Comment freiner la glissade ?
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Comment freiner la glissade ?

Parfois, les malchances sont isolées, mais parfois, elles arrivent en rafale et alors, c’est la vrille.

Ça ne devait pas se passer comme ça. On savait que la saison actuelle du Canadien de Montréal était, à bien des égards, un travail inachevé, mais cette descente en vrille en début de saison distille comme un parfum de panique chez les amateurs.

Mais ce n’est pas le cas du côté des entraîneurs, qui, par leurs décisions, montrent qu’ils ont clairement mis le doigt sur une source majeure des problèmes de l’équipe.

Le Canadien a joué gros en ce début de saison. D’emblée, Jonathan Drouin a été catapulté comme premier centre, Alex Galchenyuk s’est retrouvé ailier, tandis que le jeune Victor Mete — 19 ans à peine — a hérité du poste de premier défenseur. On a aussi ouvert la porte à des jeunes sortis du club-école, comme Jacob de la Rose et Charles Hudon.

Du lot, seul Victor Mete s’est démarqué. Les autres, actuellement, en arrachent.

Le cas d’Alex Galchenyuk est de loin le plus préoccupant pour les amateurs, parce que contrairement aux autres jeunes de l’organisation, il devait faire partie des éléments stables de la formation. Oubliez un instant le feuilleton mélo entourant ses reptations du centre à l’aile. À 23 ans, Galchenyuk a maintenant disputé 372 matchs dans la LNH et accumulé depuis trois ans une moyenne de 54 points par tranche de 82 matchs joués. Bref, ailier ou centre, il est un joueur de premier trio.

Depuis le début de la saison, j’ai d’abord cru à un plan. Avec Shaw et Danault, on lui demandait d’affronter les meilleurs éléments adverses et de gober les mises en jeu disputées en zone défensive. Un peu à l’image de joueurs comme Michael Ryder, Benoît Pouliot ou Brad Marchand, Claude Julien cherchait à faire de Galchenyuk un joueur plus responsable en défensive, travaillant ainsi la principale faiblesse de ce joueur talentueux. Peut-être qu’au départ la production offensive ne serait pas là, mais qu’elle finirait par revenir, me disais-je.

Ç’a duré quatre matchs. Après quoi, Galchenyuk a été relégué aux tâcherons de la quatrième ligne offensive, en lui reprochant de ne pas produire à l’attaque. Puis, on l’a envoyé à l’aile droite (une position qu’il n’a jamais occupée) de Jonathan Drouin (qui apprend sur le tas à jouer au centre) à Los Angeles, on l’a opposé à Anze Kopitar, l’un des centres les plus dominants de la LNH, puis à Drew Doughty, un des meilleurs défenseurs de la ligue. Les résultats ont été à l’avenant : le trio s’est fait démolir.

Enfin, après un mauvais début de match à Anaheim (toujours à la droite de Drouin), on l’a renvoyé sur la quatrième ligne, parce qu’il ne donnait pas assez au club, offensivement parlant. C’est un fait que Galchenyuk ne produit pas, mais j’avoue ne pas comprendre qu’on le traite comme une verte recrue, alors qu’il est bel et bien un joueur établi.

Ce dossier, qui n’en finit plus de finir, contribue à l’atmosphère de cirque qui entoure de nouveau l’organisation. Mais les vrais problèmes sont ailleurs. Heureusement, ils ne sont pas tous structurels. Et surtout, on semble s’attaquer à ce qui rogne réellement l’efficacité de l’équipe.

C’était le sujet du premier texte que j’ai publié sur ce blogue, il y a un peu plus de trois ans : les hockeyeurs sont à bien des égards soumis à la tyrannie du hasard. Une équipe peut déclasser ses adversaires sur la glace et se retrouver quand même le bec à l’eau. Un marqueur réputé comme Max Pacioretty peut, comme vendredi soir à Anaheim, coller 10 tirs et 5 chances de marquer et finir la soirée avec un gros zéro à sa fiche. Carey Price peut trébucher alors qu’Auston Matthews décoche un tir, et ainsi lui accorder un but facile. Parfois, ces malchances sont isolées, mais parfois, elles arrivent en rafale et alors, c’est la vrille.

En 2015-2016, le Canadien a connu une séquence de ce genre, qui s’est étirée sur plus de 20 matchs et a torpillé la saison du club. À la fin janvier, Marc Bergevin y allait de son mea culpa, affirmant qu’il était le seul à blâmer pour les déboires du club. C’était un peu court, mais c’était quand même vrai : au bout du compte, le CH n’avait pu s’en sortir parce que les gardiens appelés à prendre la relève de Carey Price (blessé) ne faisaient tout simplement pas le poids.

Ce qui arrive maintenant aux hommes de Claude Julien ressemble diablement à cette autre descente aux enfers, à une exception près : Carey Price, ce coup-ci, est en pleine santé, ce qui est une bonne nouvelle.

Le chroniqueur de TSN Travis Yost le soulignait la semaine dernière : Price connaît ces jours-ci une très mauvaise séquence. Rare ne veut pas dire exceptionnel, mais pour l’instant, ses défaillances sont le premier de trois éléments qui expliquent les difficultés du club.

Les calculs publiés sur le site Corsica.Hockey sont éloquents. Carey Price a, jusqu’ici, coûté presque trois buts à son équipe par ses seules contre-performances, ce qui est à des années-lumière de ses performances habituelles. Depuis la saison écourtée de 2013-2014, Price épargne en effet au moins un but par tranche de quatre matchs joués pour son équipe, ayant même atteint des sommets d’un but sauvé tous les deux matchs de 2014 à 2016.

Il n’est pas déraisonnable de s’attendre à ce que Price revienne à un niveau plus normal — c’est-à-dire supérieur à la moyenne.

Un problème similaire touche les attaquants du club. La même formule utilisée par Corsica.Hockey pour évaluer les performances des gardiens permet d’estimer combien de buts une équipe devrait normalement avoir obtenus, en se basant sur :

  • le nombre de tirs obtenus
  • l’endroit d’où ces tirs ont été produits
  • le type de tir qui a été effectué

Encore ici, le Canadien est complètement écrasé par le manque d’aptitude de ses tireurs à saisir les occasions, ceux-ci ayant obtenu 15 buts de moins que ce que la qualité des tirs obtenus permet d’espérer.

Le fait que ces deux séquences malheureuses surviennent en même temps a des conséquences catastrophiques sur la fiche du club. Mais la bonne nouvelle, c’est que les contre-performances de Price et le manquement des tireurs à profiter des occasions ne dureront pas.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il y a un problème qui semble plus structurel au sujet de la défensive du club. Les 15 buts manquants du côté offensif et les 3 buts perdus par Price n’expliquent pas totalement la différence réelle de – 21 buts actuellement enregistrée par l’équipe. Ils forcent à admettre que, même en temps normal, cette formation ne donne pas sa pleine mesure.

Si on se base sur la quantité et la qualité des tirs accordés par l’équipe, le Canadien est présentement au quatrième rang des pires défensives du circuit. Même si Carey Price retournait tout à coup à sa forme suprême, ce ne serait pas suffisant.

La source de cet effondrement est assez facile à déterminer. Parmi les joueurs réguliers, cinq accordent des chances à l’adversaire à un rythme supérieur à trois buts prévus par heure jouée : Karl Alzner et Jeff Petry à la défense, Max Pacioretty, Jonathan Drouin et Brendan Gallagher à l’attaque.

Pourtant, au cours des deux saisons précédentes, Petry, Gallagher et Pacioretty ont été parmi les meilleurs du club sur ce plan. C’est l’évidence : Drouin et Alzner ne sont pas à la hauteur des tâches exigeantes qu’on leur a confiées depuis le début de la saison.

Ce constat a de quoi rassurer, parce qu’il explique les récents mouvements de personnel. Claude Julien a en effet séparé ces joueurs, et il est clair que ce sont Alzner et Drouin qui sont appelés à jouer un rôle plus effacé dans les prochains matchs. On leur a laissé la chance, ils ne l’ont pas saisie. Il est temps de passer à autre chose.