system suggest that, in the fullness of time, climate change will threaten financial resilience and longer-term prosperity. »

— Ma traduction libre est la suivante :
« Le poids combiné des preuves scientifiques et les dynamiques du système financier suggèrent que, avec le temps, les changements climatiques pourraient menacer la résistance financière (traduction alternative : la capacité de résistance du système financier) et à plus long terme la prospérité. »

Rappelons que ce discours était plutôt de saveur optimiste. Il avait pour thème les changements climatiques et leurs impacts dans les modèles destinés à l’évaluation des risques pour les assureurs et leur corolaire au niveau de la stabilité financière.

Mark Carney d’ailleurs démontrait que la Lloyd’s est un exemple à suivre pour faire face aux défis financiers que représentent les changements climatiques. À cet effet, il estimait qu’un bon management des données mesurées était tout indiqué pour empêcher que toute tragédie ne se profile à l’horizon.

Le 8 octobre dernier monsieur Carney déclarait à Lima : « L’environnement est impitoyable, il n’y a pas de place pour l’erreur » ; pris hors contexte on pourrait croire qu’il s’agit de l’environnement naturel… lorsque que dans la pratique, monsieur Carney faisait plutôt référence à l’environnement financier et à l’accroissement de la dette des pays émergeants qu’il considère actuellement comme le plus gros risque auquel ont à faire face les Banques Centrales dont l’un des rôles qui leurs incombe, est d’assurer de la stabilité du système financier.

— En conclusion :
Bien que monsieur Carney fasse en effet (grand bien lui prenne) de la sensibilisation au niveau des changements climatiques, on ne saurait dire qu’il soit sorti de ses attributions comme Gouverneur appointé par la Banque d’Angleterre. De plus monsieur Carney a perdu son vote au Canada puisqu’il porte désormais la nationalité britannique. On voit difficilement sur la tribune qu’il occupe comment « son plan » serait très différent de ce qu’offrent les plateformes politiques actuellement au Canada pour ce qui a trait à la lutte aux changements climatiques précisément.

Et comme en ce monde, tout est facteur d’argent. J’aimerais savoir comment on va s’y prendre pour lever un minimum de 100 milliards par ans pour parer dans le meilleur des cas à tous ces changements. Mark Carney nous apporterait-il la réponse que nous cherchons ?