Les quatre clés de la série Montréal-Ottawa

S’il est raisonnable de croire qu’Andrew Hammond va finir, plus tôt que tard, par perdre son soulier de verre, Craig Anderson attend en réserve.

Photo : Andre Ringuette/NHLI/Getty Images
Photo : Andre Ringuette/NHLI/Getty Images

Blogue_hockey2Chez les Canadiens et les Sénateurs, les points faibles se ressemblent et l’état de santé de Max Pacioretty pourrait faire la différence.

Reste à voir ce que les deux formations ont réellement dans le ventre. Depuis le début de la saison, les Canadiens ont offert des performances inégales à leurs partisans, alternant de très bonnes séquences avec d’autres moments où le club semble digne des bas-fonds de la ligue. Les Sénateurs, eux, ont pris leur envol à la suite du congédiement de Paul MacLean, mais semblent s’être essoufflés en fin de saison.

Un duel de gardiens : Price seul contre Hammond et Anderson

Si incroyable soit la séquence actuelle d’Andrew Hammond, Carey Price reste le meilleur gardien de but parmi les deux. Lors de la saison régulière, les Sénateurs ont été meilleurs au chapitre offensif (50 % de taux de possession contre 48 % pour le CH), mais la présence de Price devant le filet montréalais donne l’avantage aux Canadiens.

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Cependant, deux nuances s’imposent. Premièrement, par son style de jeu, le Canadien met à risque la santé de son gardien étoile, un problème qui a torpillé l’équipe ces deux dernières années. Si les Sénateurs réussissent à faire de l’enclave du CH une allée de quilles, Dustin Tokarski représente un bien piètre plan B.

Deuxièmement, s’il est raisonnable de croire qu’Andrew Hammond va finir, plus tôt que tard, par perdre son soulier de verre, Craig Anderson attend en réserve de la république. Ce même Anderson qui a brillé lors de l’élimination du CH en 2013 et qui, cette saison encore, a affiché des statistiques supérieures à la moyenne des gardiens de la LNH.

Un point faible chez le Canadien : le tandem Petry-Emelin

Il est toujours pénible pour un club de sortir la rondelle de son territoire pour ensuite voir l’adversaire l’y ramener quelques secondes plus tard. La façon la plus simple d’éviter ce genre de situation est de s’assurer de garder le contrôle du disque en le transportant en zone neutre ou encore en effectuant des passes courtes.

Or, lorsqu’ils ont la rondelle en zone défensive, on demande souvent aux défenseurs du Canadien de la relayer directement à un attaquant déjà loin en zone neutre, souvent niché contre la bande, quitte à la lober par-dessus quelques adversaires. Michel Therrien appelle ça du «placement de rondelle». Les entraîneurs des Canadiens ne sont pas idiots : on offre toujours une option de passe courte comme soupape de sûreté, mais cette option est souvent étroite et nécessite une réelle habileté avec la rondelle chez les défenseurs.

Les adversaires du CH connaissent ces tendances et exercent beaucoup d’échec-avant pour provoquer les hésitations et les revirements. Au bout du compte, on constate que si Petry réussit malgré tout à trouver des options de passes courtes pour se sortir du pétrin, Alexei Emelin, prudent de nature, opte généralement pour un dégagement par la baie vitrée ou encore une passe à son partenaire.

Qui dit dégagement par la baie vitrée dit rondelle libre en zone neutre. Il n’y a pas beaucoup de joueurs dans la LNH qui peuvent prétendre égaler Erik Karlsson dans l’art de récupérer ces rondelles libres — et Codi Ceci comme Patrick Wiercoch ne sont pas piqués des vers non plus. La faiblesse du tandem Petry-Emelin joue directement contre une des forces des Sénateurs.

C’est donc autour de Petry et Emelin que les nuages noirs semblent s’assembler — une conclusion embêtante pour l’auteur de ces lignes, qui croyait que l’on avait enfin trouvé chez le Canadien un deuxième duo digne de ce nom. À l’heure actuelle, rien n’est moins sûr. Notons au passage qu’ils en arrachent particulièrement lorsqu’ils se retrouvent sur la glace en même temps que le trio de Lars Eller.

Un point faible chez les Sénateurs : le tandem Gryba-Borowiecky

La défensive des Sénateurs est ainsi structurée qu’on demande aux tandems Karlsson-Methot et Ceci-Wiercioch de se répartir la tâche de couvrir les meilleurs attaquants adverses. Lorsque les Sénateurs sont confrontés aux troisième et quatrième trios de leurs adversaires, on fait appel à Mark Borowiecki et Eric Gryba. Borowiecki et Gryba risquent donc de se frotter au trio de Lars Eller plus souvent qu’à leur tour, une situation de laquelle le Canadien pourrait tirer de gros profits. Malgré les difficultés récentes de son trio, Eller se classe tout de même au 3e rang des attaquants du Canadien  pour le nombre de chances de marquer obtenues à 5 contre 5 lors des 20 derniers matchs.

Élément supplémentaire en faveur du Canadien, Michel Therrien semble avoir enfin trouvé un quatrième trio efficace. Depuis quelques matchs, Mitchell, Brandon Prust et Bryan Flynn transportent le disque en zone adverse, l’y maintiennent et obtiennent des chances de marquer.

Les troisième et quatrième trios des Canadiens semblent être particulièrement bien construits pour exploiter les défenseurs les plus vulnérables des Sénateurs.

L’effet Pacioretty, l’effet domino

Finalement, il y a Max Pacioretty. Les Sénateurs ont l’habitude de coller le trio de Kyle Turris, Mark Stone et Clark MacArthur aux patins des attaquants adverses les plus menaçants. Si Pacioretty joue, c’est à ses trousses qu’on les lancera, accompagnés de Karlsson et Methot à la ligne bleue. Contre le trio de Plekanec, on devrait donc voir ceux de Jean-Gabriel Pageau et de Mikea Zibanejad, en compagnie du tandem Ceci-Wiercoch. Plekanec et ses sbires peuvent faire des dégâts contre les trios de Pageau et de Zibanejad, ce qui devrait dissuader Dave Cameron d’envoyer Borowiecki et Gryba pour les appuyer, ce qui pourrait entrainer une surutilisation des meilleurs défenseurs chez les Sénateurs.

Sans Pacioretty, toutefois, on risque de voir Turris s’accrocher à Plekanec, et Cameron va essayer de faire travailler Borowiecki et Gryba contre le trio de David Desharnais, P.A. Parenteau et Devante Smith-Pelly. Les deux premiers ont connu du succès en l’absence de Pacioretty, Parenteau ayant notamment accumulé les chances de marquer (5 à ses 3 derniers matchs, et ce total aurait pu facilement monter à 8). Mais Smith-Pelly est pour ainsi dire inutile. Même lorsque la production offensive y est, ce trio tend à s’embourber en zone défensive.

Si Cameron n’a besoin que du trio de Pageau — appuyé à l’occasion par un des deux premiers duos de défenseurs — pour neutraliser le trio de Desharnais, le Canadien devra espérer qu’Eller, Petry et Emelin puissent stopper Zibanejad. Les choses pourraient dégénérer rapidement pour le camp montréalais si le jeune Zibanejad jouit trop souvent de l’appui des meilleurs défenseurs du côté d’Ottawa.

Parenteau et Desharnais ont fait mentir bien des «experts» depuis leurs débuts dans les rangs professionnels, je le reconnais d’emblée. Mais, vu l’état de santé précaire de Pacioretty, je doute de leur capacité de  à exercer sur la défensive adverse une pression susceptible de forcer la main de Dave Cameron.

Ottawa en 6.

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