Le CH a-t-il les moyens de ses ambitions?

La direction a manifestement entendu les appels du pied de P.K. Subban et compagnie: les leaders du groupe sont au sommet de leur carrière et le temps file.

Photo : Richard Wolowicz/Getty Images
Photo : Richard Wolowicz/Getty Images

PolitiqueLa saison du Canadien s’amorce ce soir avec une équipe passablement transformée. La direction a manifestement entendu les appels du pied de P.K. Subban et compagnie à la fin de la dernière saison: les leaders du groupe sont au sommet de leur carrière et le temps file. On veut gagner maintenant. Marc Bergevin a donc retouché l’alignement en y insérant, ici et là, des vétérans pour appuyer le noyau en place et on s’attend à une plus grande contribution de certains jeunes joueurs, surtout en défensive. Pas de révolution, donc, mais plus de soldats capables de suivre les meneurs au front.

À l’attaque

Premier trio: Tomas Plekanec, Max Pacioretty, Brendan Gallagher

On avait quelques inquiétudes au début du camp quant à l’état de santé de Max Pacioretty, qui s’est blessé à un genou cet été. Après avoir disputé seulement deux matchs lors du camp d’entraînement, serait-t-il prêt pour la saison? On était en droit de se poser la question. Puis, au dernier match du camp, il a fait ceci (contre Erik Karlsson) :

MedicalOpulentCougar

Le meilleur attaquant du club est manifestement prêt. Son trio aussi. En un peu plus de 20 minutes jouées à forces égales depuis le retour de Pacioretty, le premier trio du Canadien a dominé sans partage, ne concédant que deux chances de marquer et forçant l’adversaire à dégager sa zone en désespoir de cause.

Figure1

Ça ne sera pas aussi simple à tous les soirs. Le trio a souffert, l’an dernier, contre les triplets de Tampa Bay. Mais la versatilité de cette unité va lui valoir beaucoup, beaucoup de temps de glace dans les premiers mois de la saison.

Deuxième trio: Alex Galchenyuk, Alex Semin, Lars Eller

Le plus grand remaniement de l’été fut l’annonce du passage d’Alex Galchenyuk au centre. Lars Eller se retrouve désormais à l’aile gauche du deuxième trio et le nouvel arrivé, Alex Semin, jouera à droite.

À vue de nez, Semin est un excellent manieur de rondelle, ainsi qu’un passeur et un tireur d’élite. Tout ce talent, et pourtant les Hurricanes de la Caroline ne se sont pas gênés pour dire cet été qu’on lui avait «donné 14 millions pour qu’il ne joue plus pour nous». Bref, Semin s’améne à Montréal à 31 ans avec une réputation de joueur décevant et peu d’attentes. Tout ça rappelle Alexei Kovalev. On verra à l’usage, mais pendant le camp d’entrainement, son trio a été absolument dominant.

Figure2

Le deuxième trio s’est surtout démarqué lors des sorties de zone. Lorsqu’on regarde ces trois joueurs, on ne voit pas à un trio défensif. Et pourtant, la rondelle quitte  et on ne la dégage pas si souvent.

Troisième trio: David Desharnais, Tomas Fleishmann, Dale Weise

Je m’attendais à ce que David Desharnais soit muté à l’aile pour faire une place à Galchenyuk au centre, mais on a plutôt décidé de lui confier le troisième trio. Si lui et ses compagnons de trio ont parfois été efficace au fil du camp, les données nous disent qu’ils ont tout de même été déclassés par leurs adversaires. On peut donner le bénéfice du doute, mais le niveau d’adversité ne fera qu’augmenter.

Figure3

Ces trois joueurs forment donc un ensemble à risque. Si l’équipe gagne, on se permettra d’être patient avec eux. Mais si les choses vont mal, quelle direction va-t-on prendre? Les deux premiers trios semblent bien équilibrés et fort dangereux — va-t-on prendre le risque de les affaiblir pour renforcer le troisième? Ou va-t-on plutôt faire appel à un réserviste, voire un de ces jeunes joueurs ayant connu un bon camp?

Quatrième trio: Torrey Mitchell, Devante Smith-Pelly, Brian Flynn, Paul Byron

Cette unité est composée de spécialistes de la défensive. Seuls Flynn et Mitchell seront appelés à passer du temps sur les trois premiers trios, et ce, lors des mises au jeu en zone défensive. Alex Semin et Dale Weise cèderont leur place lors de ces situations, le temps de sortir la rondelle du territoire. Autrement, il sera intéressant de voir quel genre de temps de glace on leur donnera. Mitchell, s’il reste en santé, pourrait compter une dizaine de buts, une contribution non négligeable de la part d’un quatrième joueur de centre. L’arrivée de Byron donne du temps à De La Rose (qui vient à peine d’avoir 20 ans) de peaufiner son jeu dans la ligue américaine et à Zach Kassian de compléter sa cure de désintoxication. Devante Smith-Pelly court le plus grand risque de perdre sa place; on aime la vitesse chez le CH et Byron patine comme le vent.

La défensive

Premier duo: P.K. Subban, Andrei Markov

A-t-on besoin de les présenter? Les défenseurs vieillissants voient souvent leur niveau de jeu dégringoler de manière rapide. L’an dernier, après avoir rendu de fiers services au CH la saison précédente, Mike Weaver n’a jamais pu retrouver ses jambes. Il est aujourd’hui à la retraite. Markov semble encore bien en selle, la chute n’étant pas pour tout de suite. Mais elle approche.

Deuxième duo: Alexei Emelin et Jeff Petry

L’ajout de Jeff Petry, l’an dernier, ne s’est vraiment fait sentir qu’en séries éliminatoires. On a alors découvert un défenseur versatile, ce bon second dont la présence laisse entendre que si Subban, par malheur, se blesse, tout n’est pas perdu. Ça valait bien 5,5 millions par saison, un prix que Bergevin n’a probablement pas eu de difficultés à a accepter. Emelin est un joueur d’appoint, mais une saison complète aux côtés de Petry devrait l’aider à mieux paraitre. Saura-t-il rester en santé? Sinon, les solutions de rechange abondent.

Troisième duo: Tom Gilbert, Nathan Beaulieu

Le dernier camp d’entraînement aura beaucoup été celui de Beaulieu. On a apporté des changements au système de jeu du club — du moins c’est ce qu’on affirme — et il semble qu’on demande désormais aux défenseurs d’appuyer l’attaque lors des entrées en zone adverse, un choix qui avantage des patineurs comme le numéro 28. Mais c’est surtout dans la zone défensive où Beaulieu a pris les choses en main. Joueur le plus utilisé au cours du camp, il a effectué 23 sorties de zone défensive en contrôle de la rondelle (par la passe ou en la transportant). C’est presque le double des joueurs qui le suivent, soit Smith-Pelly (13), Gilbert, Tinordi et Pateryn (12 chacun). Si Markov prend un coup de vieux en cours de saison, Beaulieu est prêt à prendre la relève. Sinon, il pourrait bien pousser Emelin à l’extérieur du top-4 d’ici les Fêtes.

«On n’a jamais trop de défenseurs.»

C’est la phrase fétiche de Marc Bergevin et, encore une fois, il applique le principe à la lettre. Le DG du CH a roulé les dés et gagné son pari avec Mark Barberio. Après des débuts hésitants, on l’a vu prendre de plus en plus d’assurance au fil du camp d’entraînement, se révélant comme un défenseur versatile, apte à aider le club dans les trois zones. Ce n’est que parce qu’il avait plus de chances de passer par le ballottage sans être réclamé qu’on l’a envoyé dans la ligue Américaine au lieu de Tinordi, qui semble régresser. Pateryn, protégé par son statut de droitier et un fort joli contrat (il est signé pour 3 saisons, ne recevant jamais plus de 800 000$ en salaire), reste lui aussi avec le grand club et pourrait, si on lui donne le temps de glace, pousser dans le dos de Tom Gilbert.

Bergevin a attendu quelques semaines l’an dernier avant de faire le ménage dans un groupe d’attaquants encombré de vétérans rendus inutiles par la progression de certains jeunes. Il est fort possible qu’il mijote la même manoeuvre pour ses unités défensives cette saison. Emelin (à 4.1 millions) et Gilbert (à 2.8 millions) ne sont pas de vilains défenseurs, bien au contraire, mais plusieurs jeunes sont désormais en mesure d’accomplir leur boulot à moindre prix.

On a parlé plus tôt du troisième trio, qui semble être le point faible du club, ou à tout le moins son plus gros point d’interrogation. Bergevin pourrait tenter d’utiliser quelques défenseurs comme monnaie d’échange pour améliorer cette unité. Autre possibilité: faire appel aux jeunes. Charles Hudon (centre et aile gauche) et Sven Andrighetto (aile gauche et aile droite) sont versatiles, doués offensivement et cognent à la porte de la LNH. Daniel Carr et Christian Thomas (aile droite) ne sont pas loin derrière. Si les choses stagnent au mois de novembre, les auditions pourraient bien se mettre en branle. Les étoiles du club sont au sommet de leur art, on ne perdra plus de temps sur l’autel du «développement».

 

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