Comment Subban transforme le CH

La date des dernières expansions s’éloigne et, avec elle, l’inévitable dilution du talent qui ouvre souvent la porte aux joueurs dont le rôle se résume à intimider et se battre. Le talent offensif prend de plus en plus de place.

Photo: Damian Strohmeyer /Sports Illustrated/Getty Images
Photo: Damian Strohmeyer /Sports Illustrated/Getty Images

Blogue_hockeyLa marche triomphale de l’équipe olympique canadienne fut un moment fort des Jeux de Sotchi. Bien que meilleure défense du tournoi (trois buts accordés en six matchs), la formation de Mike Babcock était composée exclusivement de vedettes offensives, comme l’a expliqué l’entraîneur des Red Wings :

 « Bien jouer défensivement, c’est jouer rapidement et garder la possession de la rondelle. Comme ça, l’équipe est toujours en mode attaque. »

Bref, la meilleure défense, c’est l’attaque. Et l’attaque, au hockey, repose entièrement sur la possession de la rondelle.

La recherche d’une meilleure façon de mesurer le temps de possession est au cœur du renouveau de l’analyse statistique du hockey, qu’on a vu émerger dans plusieurs communautés de blogueurs au cours des sept dernières années. Aujourd’hui, les membres les plus éminents de cette dernière intègrent d’ailleurs les équipes de direction de la LNH.

Comment calculer le temps de possession

Une équipe ne tire au but que lorsqu’elle contrôle la rondelle en zone adverse. Un joueur qui accumule les tirs inutiles nuit à son équipe et perd rapidement son poste, parce qu’il fait perdre la rondelle à son équipe. C’est pourquoi il est aujourd’hui commun d’utiliser la totalité des tirs produits lors d’un match pour identifier l’équipe qui a réellement contrôlé le jeu. Les deux principales façons de mesurer le temps de possession de rondelle ayant été développées au fil du temps sont donc basées sur le volume de tirs dirigés vers le filet. Le Corsi (du nom de l’ancien entraineur des gardiens des Sabres de Buffalo, Jim Corsi) est basé sur les tirs, les tirs manqués et les tirs bloqués. Le Fenwick (créé par Matt Fenwick, un Albertain) exclut quant à lui les tirs bloqués pour ne compter que les tirs et les tirs manqués.

(La communauté a, au fil des ans, entretenu une manie sympathique : on baptise souvent les nouveaux indicateurs du nom de famille de celui l’ayant créé, ou encore de son alias utilisé sur un forum en ligne. Sympathique, mais pour le néophyte, parfaitement opaque.)

Dans les deux cas, on mesure de la même façon : si le Canadien obtient 43 tirs et tirs manqués, et les Leafs 26 tirs et tirs manqués, le Fenwick du CH sera de 62% (43 / [43+26]) et celui des Leafs de 38%. De nombreux tests ont montré que ces pourcentages coïncidaient avec le temps de possession. Encore l’an dernier, des blogueurs torontois ont fait l’exercice, et la concordance était presque parfaite.

P.K. Subban : une bête de possession

La part des tirs obtenus est fondamentalement une statistique d’équipe. Lorsqu’on s’attarde à un joueur, elle nous permet donc de voir comment l’équipe se porte lorsque le joueur en question est sur la glace (et non pas jusqu’à quel point le joueur lui-même contrôle ou non la rondelle). Parce qu’un joueur dépend toujours de son équipe, on tend généralement à présenter son temps de possession en termes absolus, mais aussi relativement à son équipe.

P.K. Subban est de ces joueurs dont on a souvent dit qu’il était « à risque » défensivement, tout en reconnaissant du même souffle son talent offensif. Rappelez-vous les propos de Babcock : la meilleure défense, c’est la possession de la rondelle. Et dans le cas de Subban, les chiffres sont éloquents depuis sa saison recrue.

Ainsi, le site War on Ice nous présente les valeurs suivantes pour le Fenwick de P.K. Subban :

Subban_Fenwick

Lorsque Subban est sur la glace, le Canadien va systématiquement mieux. Qui plus est, meilleure est l’équipe sans Subban, mieux celui-ci se porte. C’est un phénomène commun à tous les bons clubs de la LNH : plus le personnel de soutien est performant, plus l’entraîneur peut moduler l’usage de ses meilleurs éléments pour leur permettre de jouer au maximum de leurs capacités.

Revenons aux propos de Babcock : une bonne équipe, c’est une équipe talentueuse, agressive et rapide, qui contrôle continuellement la rondelle. Équipe Canada était en ce sens une version plus grande que nature de ces clubs qui, depuis le lockout de 2005-06, ont dominé la LNH : des équipes ayant quatre trios et trois duos de défenseurs capables de rivaliser avec l’adversaire, de marquer des buts et de jouer en défensive. Les meilleurs joueurs offensifs de ces équipes championnes (Jonathan Toews, Anze Kopitar, Patrice Bergeron, Sidney Crosby, Ryan Getzlaf, Pavel Datsyuk et Eric Staal) ne sont pas que des vedettes offensives, ce sont aussi d’excellents joueurs défensifs, à qui on demande d’affronter les meilleurs adversaires, soir après soir.

La date des dernières expansions s’éloigne et, avec elle, l’inévitable dilution du talent qui ouvre souvent la porte aux joueurs dont le rôle se résume à intimider et se battre. Le talent offensif prend de plus en plus de place parce que c’est grâce à lui qu’on peut désormais, jusqu’au fond des quatrièmes trios, aller rogner à l’adversaire de précieuses minutes pour contrôler le tempo d’un match en gardant le contrôle de la rondelle. La chose peut sembler paradoxale à première vue, parce qu’il se marque moins de buts dans la LNH. Mais justement : les gardiens aussi ont continué à s’améliorer, et parce que ceux-ci sont plus pingres que jamais, une bonne équipe ne peut tout simplement plus accepter de donner du précieux temps de glace à des joueurs qui ne contribuent pas à la création de buts.

Qui dit possession dit succès en séries éliminatoires

Chris Boyle, du site Eyes on the prize, a conçu l’an dernier un graphique parfaitement éloquent quant à l’importance du temps de possession à forces égales, croisant celui-ci avec les performances en séries éliminatoires de chaque équipe depuis la saison 2007-2008. Lorsqu’on reprend ces données de manière plus simple, on constate que l’immense majorité des clubs qualifiés ont eu un temps de possession égal sinon supérieur à leurs adversaires.

Depuis 2007-2008

Temps de possession

Éliminés

Qualifiés

Moins de 50%

71%

29%

50% et +

27%

73%

Et lorsqu’on regarde le temps de possession moyen selon la ronde atteinte en séries, la démarcation devient fort intéressante.

Depuis 2007-2008, temps de possession moyen par ronde atteinte

Première ronde

51%

Deuxième ronde

51%

Troisième ronde

51%

Finale

52%

Champions

54%

Les séries éliminatoires sont une guerre d’usure, et les clubs qui contrôlent le jeu s’y imposent, encore et encore. Disons les choses plus crûment : les équipes cendrillons se rendent en finales de conférence (Halak !), mais la grande finale, c’est pour les vrais.

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1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

Très intéressant et instructif. Merci.

Et pour P.K., Fenwick ou pas, on l’a vu faire des montées à la Maurice Richard la saison dernière. Un régal pour les amateurs de hockey dont je suis. Comme disait la mère de Napoléon: « Pourvou qué ça doure ! » 🙂