Pourquoi le Canadien doit se donner les moyens de gagner l’an prochain

Si on a vu un club désemparé, appliquant encore et encore une recette qui ne fonctionnait pas, on n’a pas vu un club démoralisé, qui a cessé de travailler.

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

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On avait cru déceler, samedi dernier, un certain ajustement de la part de Tampa Bay, suivi d’une réponse de Montréal. Le Lightning a opté au fil de la série pour un échec avant de plus en plus particulier et ces ajustements ont pleinement porté leurs fruits mardi, leur assurant du même coup une victoire décisive. Pourtant, au total des chances de marquer, Montréal n’a pas plus mal fait que dans les autres matchs. Mais Tampa a encore su tirer profit (deux fois plutôt qu’une) de son jeu de puissance alors que celui du Canadien, après des élans prometteurs samedi, a complètement étouffé.

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Sur la série au complet, la performance de Ben Bishop est autrement plus impressionnante. Le Canadien l’a constamment mis à l’épreuve, surtout à forces égales. Si Carey Price n’a pas à rougir de sa performance (Tampa a multiplié les passes savantes et les déviations parfaites), c’est bien le gardien de Tampa Bay qui a remporté ce duel.

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Une impression de désordre chez le Canadien

Reste qu’au-delà des chiffres, il s’est dégagé du sixième match une impression de désordre du côté du Canadien. On va beaucoup gloser, au cours des prochaines semaines, sur le style de jeu du Canadien, trop axé sur le renvoi de rondelles en fond de territoire adverse.

J’ai souvent abordé ces dernières semaines le sujet des sorties de zone défensive, notamment du fait que le Canadien privilégie, au moindre signe de problèmes, le rejet en zone neutre par la baie vitrée. On cherche à éviter les sorties par le centre, jugées risquées, en plaçant plutôt le disque dans un endroit où un attaquant peut le récupérer et s’élancer vers la zone adverse. Tampa Bay a eu de la difficulté à s’ajuster à cette tactique en début de série, mais, au cours des deux derniers matchs, le Lightning a graduellement pris la mesure de ce que les Montréalais faisaient et les résultats ont été probants : le Canadien a perdu sa capacité à sortir de la zone défensive en contrôle du disque. L’effort était là, mais encore et encore, on s’échinait à essayer de sortir le long de la rampe, sinon à faire dévier en fond de zone ennemie pour tenter d’y récupérer le disque.

Dans le sixième match, le CH n’a réussi que 45 sorties de zone en contrôle du disque contre 59 dégagements, alors que du côté de Tampa Bay, on boucle le match avec 43 sorties de zone en contrôle du disque contre 41 dégagements. La chose devient particulièrement évidente entre le premier et le deuxième but du Lightning, alors que le Canadien dégage 10 fois la rondelle de son territoire en 7 minutes, laissant Tampa Bay effectuer 6 entrées de zone en possession de rondelle, tenter 12 tirs (contre 1 pour le CH) et obtenir 3 chances de marquer (aucune pour le CH).

Après que le Canadien eut gaspillé un avantage numérique en début de troisième, le blocage en zone neutre s’est intensifié et le CH n’a obtenu que deux maigres chances à forces égales.

Un message clair des leaders de l’équipe : la transition est terminée

C’est donc une drôle de saison qui s’achève. Malgré une position enviable au classement, l’équipe a soulevé le doute chez nombre d’observateurs et de partisans, tous soulignant l’extrême importance qu’avait Carey Price dans les succès de l’équipe. Les joueurs ne sont pas dupes, et P.K. Subban l’a bien résumé après le match :

« Je me fous de ce que Carey dit, on doit faire mieux devant lui et mieux le soutenir, a mentionné Subban. Je pense que trop souvent cette année, il nous a sauvé la peau et ça devra changer si l’on veut être une équipe qui connaît du succès en saison régulière et en séries. Ce serait injuste de s’attendre à ce qu’il joue comme il a joué cette saison année après année. Il va y avoir des hauts et des bas, et c’est difficile de jouer à ce niveau chaque soir. Il a réussi à le faire cette année, mais on doit réaliser que notre travail est de rendre le sien plus évident, pas de le rendre plus difficile. »

Subban n’est pas qu’un grand joueur, il est aussi un communicateur chevronné, toujours en contrôle de son message (Arpon Basu de LNH.com en a relevé un bel exemple plus tôt dans la série). Ses propos sont lourds de sens.

Si on a vu un club désemparé, appliquant encore et encore une recette qui ne fonctionnait pas, on n’a pas vu, quoi qu’on en dise, un club démoralisé, qui a cessé de travailler. L’effort y était. Et ce n’est pas un hasard si P.K. Subban est celui qui, de tous les joueurs, a le plus souvent dégagé la rondelle en zone neutre lorsqu’il ne pouvait la passer à un coéquipier le long de la bande. Pas plus qu’on ne doit se surprendre du fait que Max Pacioretty, avec Plekanec et Gallagher, a constitué le trio le plus actif en récupération de rondelles suite à des rejets en fond de territoire. Ces leaders ont prêché par l’exemple en appliquant avec zèle, jusqu’à la toute fin, le plan qu’on leur avait dessiné.

Et c’est pourquoi les commentaires de Subban et Price après le match — «on a perdu beaucoup de matchs serrés et il aurait fallu que je réalise l’arrêt de plus dans tous ces matchs qu’on a perdus», selon le gardien du tricolore — ne peuvent être lus sous le seul angle de la déception suite à une élimination fraîchement survenue. Leur message est clair et il révèle un jugement sévère sur l’édition 2014-2015 du club : la transition est terminée, le club doit gagner et, pour ce faire, on doit augmenter la cadence à l’attaque. C’est une responsabilité qu’ils s’imposent personnellement, bien sûr. C’est aussi un avertissement à leurs futurs coéquipiers. Mais c’est surtout un appel discret, mais impossible à ignorer, aux entraineurs et à la direction du club : donnez-nous les moyens de gagner maintenant.

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2 commentaires
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J’espère que PK s’inclus dans ses critiques, il est loin d’être au dessus de tout reproches. Ses admirateurs expliquent le nombre de ses revirements par son temps de jeux, personnellement ce n’est pas le nombre mais la qualité de ces revirements qui m’agace au plus haut point. Quand ce n’est pas un revirement, il casse souvent le rythme de l’attaque en transportant la rondelle en slalomant lentement, ces coéquipier doivent attendre et sont complètement immobile lorsque PK leur refile la rondelle. PK a du talent, mais il est grand temps qu’il commence à jouer pour le CH et non pour PK Subban,

Suis-je le seul à être é-coeu-ré de voir ces « pousseux de pucks » faire la une des journaux comme s’ils avaient sauvé la Terre d’un cataclysme sidéral?

Notre monde journalistique est devenu une vaste infobup du Canadien non?

Ce sont des athlètes, OK, mais il y en a des tonnes d’autres qui ne bénéficient pas du quart du tiers du centième de la couverture de ces pseudo-dieux et qui font tout autant d’efforts, quand ce n’est pas PLUS, que ces prima donna.