Quel plan B reste-t-il pour le Canadien ?

Les statistiques jouant contre elle, la troupe de Claude Julien doit maintenant se résigner à espérer qu’une équipe devant elle dérape et lui entrouvre la porte.

Photo: La Presse canadienne/Graham Hughes

La nouvelle est tombée un peu à l’improviste, lundi matin : Shea Weber, blessé au pied, ne jouera pas avant un bon moment. Pour quiconque suit le Canadien de près, ce n’est pas exactement une surprise, le meilleur défenseur de l’équipe ayant, depuis quelques matchs, l’air de s’enliser.

Le directeur général, Marc Bergevin, doit se rendre à l’évidence, tout comme les partisans : le plan dessiné en début de saison vient de prendre le chemin de la corbeille. Ce plan était relativement simple, soit de s’appuyer sur les vétérans de l’équipe, Carey Price en tête, pour participer aux séries éliminatoires.

La saison devait ainsi permettre à de jeunes joueurs prometteurs d’apprivoiser des rôles plus importants : Victor Mete à la défense, Jonathan Drouin, Charles Hudon et Artturi Lehkonen à l’attaque. Dans un monde idéal, la progression des jeunes aurait permis à cette équipe de connaître un long tournoi printanier.

Mais le début de saison effroyable de Carey Price, et une séquence de malchance intense de la part des tireurs, ont contribué à creuser un trou immense au classement dès le mois d’octobre.

La blessure de Weber vient en rajouter une couche. Le Canadien, une bonne équipe malgré tout, doit maintenant se résigner à se tenir en embuscade en espérant qu’une équipe placée devant lui dérape à son tour et lui entrouvre la porte.

Rappelons qu’aucune transaction n’est autorisée dans la LNH entre le 20 et le 28 décembre. Or, même si son équipe va disputer cinq matchs en huit soirs au cours de cette période, Marc Bergevin s’est abstenu de transiger pour renforcer sa défensive. Il a, par le fait même, dévoilé son plan B : si la providence mène cette équipe moyenne à une séquence de quatre, voire de cinq victoires, et qu’il accélère le processus de guérison du vétéran de 32 ans, il pourra chercher à améliorer son sort après le Nouvel An.

Sinon, il faudra reconstruire pour la suite des choses. Peu importe la direction prise, la saison est déjà porteuse de quelques leçons. En voici deux.

Une transition difficile pour Drouin

Le premier constat qui s’impose concerne Jonathan Drouin. Comme je l’écrivais la semaine dernière, le Québécois est, sur le jeu de puissance, un véritable maestro.

C’est une autre paire de manches à forces égales. L’entraîneur Claude Julien a décidé, au début de la saison, de faire de Drouin un joueur de centre, une première pour lui depuis son passage dans les rangs juniors. Drouin a commencé la saison entre Max Pacioretty et Brendan Gallagher, héritant du poste de centre numéro un. Ça n’a pas duré longtemps et depuis, sa progression a été passablement pénible, même si on a graduellement allégé ses responsabilités.

On peut évaluer la charge de travail d’un joueur en observant à quel point il joue contre les meilleurs éléments adverses. J’aime bien quantifier cela sous forme de pourcentage, soit un coefficient d’adversité que je calcule ainsi : je divise la part de temps passé par un joueur contre les meilleurs adversaires par la part de l’équipe au complet contre ces mêmes joueurs.

Ainsi, si un joueur passe 38,5 % de son temps contre les meilleurs adversaires, contre 35 % pour l’équipe au complet, on dira de lui que son temps de jeu a un coefficient d’adversité de 110 %.

Et pour s’assurer de saisir la tendance générale plutôt que les variations normales d’un match à l’autre, je fais une moyenne de ce coefficient sur 10 matchs. Le graphique ci-dessous montre les coefficients pour les quatre principaux centres du CH :

La ligne grise, qui représente Drouin, a une forte tendance à la baisse. Cela signifie qu’il est graduellement passé des minutes « dures » (où les meilleurs adversaires sont surreprésentés) aux minutes « molles ».

En fait, avant les changements de trios effectués à Vancouver, Drouin était rendu à jouer des minutes semblables à celles du quatrième trio, les minutes dures étant devenues le territoire quasi exclusif de Tomas Plekanec et de Phillip Danault.

Habituellement, une baisse de responsabilités se veut une façon de protéger un joueur, surtout un centre, pour l’aider à demeurer plus productif. Dans le cas de Drouin, ça ne s’est pas passé ainsi. Même s’il voit ses responsabilités diminuer au fil de la saison, le no 92 perd aussi graduellement en efficacité, au point qu’il traîne depuis près d’un mois un déficit clair aux chances de marquer.

Drouin a joué blessé et revient à peine au jeu. Peut-être que les choses vont se replacer ? Le retour éventuel d’Artturi Lehkonen va certainement l’aider. Mais de toute évidence, le changement de position se fait difficilement.

On l’a ramené sur le trio de Pacioretty lors du match contre les Canucks, mardi soir. L’expérience a été fructueuse, mais les Canucks ne sont pas une bonne équipe. Qu’en sera-t-il contre les Flames, ou encore les Oilers ? Le prochain week-end sera riche en enseignements, mais si Drouin dépend de ses ailiers, c’est qu’il n’est pas encore un centre de premier plan. Le sera-t-il en octobre prochain ? La réponse à cette question pèse lourd dans la balance et Bergevin pourrait être tenté de commencer à agir en fonction de cette réalité dès le mois de janvier.

C’est un peu le même constat pour Alex Galchenyuk, d’ailleurs. Même s’il a marqué un but aux côtés de Danault, mardi soir, les mauvais résultats suivent le no 27 à la trace depuis le début de la saison (depuis l’arrivée de Claude Julien à la barre du club, en fait). J’en suis à me demander si ce joueur au talent considérable a encore sa place au sein de l’équipe. C’est en soi un constat regrettable.

Quel substitut à Weber ?

L’autre problème, bien sûr, c’est la perte de Weber. C’est un euphémisme que de le qualifier d’important pour l’équipe. Il a été énormément sollicité depuis le début de la saison, et sa perte ne peut pas vraiment être compensée par un changement des responsabilités de Jeff Petry, qui assume depuis un bon moment des tâches similaires.

L’un de ses coéquipiers, qui ne travaillait pas jusqu’ici dans ce genre de circonstances, devra maintenant mettre la main à la pâte. Le coût pourrait être énorme, parce que jusqu’à sa blessure, Weber avait un effet très positif sur les différentiels de chances de marquer du club.

Personne, à l’interne, ne me semble avoir les compétences pour jouer ce rôle, ne serait-ce qu’à moitié. David Schlemko s’y est collé le premier à Vancouver, mais il n’y aura pas de miracles de ce côté. Et les renforts à espérer sont désormais ténus : en fin de soirée mercredi, le CH a rappelé Brett Lernout de son club-école. Lernout s’est démarqué lors du camp d’entraînement et, tout juste arrivé, à 22 ans, peut-être est-il prêt à grimper une autre marche. Si ce défenseur défensif de la Ligue américaine se transformait du jour au lendemain en défenseur de deuxième paire, ce serait bien un miracle.

Mais sans quelques miracles, justement, Marc Bergevin devra chercher à se départir de joueurs qui permettront de ramener un défenseur prometteur capable d’épauler Weber et Jeff Petry, et de les remplacer lorsqu’ils seront ralentis par les blessures (ou l’âge…).

Mais il reste à voir si les partisans (et le propriétaire) auront la patience d’accepter les choix de Bergevin.

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7 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Personnellement, je crois que l’on porte beaucoup, BEAUCOUP trop d’attention à ces « pousseux de pucks » qui, au final, forment une petite équipe plutôt médiocre et dont les fans sont surexploités par rapport au talent véritable de l’équipe.

À tous les jours, des pages et des pages de journaux et dans « les internets », ainsi que de précieuses minutes (heures dans plusieurs cas!) dans les radios et les postes de télé sont littéralement gaspillées pour nous enfoncent dans la gorge les aventures de cette écurie terne et ordinaire et dont le marketing n’en finit plus de nous promettre des jours meilleurs pour, au final, nous décevoir amèrement à chaque année tout en nous facturant leurs produits comme s’ils étaient des champions toutes catégories.

Pas étonnant que les auditoires baissent à chaque année.

Il y a beaucoup mieux à faire de son temps…

@ Claude Perras:

Vous avez raison mais somme toute, ça m’a fait le plus grand bien.

Joyeux Noël!!!

Je me suis surpris cette année! Je n’ ai pas regardé un seul match de nos glorieux! Mieux que ça je ne lis plus les sempiternelles niaiseries des journalistes ! Les « canayens. » sont morts ou bien sous respiration artificielle! Tous ces petits « ego » pleurnichars me font penser à calinour Trudeau et il apelle cela les millénium !

Je me souviens que lors de la grève des joueurs de hockey (ou lock-out…), il y a quelques années, je devais passer plusieurs heures dans mon auto et j’écoutais une émission de commentateurs sportifs à la radio.

Soir après soir, ces commentateurs réussissaient le tour de force de parler de hockey en général, et des Canadiens en particulier et ce, pendant plusieurs heures et sans qu’un seul match de hockey ne soit joué. Pendant des semaines en plus…et avec l’aide des auditeurs (fefans) qui ajoutaient religieusement leur grain de sel.

J’aurais pu bien sûr changer de poste mais le tout me fascinait grandement. Comment me dis-ai-je pouvez-vous discourir sur un sujet qui n’existe pas et ce, à chaque jour et pendant des semaines…?

La quintessence du vide.

Lorsque on est payé pour PERDRE…ça sent ça à plein nez, les défenseurs se trainent les pieds, ils gèlent quand les attaquants adverse montent à l`attaque et laisse le gardien seul, essayant de faire de son mieux le pauvre et vogue la galère, et la sainte USA se flatte la bedaine….