Yves-Thomas Dorval : Le retour de la bisbille

Les conflits de travail sont repartis à la hausse au Québec, plus nombreux et plus longs qu’il y a cinq ans. Surprise : maintenant, ce sont souvent les patrons qui se trouvent en position de demande à la table des négociations, explique le PDG du Conseil du patronat.

Photo : D.R.

Une grève à la Société des alcools du Québec l’an dernier, 1 000 salariés en lockout à l’Aluminerie de Bécancour pendant un an et demi… Les conflits de travail semblent à la hausse. Est-ce vraiment le cas ?

Du milieu des années 1970 jusqu’en 2007, le nombre d’arrêts de travail a diminué de façon assez régulière, étant passé de 400 par année à 50. Mais depuis cinq ans, on assiste à une recrudescence. On est remonté à environ 200 conflits par année.

Comment expliquez-vous cela ?

La baisse des dernières décennies s’explique en partie par l’arrivée, tant du côté patronal que syndical, de professionnels formés en relations industrielles, capables de parler le même langage pour s’entendre.

C’est aussi lié au contexte économique. En période de croissance, les patrons ont été plus généreux ; puis, au moment de la crise économique, en 2008-2009, les parties ont travaillé ensemble pour assurer la survie des entreprises, ce qui explique ce plancher historique du nombre d’arrêts de travail.

Et pourquoi les conflits reviennent-ils en force ?

Les entreprises sont maintenant en concurrence farouche sur les marchés, parce que la rivalité commerciale est mondiale. Une usine québécoise qui fait partie d’un ensemble international doit être concurrentielle pour attirer un investissement des propriétaires.

Les entreprises doivent améliorer leur productivité. Les employeurs se disent : j’ai été bien généreux, mais je n’ai plus de marge de manœuvre maintenant. Ils laissent notamment tomber les régimes de retraite à prestations déterminées, ils souhaitent réduire le nombre de libérations syndicales, avoir recours à la sous-traitance. Les employeurs sont en position de demande.

La nature des conflits a donc changé ?

Les salaires, qui représentaient 53 % des points en litige au début des années 2000, n’en représentent plus que 43 % aujourd’hui. À l’inverse, les horaires de travail sont passés de 5 % des points en litige à 22 %. Les employés veulent des mesures de conciliation travail-famille, alors que les employeurs veulent plus de disponibilité.

Les arrêts de travail semblent aussi plus longs, comme le lockout chez les concessionnaires automobiles au Saguenay, qui a duré presque trois ans (2013-2016). Pourquoi ?

Après avoir répondu aux demandes syndicales pendant une trentaine d’années, les employeurs disent aujourd’hui aux travailleurs : on vous en a peut-être donné un peu trop, il faut revenir en arrière. Les travailleurs répondent : c’est pas comme ça que ça marche. Les positions des parties sont devenues plus rigides. La durée moyenne des conflits le montre : elle est passée de 65 jours dans les années 1990 à 144 jours aujourd’hui.

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