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Alex Semin est une cible facile, mais le problème du Canadien est ailleurs

Ce n’est pas le jeu de Semin qui devrait faire sourciller les entraîneurs, mais plutôt celui du trio de Desharnais.

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

Blogue_hockey2C’est bien connu, les gens heureux n’ont pas d’histoire. Mais avec les Canadiens, la controverse n’est jamais loin. Ainsi, après neuf victoires de suite, il n’est pas surprenant de voir Michel Therrien utiliser la première défaite de la saison pour brasser un peu la soupe. Résultat, Alex Semin regardera le match de la galerie de presse, Brian Flynn le remplacera à la droite d’Alex Galchenyuk, et Paul Byron fera son entrée dans l’alignement sur le quatrième trio.

Admettons d’emblée que si Michel Therrien a évoqué le jeu du Russe pour justifier son retrait, il est plausible que ce soit, du moins en partie, un écran de fumée. Semin n’a vraiment pas si mal fait depuis le début de la saison et, surtout, il a drôlement réagi à un coup en apparence bénin en deuxième période à Vancouver:

Reste que Michel Therrien s’apprêtait déjà à bouger. Après un départ canon, le club commençait à décliner. Lorsqu’on regarde les performances du groupe d’attaquants en divisant le début de saison en deux séries de cinq matchs, on voit certaines tendances nettes. D’une part, le trio de David Desharnais s’est vu graduellement retirer toute velléité de responsabilités défensives. Les mises au jeu en territoire du CH que disputait Desharnais étaient désormais confiées au trio d’Alex Galchenyuk, ainsi qu’à des unités hybrides comme les aime tant Therrien (Eller avec Fleischmann et Weise, Flynn avec Galchenyuk et Eller, et ainsi de suite).

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Autre élément digne de mention, le quatrième trio, s’il reste un élément des plus dynamiques du club, a clairement reculé en ce qui concerne les tirs au but. On en demande beaucoup à cette unité, notamment parce que le trio de Desharnais, malgré un allègement de ses tâches défensives, ne réussit pas à remonter la pente.

Il était, à ce sujet, significatif de voir les choix faits par Willie Desjardins, l’entraîneur des Canucks de Vancouver, lors du match de mardi. Son meilleur duo défensif, Alex Edler et Chris Tanev, s’est collé aux patins des trios de Galchenyuk et Plekanec tout au long de la soirée, alors que les jumeaux Sedin ont été opposés aux trios de Torrey Mitchell et, surtout, David Desharnais, qui a terminé +0/-5 au chapitre des chances de marquer contre eux.

Lorsqu’une équipe qu’on n’a jamais affrontée se donne la peine de prendre de telles décisions, c’est que le mot est en train de se passer quant au point faible de l’alignement du Canadien.

Les entrées en zone offensive et les sorties de zone défensive jettent toujours un éclairage intéressant sur ce genre de dynamique. Dans le tableau ci-dessous, on voit que le trio de Desharnais traîne toujours derrière les deux autres trios offensifs quant à sa capacité de contrôler le disque lors des sorties de zone défensive, tandis que sa capacité d’entrer en zone offensive en possession de la rondelle semble en souffrir.

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Tout ça est interrelié. Je prends note depuis le début de la saison des joueurs ayant posé certains gestes en zones offensive et défensive, ainsi que des joueurs qui les appuyaient. Ainsi, lorsque Brendan Gallagher obtient une chance de marquer sur une passe de Tomas Plekanec, les deux attaquants sont crédités pour un jeu. La somme de ces actions, ajustée en fonction du temps passé sur la glace, dresse un portrait clair de l’implication du joueur.

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On comprend, en regardant ce tableau, pourquoi Michel Therrien souhaite donner une promotion à Brian Flynn. Flynn est un des joueurs les plus dynamiques du club, autant du côté offensif que défensif. Alex Semin est moins actif, mais il aide lui aussi à créer des occasions de compter. Sa contribution est souvent indirecte, notamment par la création de chances de marquer: parmi les attaquants du club, il est celui qui a obtenu le plus de chances indirectes, soit 9 en 10 matchs.

Mais Semin se démarque également sur un autre plan: il ne dégage jamais la rondelle. En ce sens, il ne suit pas le programme. Les sorties de zone passent souvent par les ailiers gauches, alors que les ailiers droits semblent jouer le rôle de soupape, dégageant la rondelle en zone neutre plus souvent qu’à leur tour. Semin est l’exception. De toute évidence, on aimerait voir le numéro 13 taper la rondelle dans la baie vitrée un peu plus souvent.

Or, ce n’est pas le jeu de Semin qui devrait faire sourciller les entraîneurs, mais plutôt celui du trio de Desharnais. Notez comment les membres du troisième trio n’obtiennent pas un taux démesuré de dégagements, malgré le fait qu’ils soient sur la glace pour un nombre très élevé de ceux-ci. C’est le signe d’un trio qui n’est pas capable de venir en appui à ses défenseurs. Plus précisément, c’est la preuve qu’un trio ne permet pas aux défenseurs de sortir la rondelle de la zone défensive avec une courte passe vers les attaquants. C’est ce qui explique le peu de dégagements obtenus (ils ne sont pas en position de recevoir la rondelle pour la dégager) et le faible taux de sorties de zone en possession du disque.

Une simple permutation de Weise et Flynn aurait probablement donné de fort bons résultats sur ce plan. Décidément, on n’en est pas là. Semin est une cible facile, mais il ne fait pas partie du problème.