Le prochain Pacioretty ? Bergevin mise sur Brendan Gallagher

S’il n’est pas une vedette, Gallagher a une valeur certaine et son contrat lui rapportera 22,5 millions de dollars d’ici 2021. Que cède-t-il en retour ? Le pouvoir de décider où il jouera et, possiblement, beaucoup d’argent.

Photo: Francois Laplante/Freestyle Photography/Getty Images
Photo: Francois Laplante/Freestyle Photography/Getty Images

Blogue_hockey2En paraphant avec Brendan Gallagher une entente de six saisons samedi dernier, Marc Bergevin, le DG du Canadien, a posé une pierre de plus à l’édifice de l’équipe en devenir. Ce faisant, il nous révèle du même coup quelques mécanismes supplémentaires par lesquels lui et ses congénères réussissent à atteindre leurs fins à l’ère du plafond salarial.

Gallagher, âgé de 22 ans, dispute sa troisième saison dans la LNH. Reconnu pour son style abrasif, il s’est taillé une place au sein du principal groupe d’attaquants du CH, jouant systématiquement sur un des deux meilleurs trios du club. S’il n’est pas une vedette, Gallagher a une valeur certaine et son contrat lui rapportera 22,5 millions de dollars d’ici 2021.

Que cède-t-il en retour ? Le pouvoir de décider où il jouera et, possiblement, beaucoup d’argent. C’est qu’à l’instar du contrat qu’il a accordé à Max Pacioretty, Marc Bergevin mise que l’entente avec Gallagher lui assurera, au cours des prochaines saisons, de la flexibilité sous le plafond salarial et d’excellentes performances à rabais.

Sur une base annuelle, le montant qu’on lui a accordé est dans la norme des ailiers agents libres capables de marquer 20 buts, soit environ 4 millions de dollars par saison. Sachant que ce contrat couvre quatre saisons d’autonomie restreinte et deux saisons d’autonomie complète, on peut considérer que dans les faits, Bergevin paie plutôt cher les services de son petit ailier.

Après tout, les saisons d’autonomie restreinte ne sont pas des plus payantes pour les joueurs. P.K. Subban, par exemple, a gagné 3,75 millions de dollars l’année où il a remporté le trophée Norris, bien en deçà du salaire moyen pour les meilleurs joueurs de la ligue. De toute évidence, on mise sur la possibilité d’une augmentation significative de la production offensive de Gallagher au cours des prochaines saisons.

Le cas d’école est ici Max Pacioretty. Signé à long terme immédiatement après sa première vraie bonne saison (33 buts en 2011-2012), il est depuis devenu l’un des plus redoutables buteurs de la LNH — et ce, pour le même salaire moyen (4,5 millions de dollars par an) que celui accordé à des joueurs relativement ordinaires, comme Teddy Purcell ou Brooks Laich.

Pacioretty et Gallagher sont des ailiers au profil similaire : c’est sur la quantité de tirs dirigés au filet qu’ils font leur pain et leur beurre. Pacioretty a mis un peu plus de temps à décoller que Gallagher, mais on peut voir à quel point il s’est développé comme franc-tireur à partir de sa troisième saison.

Gallagher, pour sa part, a connu une première campagne au-delà de toutes les attentes. En fait, cette campagne écourtée est probablement un leurre sur le plan du taux de conversion. Mais on voit qu’il a aussi su produire à un rythme supérieur à celui de Pacioretty lors de sa deuxième saison.

 

Max Pacioretty

Brendan Gallagher

Âge

Taux de conversion

Tirs/Heure

Taux de conversion

Tirs/Heure

20

5%

7,8

13%

11,2

21

4%

6,7

9%

9,6

22

13%

11,4

8%

10,5

23

12%

11,7

24

9%

13,2

25

15%

11,9

26

13%

11,6

*Tirs: tirs au but et tirs manqués

Bien sûr, le contexte entre en jeu (Pacioretty est en début de carrière employé sur des trios plus défensifs), mais Gallagher amorce désormais ses meilleures années en ayant une base solide.

La carte cachée de Bergevin, le vrai pari de ce contrat, c’est donc que Gallagher va «monter une marche». Sur ce point, des études récentes démontrent deux choses : c’est généralement entre 22 et 27 ans que les buteurs connaissent leurs meilleures saisons et les joueurs qui tirent beaucoup vieillissent mieux que ceux qui tirent moins. Le palmarès des meilleurs buteurs correspond à cet état de choses. Depuis 2005-2006, la liste des meilleurs buteurs de la ligue est dominée par les joueurs de moins de 25 ans.

Pour Gallagher, au-delà des 22,5 millions de dollars, c’est dans la structure du contrat que se cachent les victoires à la table de négociation.

Comme on l’a expliqué, dans la LNH, l’espace occupé par un contrat sous le plafond salarial représente tout simplement la valeur totale du contrat divisée par le nombre de saisons qu’il recouvre. Mais dans les faits, les sommes d’argent versées annuellement varient parfois considérablement. Voici, tirée de l’excellent site CapGeek, la structure du contrat de Gallagher.

Saison

Salaire total

Bonis

Impact sur le plafond salarial

2015-16

5 500 000 $

0 $

3 750 000 $

2016-17

4 500 000 $

0 $

3 750 000 $

2017-18

2 750 000 $

0 $

3 750 000 $

2018-19

3 000 000 $

0 $

3 750 000 $

2019-20

4 000 000 $

1 500 000 $

3 750 000 $

2020-21

2 750 000 $

1 750 000 $

3 750 000 $

Gallagher reçoit une part non négligeable de son argent dès les deux premières saisons (près de la moitié de la valeur totale) et, à la fin du contrat, son salaire est partiellement couvert par des bonis.

Les bonis diffèrent des salaires sur un point précis : alors que les salaires sont versés aux deux semaines au cours de la saison, le boni est quant à lui versé en bloc, le 1er juillet. On les utilise de plusieurs façons depuis quelques saisons déjà. L’exemple de Shea Weber est à ce sujet fort instructif.

À l’aube du lockout de 2012, le défenseur étoile des Prédators de Nashville a paraphé une entente qui lui garantissait 14 millions de dollars pour la saison suivante, soit 1 million de dollars en salaire et 13 millions de dollars en boni payable au moment de la signature du contrat. Weber s’est donc assuré de recevoir au moins 13 millions en 2012-13, peu importe le dénouement des négociations entre les joueurs et les propriétaires.

Le présent contrat de travail de la LNH prend fin en 2021, mais l’association des joueurs dispose d’une clause échappatoire au terme de la saison 2019-20. Les bonis en fin de contrat représentent donc pour Gallagher une protection en cas de lock-out.

Autre élément important pour lui : en recevant une si large part de la valeur du contrat dès les deux premières saisons, pour peu qu’il confie ses avoirs à un gestionnaire de portefeuille compétent, il s’assure d’un profit substantiel par rapport à un contrat étalant son salaire de manière plus égale. Gallagher obtient donc des protections contre l’inflation, contre les lock-out, et contre le risque de blessures.

Le contrat de Gallagher ne comprend toutefois aucune clause de non-échange. Ça peut sembler anodin, mais c’est pour Marc Bergevin un atout important. Si Gallagher régresse, Bergevin pourra s’en débarrasser plus facilement, d’autant plus que l’essentiel de l’argent qui lui est dû aura été versé dès les deux premières campagnes.

Par contre, si Gallagher, à l’image de Max Pacioretty, augmente significativement sa production offensive, il deviendra alors, comme le numéro 67, une formidable aubaine.

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