La pandémie a mis à mal la santé mentale des athlètes olympiques

Les 18 derniers mois ont testé les limites mentales et physiques des athlètes olympiques. C’est ce qui rend leurs performances à Tokyo encore plus remarquables.

La Canadienne Margaret Mac Neil nage vers la médaille d’or lors de la finale du 100 mètres papillon féminin aux Jeux olympiques de Tokyo. (Frank Gunn / La Presse Canadienne)

L’auteure est directrice du Centre international d’études olympiques à la Western University.

La première semaine des Jeux olympiques de Tokyo a déjà donné lieu à d’incroyables performances : la Canadienne Maggie Mac Neil a remporté l’or au 100 m papillon et les Canadiennes sont montées sur le podium pour la première fois en judo, et ce, dans une compétition qui présente des défis sans précédent pour tous les athlètes.

On a beaucoup parlé de l’absence de spectateurs à ces Jeux olympiques en pleine pandémie, ainsi que des risques liés au fait de réunir des milliers de participants à proximité les uns des autres alors que Tokyo est en état d’urgence en raison de la transmission de la COVID-19. Mais les athlètes ont dû affronter d’autres défis moins apparents.

Ayant participé aux Jeux d’été de 1984, je connais la préparation nécessaire pour se rendre aux olympiades et la pression qu’on subit une fois sur place. Mais ces Jeux sont encore plus exceptionnels, étant donné les répercussions que la pandémie de COVID a eues sur les athlètes au cours des 18 derniers mois — non seulement sur leur entraînement physique, mais aussi sur leur mental.

Anxiété et incertitude

L’incertitude et l’imprévisibilité causées par la crise sanitaire ont engendré une grande détresse psychologique. Des athlètes d’élite ont affirmé que le flou quant à leur avenir, la baisse de leurs revenus, la modification des procédures d’enseignement universitaire, la fermeture des installations et l’annulation des compétitions avaient été d’importants facteurs de stress.

La Française Clarisse Agbegnenou, médaillée d’argent en judo aux Jeux olympiques de Rio en 2016, a déclaré à Eurosport : « L’incertitude quant au moment où on pourra s’entraîner et participer à des compétitions est très difficile à gérer… J’aime programmer les choses à l’avance. Le fait d’être dans le brouillard m’a vraiment abattue. » Dans le même article, Makis Chamalidis, psychologue du sport, a affirmé que la combinaison de l’isolement social et de l’anxiété avait engendré du repli sur soi et de la dépression chez certains athlètes.

Un rapport de la FIFPRO, une organisation qui représente 65 000 joueurs de soccer professionnels, a révélé que les symptômes d’anxiété et de dépression avaient doublé chez ces derniers depuis le début de la pandémie, en décembre 2020. La source principale était l’inquiétude quant à leur avenir dans le sport.

D’autres facteurs, comme le fait d’être confiné chez soi avec un équipement d’entraînement minimal, de ne pas avoir de calendrier de retour au sport et d’être isolé socialement, ont amené de nombreux athlètes à exprimer leur anxiété et leur stress en ligne et dans le cadre d’entretiens.

Catherine Beauchemin-Pinard lève son poing droit en signe de victoire alors que son adversaire est au tapis La Canadienne Catherine Beauchemin-Pinard, à droite, réagit après avoir battu Anriquelis Barrios, du Venezuela, pour remporter la médaille de bronze dans l’épreuve de judo féminin des 63 kilos aux Jeux olympiques de Tokyo. (La Presse Canadienne / Nathan Denette)

La détresse émotionnelle accrue a été corrélée avec un manque de communication et de soutien de la part des entraîneurs, des partisans, des médias et autres. Pendant la pandémie, les psychologues du sport ont signalé une augmentation des demandes de consultation en ligne ainsi qu’une hausse des diagnostics de troubles psychologiques chez les athlètes.

Le temps est crucial

Le report ou l’annulation des saisons et des épreuves de qualification a entraîné « beaucoup de chagrin, de stress, d’anxiété et de tristesse ».

Sport’Aide, une organisation à but non lucratif qui vise à éliminer la violence et les abus dans les sports, remarque que le temps est crucial dans la carrière des athlètes. La majorité d’entre eux ne participent qu’à une seule édition des Jeux olympiques et il est très peu probable que des athlètes prennent part à des compétitions après l’âge de 40 ans. Le report des Jeux olympiques peut avoir des conséquences désastreuses pour certains à cause de la durée limitée de leur carrière.

Sport’Aide a constaté que l’isolement, la soudaine augmentation du temps libre et l’accroissement de l’inactivité, en plus de sentiments de déception et d’incertitude causés par le report des Jeux, avaient provoqué de l’anxiété, de la détresse psychologique et des symptômes dépressifs chez des athlètes.

Ces derniers ont affirmé que le manque d’activité physique pendant la quarantaine était la principale raison de la détérioration de leur bien-être mental. En outre, comme les athlètes olympiques passent la majeure partie de leur temps à s’entraîner, la diminution de l’activité physique peut avoir engendré un déficit en dopamine et en endorphine, ce qui expliquerait une baisse des sentiments de plaisir et de bonheur.

Mécanismes d’adaptation

Chaque athlète a réagi différemment à la pandémie, selon sa résilience et ses mécanismes d’adaptation.

Dans un premier temps, on a constaté que les professionnels de la santé mentale qui ont travaillé avec des athlètes les ont encouragés à rechercher le soutien de leur famille et de leurs amis. Cela leur a permis d’améliorer, entre autres, leur hygiène de vie, leur alimentation, leur sommeil et leur capacité de penser.

Après le report officiel des Jeux olympiques, les athlètes ont eu le sentiment que tout leur travail et toute leur planification étaient devenus incertains, et les recommandations ont alors changé pour les inciter à travailler sur leurs faiblesses.

Des méthodes telles que la pleine conscience, la fixation d’objectifs et le recadrage ont été encouragées par le truchement de vidéos et de téléconsultations. Cependant, ce ne sont pas tous les athlètes qui ont pu mettre à profit ces suggestions, car certains ne disposaient pas du soutien nécessaire. En conséquence, certains sont devenus inactifs et désorientés et ont souffert d’un stress psychologique important.

Deux plongeuses sont sur le point d’entrer dans l’eau simultanémentLes Canadiennes Mélissa Citrini-Beaulieu et Jennifer Abel lors de l’épreuve de plongeon synchronisé au tremplin de 3 m, où elles ont remporté la médaille d’argent, aux Jeux olympiques de Tokyo. (AP Photo / Dmitri Lovetsky)

Une étude a révélé que les médias sociaux peuvent promouvoir le bien-être en diffusant des messages positifs, en encourageant les comportements sains à la maison et en permettant aux athlètes de rester en contact virtuel avec leur famille, leurs amis et leurs entraîneurs. Mais ils ont aussi leur lot d’inconvénients. Ainsi, la pandémie a donné lieu à beaucoup d’informations négatives, ce qui a engendré des émotions difficiles, un déficit de sommeil et de la détresse mentale.

Les finances

Les athlètes olympiques s’entraînent sans relâche pendant quatre ans avant de participer aux Jeux. Habituellement, ils répartissent leur financement sur ces quatre années, alors le report des Jeux de Tokyo a mis beaucoup d’entre eux dans une situation difficile, puisqu’il leur manque une année de financement.

On croit souvent, à tort, que les athlètes olympiques sont riches. Or, la plupart d’entre eux ne disposent pas d’un soutien financier suffisant et se retrouvent à devoir trouver un emploi d’appoint.

Pendant que nous continuons à regarder et à encourager les athlètes à Tokyo, gardez à l’esprit ce qu’ils ont dû endurer au cours des 18 derniers mois pour pouvoir participer à ces Jeux olympiques hors du commun.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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