What does Canada want ?

Des Albertains qui paient deux fois et demie le prix des Québécois pour une année d’études universitaires grincent des dents quand ils pensent que leurs impôts servent, notamment, à verser des paiements de péréquation à des gens qui s’offrent des garderies à sept dollars et des études à moins de 2 500 dollars par année, tout en refusant, eux, d’exploiter leurs carburants fossiles.

Christy Clark (photo : D. Dyck / PC)

Je vous ai insulté ? Respirez. Vous risquez d’entendre ce genre de propos de plus en plus souvent. Une nouvelle génération de politiciens provinciaux arrive au pouvoir dans le reste du pays, des politiciens qui n’ont pas été forgés dans le creuset du référendum de 1995, alors que pour garder le Québec dans le giron canadien, on taisait bien des frustrations.

Ces nouveaux premiers ministres provinciaux affûtent leurs armes pour une toute nouvelle série de négociations fédérales-provinciales sur des dossiers explosifs, comme la santé et la péréquation. Des ententes viennent à échéance en 2014. Et ça va chauffer.

Le « modèle » québécois sera inévitablement montré du doigt par ces nouveaux élus provinciaux, dont les Qué­bécois ne savent rien ou presque. Des élus qui sont plutôt en faveur de la réduction de l’État.

De Terre-Neuve à la Colombie-Britannique, un changement générationnel majeur est en cours.

En Ontario, le libéral Dalton McGuinty affrontera en octobre 2011 un jeune loup conservateur de 43 ans, l’économiste Tim Hudak.

En Saskatchewan, le Sas­katchewan Party, de Brad Wall – qui a mis fin à 16 ans de gou­vernance néo-démocrate -, a beaucoup réduit les impôts et se présentera aux urnes cet automne sur la même lancée.

En Alberta, la chef d’un parti en plein essor – le Wildrose -, Danielle Smith, est une femme de 40 ans plus à droite que les conservateurs, qui gouvernent la province depuis 40 ans. Rendez-vous aux urnes en 2012 avec un nouveau chef conservateur qui n’a pas encore été élu. (Mais les candidats suscitent peu d’emballement.)

La Colombie-Britannique a depuis peu un nouveau premier ministre, la libérale Christy Clark, 45 ans, qui a pris la relève du démissionnaire Gordon Campbell et promet du changement. Le Nouveau-Brunswick a élu en 2010 un premier ministre conservateur, David Alward.

Bref, Jean Charest sera bientôt le dernier premier ministre de ce qu’on pourrait appeler « la vieille garde ». La pax canadiana vit peut-être ses derniers moments.

Partout au pays, les dépenses de santé augmentent deux fois plus vite que l’inflation. Les provinces ploient sous le fardeau et remettent en question le monopole public de la santé (Loi canadienne sur la santé). Si un gouvernement conservateur majoritaire prend le pouvoir au fédéral d’ici 2014 – année d’échéance de l’entente sur les transferts fédéraux en santé -, Ottawa pourrait donner le signal d’intro­duire plus de privé dans ce domaine.

Le débat sur la péréquation sera encore plus dur. Celle-ci est un système de calcul complexe par lequel Ottawa redistribue la richesse entre les provinces pour assurer un niveau de services publics équivalent. Cette péréquation est détestée férocement dans bien des coins du pays – en Alberta notamment, où l’entre­preneuriat et l’exploitation des sables bitumineux enrichissent le Trésor fédéral, Trésor qui vient ensuite aider les Québécois, si critiques du « pétrole sale ».

Au nom de « garder le pays uni », des politiciens canadiens ont depuis 1995 tenu le couvercle bien vissé sur cet autocuiseur bouillonnant d’insatis­factions. La nouvelle géné­ration maintiendra-t-elle le couvercle en place ?

Face à cette nouvelle garde provinciale, les Québécois ont tout intérêt à s’intéresser au gouvernement fédéral, qui a mission de préserver une certaine pax canadiana. Même si l’hypocrisie du gouvernement Harper donne souvent envie de s’en désintéresser.

Comment s’intéresser à un gouvernement qui n’a pas le courage de ses opinions ? Qui se cache derrière ses fonctionnaires ? Qui ment au Par­le­ment ? Le plus récent incident – celui de Kairos, cet organisme œcuménique canadien de défense des droits de la personne auquel la ministre Bev Oda a refusé, en 2009, une subvention de l’ACDI pour des raisons politiques, sans avoir le courage de le dire – a de quoi décourager les plus déterminés. Pourtant, il faudra bien s’intéresser au gouvernement. Des questions cruciales seront renégociées d’ici 2014. Assurons-nous d’avoir quelques atouts.

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