« Yes, I speak English »

La majorité des jeunes Québécois francophones sont désormais bilingues. Plutôt qu’une menace, l’anglais est d’abord un atout à leurs yeux.

Élevée dans un univers presque uniquement francophone — la ville de Québec —, Sarah Côté a senti « l’appel » de l’anglais après son cégep. « J’avais suivi des cours à l’école, mais je n’avais jamais vraiment eu de conversations en anglais », dit-elle. Peu après ses 18 ans, comme d’innombrables autres jeunes Québécois désireux de « voir le monde », elle a donc mis le cap vers l’Ouest canadien, où elle a enseigné la planche à neige pendant tout un hiver. En anglais, bien sûr !
Quelques années plus tard, après des études en hôtellerie à Québec, elle a déniché un emploi dans un hôtel de Londres. Pour l’expérience, mais aussi, et surtout, pour peaufiner son anglais.

Née en 1979, elle fait aujourd’hui partie des 54 % de francophones québécois âgés de 20 à 29 ans considérés comme bilingues, selon Statistique Canada. À Montréal, cette proportion atteint un sommet : pas moins de 69 % des citadins francophones de ce groupe d’âge se disaient bilingues lors du recensement de 2001. Et tout porte à croire que cette proportion a encore augmenté au cours des dernières années (les chiffres du recensement de 2006 ne seront publiés qu’en décembre).

Est-ce l’effet de la loi 101 ? La plupart des jeunes semblent libérés des angoisses qu’entretenaient certains de leurs aînés à l’idée d’apprendre l’anglais. Une humiliation, le bilinguisme ? « Jamais entendu parler de ça ! » dit Sarah Côté. Pour elle, l’anglais n’est pas une menace, mais un atout. Plus encore, une nécessité. Des jeux vidéo aux sites de commerce électronique (tel eBay) en passant par les très populaires sites de réseautage (comme MySpace et Facebook), l’anglais occupe plus que jamais une place incontournable dans la vie d’une grande partie des jeunes Québécois. Qu’ils postulent pour un emploi dans un commerce de restauration rapide ou fassent une maîtrise en anthropologie, ils ne peuvent souvent plus se permettre de demeurer unilingues.

Établie depuis peu à Montréal, Sarah Côté a été frappée par le nombre de gens, dans son nouvel entourage, qui passent de l’anglais au français, souvent dans la même phrase. « Je comprends mieux, depuis mon arrivée ici, la nécessité de la loi 101 », dit-elle. Mais ça ne lui enlève pas pour autant le désir de maîtriser davantage la langue de Stephen Harper. « L’anglais, c’est la langue première ou seconde d’une bonne partie de la planète, une langue incontournable pour voyager et s’ouvrir sur le monde. »

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