La tyrannie du hasard s’abat sur le Canadien

Le Canadien est un club besogneux mais prévisible, que le Lightning a réussi à emboîter à partir de la deuxième période du deuxième match. 

Photo : Minas Panagiotakis/Getty Images
Photo : Minas Panagiotakis/Getty Images

Blogue_hockey2L’émotion est au hockey ce que la majorité silencieuse est à la politique : tour à tour, les acteurs de la joute et les commentateurs qui les observent lui font bien dire ce qu’ils veulent. Ce terrain étant largement arpenté ces jours-ci, on m’excusera d’aller voir ailleurs.

Michel Therrien l’avait dit au mois de mars : on ne change pas le style d’un club à l’aube des séries. Il semble pourtant que c’est ce que le Lightning a décidé de faire. Club axé sur le jeu offensif et le transport de rondelle en saison régulière, Tampa Bay est désormais une équipe de contre-attaque, qui se masse à l’intérieur de sa zone, protège son gardien et attend les ouvertures. Sans jamais avoir l’avantage en possession de rondelle, ils ont réussi dimanche soir à étouffer l’attaque du CH. L’explosion offensive en avantage numérique était simplement la cerise sur le sundae.

Deux avantages numériques différents

Les quatre buts de Tampa Bay en avantage numériques ont suivi d’importants mouvements latéraux de la rondelle, à travers ce qu’on appelle le «chemin du roy», ce couloir qui s’étend au milieu de la zone adverse, devant le gardien de but. Tampa Bay joue, à travers ces grands mouvements, le jeu de la qualité et non de la quantité. À la fin de la saison régulière, ils étaient 8e au classement du nombre de buts comptés en avantage numérique et 28e pour le nombre de tirs obtenus.

Pour le Canadien, les choses semblaient s’améliorer lors de la série contre Ottawa, mais on a décidé, encore une fois, de changer la recette avant la série contre Tampa Bay. Les résultats sont pathétiques : on ne génère plus de chances de marquer. En 12 minutes de jeu, on n’en a obtenu que trois !

Pourtant, les changements opérés sont intrigants. On utilise désormais Jeff Petry à la pointe dans le but de rendre moins prévisibles les tirs de P.K. Subban. On tente manifestement de reproduire ici un schéma de jeu similaire à celui qu’on a construit autour d’Alex Ovechkin à Washington. L’extrait ci-dessous en montre une variante selon laquelle on tente de tromper la défensive adverse en feintant la passe à Gallagher. Lorsque Gallagher délaisse son poste devant Ben Bishop et se met en position de tir, Subban se déplace vers l’embouchure du filet pour accepter la passe.

Il sera intéressant de voir si on s’accroche à ce système. Le succès de l’entreprise repose éventuellement sur le fait qu’en procédant ainsi, on dispose de trois axes pour alimenter Subban: directement à travers la boîte défensive (en feintant la passe à Gallagher), du coin opposé de la patinoire, ou encore de la ligne bleue (on compte alors sur le fait que Petry va parfois tirer sur réception pour garder l’adversaire honnête). C’est un schéma redoutable, mais qui nécessite une période de rodage. Subban, défenseur de carrière habitué à contrôler le disque à la ligne bleue, n’est pas habitué à rester loin du jeu et à descendre près du gardien. Bref, on a besoin de temps, une denrée dont l’équipe commence à manquer cruellement.

Le hockey et la tyrannie du hasard

C’était le titre de la première chronique que j’ai publiée sur ce blogue, il y a plus de sept mois. Le CH subit présentement les foudres de ce tyran et ne peut que continuer à pousser, vaille que vaille, en espérant que la chance tourne.

Bien sûr, le club de Michel Therrien joue toujours un style dit «de corridor» : on dégage la rondelle au moindre signe d’hésitation pour ensuite la poursuivre et on ne s’aventure au centre de la glace que pour retourner le long des bandes. Les longues passes «est-ouest» n’existent que sur un axe précis : du défenseur droit à l’ailier gauche. Point final. Tout ça donne un club besogneux mais prévisible, que le Lightning a enfin réussi à emboîter à partir de la deuxième période du deuxième match. Le CH n’a alors obtenu aucune chance de marquer, avant de se ressaisir en troisième période, lors de laquelle il en a cumulé cinq.

Malgré ces limites bien réelles, le Canadien a bel et bien eu l’avantage du jeu à forces égales tout au long de la série: ils ont obtenu 8 chances contre 7 dimanche, 32 contre 23 en deux matchs, et 55 % des tirs jusqu’ici. Sur les unités spéciales, bien que Tampa eût joué 19 minutes en avantage numérique contre 12 pour le Canadien, l’écart n’est que de trois chances, 7 contre 10 à l’avantage de Tampa.

Si on compte les unités spéciales, après deux matchs, le tableau des chances de marquer va comme suit.

Chances

Ce qui ressort, ici, c’est bien sûr le taux de réussite. Alors que les hommes de Jon Cooper ont obtenu un but sur le quart de leurs chances, le Canadien n’en a obtenu aucun. Ben Bishop est bon, mais pas à ce point-là. Carey Price est humain, mais il n’a pas oublié comment garder les filets. Présentement, les joueurs de Tampa enchaînent les tirs parfaits et les déviations savantes, alors que les rouges n’en finissent plus de manquer le filet, de toucher la tige, de tirer dans la grosse mitaine de Bishop. Le tyran s’acharne présentement sur le Canadien et comble le Lightning.

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2 commentaires
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La tyrannie du hasard ? Elle est nouvelle celle-là après « la glace trop molle », ou les mauvais arbitres,

« Présentement, les joueurs de Tampa enchaînent les tirs parfaits et les déviations savantes, alors que les rouges n’en finissent plus de manquer le filet, de toucher la tige, de tirer dans la grosse mitaine de Bishop. Le tyran s’acharne présentement sur le Canadien et comble le Lightning. »

Les 2 phrases me semblent véhiculer une idée complètement opposée : d’un côté la précision (ou le talent si vous voulez) vs le manque de précision, ensuite on dit que c’est le fruit du hasard.

Bien sûr il y a une par de hasard, mais dans l’ensemble les tirs des joueurs de Tampa Bay ont été largement de meilleure qualité que ceux du Canadiens, si les tirs ne sont pas de qualité ce n’est pas le fruit du hasard.