L’activité physique, une autre victime des changements climatiques

Une nouvelle étude montre concrètement comment la pollution atmosphérique et le réchauffement du climat nous rendront encore plus sédentaires. 

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Les vagues de chaleur, la pollution atmosphérique et les catastrophes naturelles refroidiront les ardeurs des sportifs dans les deux à trois prochaines décennies, à cause des changements climatiques. C’est ce qui ressort d’une récente revue systématique de la littérature scientifique sur le sujet pilotée par Paquito Bernard, professeur au Département des sciences de l’activité physique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Avec ses collègues, il a examiné 74 études qui s’intéressent aux liens entre l’activité physique, le sport et les changements climatiques.

La pollution de l’air, causée entre autres par la multiplication des feux de forêt, ainsi que le rejet de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère ont déjà des répercussions tangibles sur l’exercice physique. « Une méta-analyse présentée dans notre étude démontre par exemple que chaque fois que la concentration de particules fines dans l’air augmente d’un microgramme par mètre cube, il y a une diminution du niveau d’activité physique de l’ordre de 1 % dans la population urbaine. Les gens sont moins tentés de bouger », illustre Paquito Bernard. Plusieurs actions d’origine humaine, comme le chauffage au bois et la combustion de carburants fossiles par les automobiles, émettent des particules fines et ultrafines dans l’air.

Effets multiples

Les pics de chaleur amènent aussi les gens à moins bouger. Une étude sur les vélos en libre-service Citi Bike, l’équivalent new-yorkais des Bixi, conclut ainsi que leur utilisation chute lorsque le thermomètre dépasse 28 °C. La diminution est tout particulièrement marquée chez les personnes en surpoids, âgées ou souffrant de maladies chroniques comme le diabète de type 2 et l’hypertension, qui peinent à réguler leur température interne. Or, il y aura au moins trois fois plus de journées à 30 °C et plus d’ici 2040 au Québec, prévoit le consortium en climatologie régionale Ouranos.

« Pour une ville comme Montréal, cela signifie qu’il y aura environ 50 jours au-dessus de 30 °C par année. La pratique d’une activité physique entre 11 h et 18 h y sera plus difficile », prévoit le Dr Pierre Gosselin, médecin-conseil en climat et santé à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui n’a pas pris part à ces travaux. S’entraîner plus tôt, bien s’hydrater et rechercher de l’ombre sera donc de plus en plus important au cours des étés de demain. « Les rues et pistes cyclables arborées, ce n’est pas qu’une question de beauté. Ce sont aussi des environnements où l’ombre des arbres abaisse la température ressentie de 10 °C à 15 °C par rapport au plein soleil », précise le Dr Gosselin. 

Étonnamment, l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles a des répercussions sur la pratique d’activités physiques. « C’est surtout l’accumulation de ces microtraumatismes qui a une incidence, souligne Paquito Bernard. Une étude nous a particulièrement frappés : le fait de subir de petites inondations année après année y est corrélé avec une baisse marquée de la marche à des fins de transport. » La destruction des infrastructures où il fait bon marcher, comme les parcs, serait en partie responsable de ce phénomène.

La revue systématique aborde également la question des transports actifs. En théorie, ces derniers se veulent un outil de lutte contre les changements climatiques. Or, cela ne se mesure pas toujours dans la réalité. « Plusieurs études démontrent que l’investissement dans les transports actifs augmente la pratique du vélo et de la marche, sans pourtant parvenir à réduire l’utilisation de la voiture. Les gens s’activent probablement à des fins de loisirs plutôt que pour des raisons utilitaires », analyse Paquito Bernard. À moins d’être couplés à une réglementation qui limite la voiture en ville, de tels investissements mènent à une hausse de l’exercice physique, mais sont inefficaces pour diminuer les GES.

Contribuer au problème

Les activités physiques peuvent même contribuer directement à la crise climatique. Une étude réalisée en Allemagne montre par exemple que les déplacements dus à la pratique d’un sport peuvent constituer une importante source de GES. 

En Allemagne, les sportifs amateurs émettent en moyenne 844 kg de CO2 dans l’atmosphère par leurs déplacements. Cela correspond à environ 10 % de leurs émissions annuelles et représente l’équivalent de quelque 7 000 km parcourus avec une petite voiture. Chez les touristes sportifs, comme les adeptes de la plongée sous-marine, de la longue randonnée et du golf, jusqu’au quart des émissions de GES sont attribuables aux déplacements de nature sportive. « Dans leur cas, c’est le fait de prendre l’avion pour voyager qui est en cause », explique le chercheur.

La palme revient cependant aux athlètes professionnels. Lors d’une saison en Premier League, le plus important championnat de football d’Angleterre, chaque joueur émet avec ses déplacements environ trois fois plus de GES qu’un Québécois en une seule année. Ce qui fait dire au Dr Pierre Gosselin que les fédérations sportives doivent se responsabiliser et devenir des acteurs de la lutte contre les changements climatiques. « Aménager des terrains synthétiques, de véritables îlots de chaleur, n’a aucun sens. Pas plus que d’embarquer dans un avion des dizaines de fois par année pour disputer des parties ailleurs », pense-t-il.

Au final, la crise climatique a le potentiel d’exacerber une autre crise, de santé publique celle-là. Au Canada, on estime que la moitié des adultes canadiens ne font pas suffisamment d’exercice physique ou ont des comportements sédentaires, comme passer plusieurs heures de la journée assis au bureau. « Les changements climatiques vont avoir un effet négatif sur le niveau de pratique d’activités physiques, donc sur la santé globale de la population, confirme Paquito Bernard. Si nous voulons que nos enfants puissent enfourcher leur bicyclette et se dépenser, il faut sans plus tarder réduire notre empreinte carbone. »

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Je dois être dans le champ (dans les patates comme on dit) , mais je ne comprends plus. Les sources d’énergie renouvelables sont sensées être de celles qu’il faut favoriser. Il me semble que le bois en est une ¨source renouvelable¨… Alors pourquoi s’acharner sur les chauffages au bois : ¨ Plusieurs actions d’origine humaine, comme le chauffage au bois et la combustion de carburants fossiles par les automobiles, émettent des particules fines et ultrafines dans l’air.¨ ?
Avec les appareils modernes de chauffage au bois , la production d’énergie s’est améliorée considérablement au point que les rendements de ces appareils frôlent les 90 %, c’est quand même pas rien !
Il ne faut pas oublier non plus que les ¨particules¨ (qui ne sont pas des gas), ont tendance à retomber au sol avec le temps, soit par la pluie, neige ou manque de vent. Donc, une pollution de courte durée.
Le problème, ce sont les villes qui concentrent cette forme de pollution. Pas la campagne.
La coupe sélective du bois de chauffage permet une regénération forestière qui favorise la ¨re-captation¨ du CO2, d’où neutralité de pollution par GES.
Qu’on m’explique si je fais fausse route.