Yan Chantrel : Une seconde chance pour les personnes judiciarisées

Les 950 000 Québécois ayant un casier judiciaire sont souvent boudés par les employeurs, alors qu’ils pourraient remédier aux pénuries de main-d’œuvre, soutient Yan Chantrel, coordonnateur du Comité consultatif pour la clientèle judiciarisée adulte.

Photo : D.R.

Quelle est la mission du Comité ?

On aide les personnes ayant été détenues ou traînant un casier à se trouver un travail. Des études montrent qu’occuper un emploi réduit de beaucoup le risque de récidive, ce qui est payant pour la société. Contrairement à ce qu’on pense, bon nombre de fautifs aspirent à une vie normale au terme de leur cheminement, et souhaitent se racheter, se sentir utiles. Les gens changent. Ils ne veulent plus que leur crime les définisse.

Comment convaincre les employeurs de les embaucher ? Ils sont sûrement frileux…

En effet, plus de 50 % des entreprises que nos organismes d’employabilité affiliés démarchent ne sont pas du tout ouvertes à cette idée. En partie de peur d’atteindre à leur réputation. On pense qu’au contraire, une entreprise qui démontre sa conscience sociale en donnant leur chance aux gens dégage une image positive. Apple et Virgin ont des programmes de réinsertion, par exemple. Mais l’argument majeur, c’est que les entreprises ont d’urgents besoins de personnel. Plus de 140 000 postes sont vacants au Québec, alors qu’un bassin de travailleurs au potentiel sous-estimé est disponible.

Ces personnes sont-elles en mesure de répondre aux besoins des entreprises ?

On travaille à ce qu’elles soient davantage formées dès la détention. On milite pour qu’elles puissent sortir pendant la journée afin de suivre des programmes d’apprentissage en milieu de travail. Bien sûr, ça exige un encadrement, et ces gens ne doivent pas représenter un danger pour les autres — ce qui est le cas d’une grande partie des détenus incarcérés dans les établissements provinciaux. Par ailleurs, bien des personnes judiciarisées sont diplômées et n’ont jamais été emprisonnées.

Vous estimez aussi qu’il est trop facile de vérifier si quelqu’un a des antécédents judiciaires au Québec.

On est pour l’accès à cette information dans des secteurs délicats, où les travailleurs sont en contact avec des populations vulnérables, tels les enfants et les aînés. Mais on souhaite la restreindre, comme c’est le cas dans la majorité des pays européens.

Par exemple ?

En France, les employeurs n’ont accès qu’à une partie du dossier judiciaire, soit les faits les plus graves. Aux Pays-Bas, une agence administrative vérifie pour les entreprises si le candidat a des antécédents ayant un lien avec l’emploi convoité ; sinon, elles ne seront pas informées de son passé. Au Québec, la loi stipule qu’on ne peut discriminer une personne si ses méfaits n’ont pas de rapport avec le poste offert, mais cette notion est laissée au bon vouloir de l’employeur. De plus, on souhaiterait que les casiers soient effacés au bout de quelques années, selon la gravité du crime, comme ça se fait notamment en Allemagne. Ici, il faut faire une demande de « suspension du casier » auprès des autorités fédérales, un processus ardu et coûteux que bien des personnes ne peuvent se permettre.

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