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Pourquoi l’embauche de Jeff Petry pourrait avoir un effet domino

Avec moins de cinq millions de dollars sous le plafond salarial, une transaction s’impose chez le Canadien. Qui devrait partir ?

Blogue_hockey2Ainsi donc, le Canadien vient de signer Jeff Petry. Six ans, 33 millions de beaux dollars, 5,5 millions de dollars par saison (exactement ce que j’avais prédit, ah !). Marc Bergevin vient donc de boucler le premier des deux gros dossiers de l’été. A-t-il payé trop cher ? Non. Était-ce vraiment nécessaire ? Oui. Mais surtout, en paraphant ce contrat, Marc Bergevin signale qu’il va devoir procéder à d’autres mouvements importants au cours de l’été.

Petry, un bon second pour Subban

Petry sera celui à qui on demandera d’appuyer Subban. C’est un rôle qu’aucun défenseur n’a pu remplir depuis l’arrivée du surdoué dans la LNH. Markov est trop vieux et, avant lui, Hamrlik arrivait aussi au bout du rouleau. Petry est dans la force de l’âge et l’énorme avantage, c’est qu’il joue du même côté que Subban. Si ce dernier est blessé, on a quelqu’un à envoyer au front à sa place. Entendons-nous bien, ça ne sera jamais très joli. Mais parce qu’il est capable de survivre — péniblement et sans élégance — aux tâches qu’on impose normalement aux meilleurs de la LNH, Petry donne à son club une police d’assurance.

Lorsque Subban est en poste, Petry aura tout le loisir de se faire valoir sur la deuxième paire défensive. C’est un luxe pour un club comme Montréal, parce que si Petry n’est pas un «vrai» défenseur numéro un, il n’est vraiment, vraiment pas loin de l’être. Le tableau ci-dessous, tiré d’un outil concocté par Conor Tompkins, indique le taux de possession de rondelle de l’équipe quand Petry est sur la glace et le compare à ce qu’on attend d’un défenseur de la LNH qui se retrouve dans des situations semblables. (Le premier graphique fait état des tirs dirigés vers le filet adverse, alors que le deuxième indique les tirs contre le filet défendu par Petry.) Plus la barre noire est haute, plus on a demandé au défenseur de jouer des minutes «dures» — beaucoup de départs en zone défensive contre des adversaires de haut calibre. Plus la colonne est verte, meilleures ont été ses performances par rapport à ses pairs.

On constate que, outre la saison 2012-13, Petry a été meilleur que la moyenne des joueurs comparables en attaque et en défensive tout au long de sa carrière à Edmonton. À Montréal, toutefois, sa fin de saison a été pénible. Mais lors des séries, il a repris du poil de la bête et a formé, avec Alexei Emelin, un superbe tandem défensif.

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Au-delà des attentes, Petry est-il un défenseur de premier plan ? Un autre outil, mis au point cette fois-ci par Dominic Galamini, nous permet de comparer l’efficacité de Petry par rapport au reste de la LNH sur une période s’étendant de la saison 2012-13 à la saison 2014-15. On constate trois choses :  1. Petry joue autant que les défenseurs de première paire ; 2. sa contribution offensive n’est pas au même niveau que celle des autres défenseurs de deuxième paire de la LNH ; 3. sur le plan défensif, il est presque aussi bon que ses pairs de premier plan dans la ligue. Tout ça en ayant surtout joué pour les horribles Oilers d’Edmonton.

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La réputation de ce défenseur a d’ailleurs souffert de l’usage qu’on en a fait à Edmonton. Alors qu’à Montréal, Subban est souvent envoyé sur la glace en même temps que Tomáš Plekanec ou David Desharnais, les Oilers n’ont pas le luxe d’avoir deux centres de premier plan. Sam Gagner tenait, assez péniblement, le rôle de premier centre de l’équipe en 2012-13, avant que Ryan Nugent-Hopkins ne prenne le relais la saison suivante. Mais derrière ces deux joueurs, c’était le désert. Au fil du temps, Petry jouait de moins en moins avec le premier centre des Oilers et, au cours de la saison dernière, a été enfoui en zone défensive plus souvent qu’à son tour. Tout ça au profit de Justin Schultz. Le genre de chose qui amoche la réputation d’un défenseur.

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Qui doit partir ?

Avec l’embauche de Petry, la défensive du CH se retrouve encombrée. Selon les données de generalfanager.com — et en tenant pour acquis que le plafond ne dépassera pas les 69 millions —, le Canadien n’aura que 4,725 millions de dollars de marge de manœuvre cet été, alors que trois joueurs (Nathan Beaulieu, Alex Galchenyuk et Torrey Mitchell) qui ont joué de gros rôles lors des séries éliminatoires sont toujours sans contrat.

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On se tourne immédiatement vers Alexei Emelin. Son contrat est généreux et son travail pourrait être fait par Nathan Beaulieu et Jarred Tinordi. Seulement voilà, le plafond salarial stagne, et rares sont les équipes qui peuvent accommoder un contrat aussi lourd que celui d’Emelin. Emelin dispose aussi d’une clause de non-échange complète pour la prochaine saison ; à partir du 1er juillet 2016, il peut être échangé, selon certaines conditions. On risque donc d’attendre un an avant de chercher à l’échanger.

Tom Gilbert, par contre, est probablement parti, si ce n’est que parce qu’il sera plus facile de trouver preneur pour ses services. Son salaire est raisonnable, il s’est montré capable de jouer à gauche comme à droite, et il ne reste qu’un an à son contrat. Mais ça ne suffira probablement pas à accommoder les contrats de Nathan Beaulieu et Alex Galchenyuk, en plus de ceux des nouveaux joueurs que Marc Bergevin voudra greffer à sa formation. Le DG sera probablement à court d’un, deux, peut-être même trois millions de dollars.

Les grandes manœuvres ne font que commencer.