Voyager autrement : des hôtels qui redonnent vie à des immeubles vacants

Il n’y a pas de limite à l’imagination de certains hôteliers, qui transforment en auberges des locaux commerciaux vides, des villages endormis et des habitations historiques. Voici trois projets originaux.

Photo : Stay Open

Déjà, avant la COVID-19, l’entrepreneur Steve Shpilsky marchait dans les rues de Los Angeles, en Californie, en se demandant pourquoi on ne transformait pas des édifices commerciaux vacants en lieux d’hébergement et de travail partagés. « Puis la pandémie a frappé et accéléré l’obsolescence de certains immeubles de bureaux tout en cristallisant l’émergence d’une nouvelle catégorie de travailleurs : les nomades numériques », raconte-t-il. Eurêka ! Une enseigne hôtelière, Stay Open, ne demandait qu’à naître !

Inaugurée en octobre 2021, sa première adresse à prix doux — 99 dollars américains la nuitée en moyenne — est située à Venice Beach, tout près de la légendaire plage de Los Angeles. L’espace de vie partagé occupe d’anciens bureaux que louait Snapchat. Il compte 10 habitacles à dodo, qui évoquent les capsules des microhôtels japonais. « Les pods gardent les coûts de réhabilitation à un niveau raisonnable, prennent moins de temps à installer que des chambres et nous permettent de nous concentrer sur les espaces communs où les gens travaillent et se rencontrent », fait valoir le promoteur.

Il semble que son idée ait inspiré la ville voisine de Santa Monica : ses élus ont adopté un règlement qui autorise ce genre de reconversion sans imposer de démarches compliquées. « La Ville souhaite revitaliser sa Third Street Promenade, qui compte beaucoup de magasins vacants et de bureaux à louer », précise Steve Shpilsky. Sans surprise, un Stay Open y verra le jour à l’été 2023. Puis un troisième hôtel devrait s’installer dans un ancien local de l’entreprise de location de voitures Budget, à San Diego.

En Suisse : le modèle italien de l’auberge en pièces détachées

Il y a plusieurs années déjà que l’Italie lance des initiatives pour stopper le dépeuplement de ses villages. Les maisons à 1 euro en sont un exemple ; les alberghi diffusi, ou « auberges disséminées », un autre.

Ce type d’auberge bien particulier est né en 1976, grâce à un projet qui visait à utiliser les fonds de secours obtenus dans la foulée d’un séisme au Frioul pour récupérer, à des fins touristiques, des habitations abandonnées. Il est constitué d’un cœur, la réception, et aux alentours, de diverses maisons rénovées ou de chambres aménagées dans des résidences restaurées. La raison de cet éparpillement ? Redonner une vocation à des bâtiments qui ont manqué d’amour, mais surtout préserver un mode de vie authentique dans un esprit de développement durable.

Depuis, cette bonne idée de Giancarlo Dall’Ara, professeur de marketing touristique, a essaimé partout en Italie et ailleurs en Europe. En avril dernier, un albergo diffuso a d’ailleurs été inauguré dans le plus petit village de Suisse, Corippo. En fait, il s’agit plutôt d’un hameau puisqu’il compte 12 âmes, dont 3 nouvelles, soit les hôteliers et leur fils !

Photo : Village de Corippo en Suisse / Association Nationale des Alberghi Diffusi

Selon le modèle italien, cinq rustici, des constructions rustiques rurales séculaires, constituent l’hôtel-restaurant, qui proposera à terme 12 chambres. « Les ruelles étroites de Corippo forment pour ainsi dire les couloirs de l’hôtel, tandis que l’osteria sert de réception et de point de rencontre », souligne l’office de tourisme du Tessin.

Pour les hôteliers Désirée Voitle et Jeremy Gehring (qui est également chef cuisinier), c’est l’occasion de sortir des sentiers battus et d’offrir aux vacanciers une expérience unique au cœur de la nature grandiose du val Verzasca. « Nous aimons tous les deux les lieux qui ont du caractère, un charme que le “tout neuf” ne peut dégager. Alors, comme potentiel, cela représente vraiment un bon point de départ ! » estime Désirée Voitle.

En Afrique du Sud, « je me souviens »

Au Québec, l’un des plus beaux exemples de valorisation du patrimoine culturel est certainement la reconversion du monastère des Augustines, dans la ville de Québec, en un hôtel et un musée, en 2015. Ce faisant, les religieuses hospitalières ont pérennisé près de quatre siècles de leur histoire, de même que celle de la pratique de la médecine dans la province. 

En Afrique du Sud aussi on se souvient. Notamment des premiers colons et de l’architecture d’hier. Entre Stellenbosch et Franschhoek, dans la province viticole du Cap-Occidental et à l’ombre du massif du Groot Drakenstein, Boschendal est l’un des plus vieux vignobles du pays. C’est également une ferme d’envergure : 1 800 hectares ! Fondée en 1685 par un huguenot, elle est inscrite au registre du Conseil des monuments nationaux en raison de l’authenticité de ses bâtiments d’époque de style hollandais du Cap.

Photo : Boschendal

Leur restauration, qui a débuté en 1975 et se poursuit depuis, est en effet des plus minutieuses, et aucune modification ne peut être apportée sans l’accord de l’antenne locale du Conseil du patrimoine. « Par exemple, nous utilisons toujours la même peinture verte d’époque pour retoucher les volets, et pour les toits de chaume, nous recourons à des professionnels qui s’y connaissent », explique Anja du Plessis, porte-parole du domaine.

L’ancienne maison des maîtres est aujourd’hui une galerie d’art ouverte à tous. L’ex-boucherie accueille une épicerie fine. D’autres constructions abritent un moulin à huile d’olive, des chais, des restaurants. Quant aux ex-maisonnettes des employés de la ferme, plusieurs ont été reconverties en gîtes luxueux pour touristes.

Au rayon vinicole, Boschendal rend hommage à ses fondateurs, les huguenots Nicolas de Lanoy et son épouse Suzanne, première matriarche du clan, en leur dédiant chacun une cuvée. Ce sont des vins qu’on prend plaisir à siroter dans un environnement qui n’en procure pas moins.

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A Romans, dans la Drôme, en France, des jeunes ont eu l’idée d’aménager des hébergements dans des locaux commerciaux délaissés du centre-ville… Une façon insolite de contribuer à la revitalisation des centres-villes historiques, tout en créant de l’emploi localement. https://www.bedinshop.fr/

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Bonjour Madame Delisle,
Merci de me lire et merci du partage! Effectivement, Romans, berceau de la chaussure de luxe française, a tout un patrimoine à préserver et c’est une bonne nouvelle que son cœur historique reste vivant.

À l’heure où on assiste à une pénurie de logements partout au pays, notamment au Québec, ne serait-ce pas aussi une très bonne idée de convertir ces endroits en logements abordables ou sociaux?

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Bonjour Madame Fournier, oui, c’est une excellente idée! Si je ne m’abuse, elle est mise en pratique à Calgary.