Guylaine Demers : À vos marques, prêtes, partez !
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Guylaine Demers : À vos marques, prêtes, partez !

Professeure au Département d’éducation physique de l’Université Laval et présidente d’Égale Action, elle prend la barre d’un groupe de travail mis sur pied par Ottawa pour atteindre l’égalité des sexes dans le milieu sportif.

Le fédéral a débloqué 30 millions sur trois ans pour promouvoir l’inclusion des femmes et des filles dans le sport. Quel est le rôle de votre groupe de travail ?

La ministre des Sports, Kirsty Duncan, a créé un comité-conseil de 12 personnes afin de l’aider à décider où l’argent devrait aller pour avoir le plus de retombées possible, plutôt que de le saupoudrer un peu partout. Elle souhaite que d’ici décembre on ait quelque chose par écrit.

Sur quels chantiers travaillerez-vous en priorité ?

Il y a eu des gains sur le plan de la pratique sportive, mais les femmes n’ont pas encore percé les postes décisionnels — officiels, entraîneurs, cadres des fédérations… Il y a beaucoup de résistance, parfois inconsciente. On ne remet pas en question les façons de faire. Au lieu de dire que les femmes sont incapables de concilier leur vie familiale et le coaching, par exemple, pourrait-on s’interroger sur nos modes de fonctionnement ? Il y en a, des solutions.

Les athlètes féminines seraient-elles mieux servies par des entraîneuses que par des entraîneurs ?

Selon moi, toutes les équipes devraient être entraînées par un homme et une femme. Parce que nous sommes complémentaires. Actuellement, il n’y a pas beaucoup de modèles féminins. Aux derniers Jeux olympiques, de 10 % à 15 % des entraîneurs canadiens étaient des femmes. Beaucoup d’athlètes féminines ne s’imaginent pas devenir entraîneuses, parce qu’elles ne se reconnaissent pas dans le style de leadership de leur entraîneur masculin.

Le groupe a aussi pour mission de s’attaquer aux violences sexuelles dans le sport. Que préconisez-vous ?

La première étape, c’est l’éducation, à la fois des entraîneurs et des athlètes, sur ce qui est acceptable ou pas comme comportement. Il n’y a pas de zone grise ici ; c’est blanc ou noir. Ensuite, il faut des règles strictes interdisant à un entraîneur de se retrouver seul avec un athlète. Pas question qu’un entraîneur aille reconduire un athlète seul en voiture ou qu’ils partagent une chambre pour économiser lors d’un tournoi. Et on doit mettre en place un système qui permette à l’athlète d’obtenir de l’aide de manière confidentielle, comme le service de soutien téléphonique que vient de lancer Sport’Aide au Québec.

La ministre Duncan a pour objectif d’atteindre l’égalité des sexes dans le sport d’ici 2035. Est-ce réaliste ?

Non. Mais si on dit aux organisations sportives : désormais, on va établir des cibles et, si vous ne les atteignez pas, vous allez subir des compressions, je vous garantis qu’elles vont trouver des femmes. Ce sera un de mes chevaux de bataille : peu importe ce qui va ressortir de ce comité, si ce n’est pas rattaché à de l’argent, ça restera des vœux pieux.