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Le Canadien peut-il s’améliorer?

Marc Bergevin aime frapper fort et prend plaisir à dissimuler ses intentions. Le suspense et les prédictions sont donc inévitables avant l’heure limite des transactions!

Claude Julien
Claude Julien pendant le match du Canadien contre les Jets de Winnipeg à Montréal, le 18 février. (Photo: La Presse Canadienne/Graham Hughes)

La date limite des transactions approche à grands pas. À partir du 1er mars à 15 h, les équipes de la Ligue nationale de hockey ne pourront plus négocier pour améliorer leur équipe en prévision des séries éliminatoires.

Cette période cruciale pour les équipes de la LNH a ceci de particulier qu’elle déplace les projecteurs des joueurs vers les directeurs généraux. Certains procèdent par petites touches, d’autres décident d’y aller de coups d’éclat. Le spectacle, ces jours-ci, prend donc la forme d’un suspense portant sur des jeux de coulisses, amplifiés et déformés par une extraordinaire prolifération de rumeurs. Les médias d’information sportive ont leurs «informateurs», et une foule de commentateurs envahissent les réseaux sociaux pour y construire une formidable caisse de résonance.

Cette année, les choses bougent vite. Les puissances des deux associations, Est et Ouest, ont déjà joué gros. Reste à voir qui suivra la parade.

Les meilleurs doivent jouer le tout pour le tout

Le Canadien n’appartient pas aux authentiques puissances de la ligue. Celles-ci sont au nombre de quatre, deux dans chaque association. Dans l’Est, on trouve les Capitals de Washington et les Penguins de Pittsburgh. Dans l’Ouest, les équipes à battre sont le Wild du Minnesota et les Sharks de San José.

Traditionnellement, les équipes qui aspirent aux honneurs sont les plus susceptibles de négocier et, s’il le faut, de frapper le grand coup. C’est encore le cas cette saison. Le Wild a allongé beaucoup de billets pour acquérir Martin Hanzal, un joueur de centre polyvalent qui produit sa part de points et qui excelle en défensive. Le Wild s’offre ici un luxe: on l’utilisera comme troisième violon, derrière Mikko Koivu et Eric Staal. Les Capitals, qui possèdent l’un des avantages numériques les plus dévastateurs de la ligue, ont quant à eux fait l’acquisition de Kevin Shattenkirk, le meilleur défenseur sur le marché, l’un des plus prolifiques de la ligue avec l’avantage d’un homme.

Ces équipes ont payé le prix fort: des choix au repêchage de premier et deuxième tour, la principale source de jeunes joueurs talentueux sur lesquels on bâtit une équipe championne. La philosophie est simple: au diable les lendemains qui chantent. La porte est ouverte, il faut s’y engouffrer.

Le dilemme des aspirants

Le Canadien fait partie d’un deuxième groupe d’équipes. Manifestement supérieures à la moyenne, celles-ci ont néanmoins des défauts identifiables, presque impossibles à réparer à ce stade de la saison. C’est pourquoi ces formations, lorsqu’elles négocient, tendent souvent à consolider leurs acquis.

Si les cinq dernières années nous ont enseigné une chose, c’est que, peu importe le statut de son équipe, Marc Bergevin n’a pas tendance à procrastiner. L’acquisition du jeune défenseur Nikita Nesterov, il y a déjà un mois, a été le coup d’envoi de ses manœuvres sur le marché des échanges.

J’en parlais la semaine dernière: l’une des grandes forces du CH réside dans la production offensive obtenue de la part de ses défenseurs. Nesterov, s’il n’est pas encore établi, correspond à cette identité offensive. Si on ne lui donne pas beaucoup de temps de jeu (les entraîneurs de la LNH détestent les erreurs de jeunesse), le fait est que, depuis trois ans, le jeune Russe produit au rythme d’un défenseur de deuxième paire à forces égales et à celui d’un joueur de première unité en avantage numérique.


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Marc Bergevin a bougé une autre pièce dans cette direction lundi soir, en faisant l’acquisition du défenseur Jordie Benn. Âgé de 29 ans, Benn est un vétéran effacé, mais polyvalent: gaucher, il a l’habitude de jouer à gauche comme à droite et, au cours des quatre dernières saisons, il a été utilisé en avantage comme en désavantage numérique.

Benn, comme Nesterov, cadre bien dans cette identité offensive qui caractérise la défensive du Canadien de 2017. Depuis trois ans, bien qu’on lui donne le temps de jeu d’un sixième défenseur, il produit au rythme d’un quatrième défenseur.

Souvent utilisé dans la deuxième paire défensive des Stars cette saison, Benn a encore vu sa production offensive augmenter. Sa récolte de 12 points à forces égales peut sembler modeste, mais elle est nettement supérieure aux 8 obtenus par Alexei Emelin, qui a pourtant le privilège d’être associé à Shea Weber et qui joue près de trois minutes de plus par match.

La direction suivie jusqu’ici par Bergevin est donc claire. Sachant qu’au sein de la ligue, on observe généralement une baisse marquée de la production entre les défenseurs de première, deuxième et troisième paire, force est de constater que les résultats sont mystérieux. Claude Julien peut mettre en uniforme six défenseurs capables de produire à un rythme digne de joueurs de première ou deuxième paire. Aucune autre équipe ne dispose d’autant de polyvalence sur ce plan.

L’attaque a besoin d’aide

L’arrivée de Benn pourrait reléguer Nesterov à un rôle de suppléant, mais elle ouvre aussi de nouvelles perspectives à Bergevin. S’il le veut, le DG du Canadien peut maintenant se permettre d’échanger Nathan Beaulieu ou encore Alexei Emelin pour obtenir du renfort à l’attaque.

Reste à voir si l’occasion se présentera. Les joueurs susceptibles d’aider l’attaque d’une équipe de façon majeure sont rarement disponibles, et le prix à payer est généralement prohibitif.

Les renforts prennent souvent la forme d’un joueur plus âgé, qui a connu de meilleurs moments, mais qui peut donner un coup de pouce dans des situations précises. Un attaquant comme Thomas Vanek ou Patrick Sharp pourrait s’amener à Montréal et prêter main-forte à l’équipe en avantage numérique.

Des joueurs plus jeunes, capables de collaborer dans toutes les facettes du jeu, peuvent aussi être acquis — les noms de Matt Duchene et de Gabriel Landeskog alimentent la machine à rumeurs depuis un moment déjà —, mais ces transactions, vu le nombre et l’importance des pièces à déplacer, ont plutôt lieu au cours de la saison estivale. On en a eu une démonstration éclatante l’été dernier, lorsque P.K. Subban et Taylor Hall ont changé d’adresse.

Pour le Canadien, le marché des échanges n’est peut-être pas la source à laquelle on va puiser pour s’améliorer. Le jeune ailier Charles Hudon fait flèche de tout bois avec le club-école de Saint-Jean. Il y a récolté 36 points en 36 matchs, 16 en 12 joutes disputées au mois de février. Âgé de 22 ans, à sa troisième campagne chez les professionnels, il semble bel et bien prêt à tenter sa chance avec le grand club.

À 28 ans, son compagnon de trio Chris Terry n’est plus une recrue. Mais il a obtenu 50 points en 38 matchs, 18 points en février. Ces deux joueurs, pour peu qu’on leur laisse la chance de se faire valoir, pourraient-ils donner un coup de piston à l’offensive? Sachant que le club vit ou meurt, ces jours-ci, grâce aux seuls exploits de son premier trio, que perd-on à essayer?

Je pense que, peu importe ce que Bergevin fera d’ici l’heure limite, on va bientôt voir ces deux joueurs à Montréal. Claude Julien augmente graduellement le temps de jeu de David Desharnais et fait désormais reposer l’essentiel des tâches défensives (tant les mises en zone défensive que le jeu en désavantage numérique) sur les épaules de quatre joueurs: Tomas Plekanec, Paul Byron, Phillip Danault et Max Pacioretty. Ce qui me porte à croire que des spécialistes de la défensive comme Torrey Mitchell et Brian Flynn, habitués du quatrième trio sous Michel Therrien, sont en train de perdre leur place. De là à donner à Desharnais des ailiers à vocation offensive, il n’y a qu’un pas, qu’on pourrait franchir rapidement. À suivre, donc.

Le facteur X

Il est à mon sens peu probable que Bergevin se livre à un coup d’éclat, parce que son club est somme toute en bonne position et qu’il ne possède pas nécessairement les atouts pour frapper un grand coup. Mais le DG montréalais m’a souvent fait mentir, que ce soit en échangeant Subban, en refusant de congédier son entraîneur ou, au contraire, en se débarrassant de ce dernier au moment où son club trônait encore en tête de sa division.

Des éléments reviennent au fil de ces gestes marquants: Marc Bergevin aime avoir de la marge de manœuvre (la clause de non-échange de Subban, qui entrait en vigueur quelques jours avant son échange, aurait menotté Bergevin). Il préfère cibler des joueurs dans la force de l’âge dont la valeur est dépréciée. On l’a vu avec Radulov l’été dernier, mais aussi avec Thomas Vanek il y a trois ans, Jeff Petry il y a deux ans, ou encore lors de cette négociation qui lui a permis de mettre son capitaine, Max Pacioretty, sous contrat pour une somme largement inférieure au prix du marché.

Bergevin aime frapper fort et prend davantage plaisir à dissimuler ses intentions. Le suspense et les prédictions sont donc inévitables.