Sommes-nous trop sensibles aux dangers du hockey?

Le Canadien de Montréal a été surpris par la mini-tempête médiatique qu’a déclenchée la raclée subie par Nathan Beaulieu, mardi soir.

Photo: François Lacasse/NHLI/Getty Images
Photo: François Lacasse/NHLI/Getty Images

Blogue_hockey2Nathan Beaulieu nous trouve trop sensibles. La remarque est amusante et montre à quel point le Canadien de Montréal a été surpris par la mini-tempête médiatique qu’a déclenchée la raclée subie par le jeune défenseur du CH, mardi soir. Lors de son combat contre Nick Foligno, Beaulieu a encaissé un coup de poing directement au visage, mais il n’a pas été retiré du match afin d’établir s’il avait subi une commotion cérébrale.

Le Canadien est une extraordinaire machine de relations publiques. Ses quatre principaux porte-paroles, Marc Bergevin, Michel Therrien, Max Pacioretty et P.K. Subban, sont tous, à leur façon, de superbes communicateurs, capables de transmettre un message (ou non) sans faire de vagues. Il était donc surprenant de voir Michel Therrien s’impatienter (un tout petit peu) face aux questions des scribes. Au bout du compte, l’entraîneur y est allé d’une affirmation massue: on n’a pas à remettre en doute l’intégrité de son personnel, qu’il appelle sa «famille».

C’était carré et habile. Et si on le suit, on passe alors un peu vite sur les antécédents de la «famille», justement. On l’a déjà oublié, mais Beaulieu s’est fait dévisser par Erik Karlsson au printemps dernier.

Blessure à l’épaule, nous a-t-on dit, et je n’ai pas de doutes là-dessus. On voit le défenseur du Canadien atterrir durement sur son épaule droite dans la vidéo ci-dessus.

Mais lorsque Karlsson le frappe, c’est bien dans la tempe de Beaulieu qu’atterrit l’épaulette de Karlsson. Tant mieux s’il n’y a pas eu de commotion, mais à regarder sa tête encaisser un tel choc, il y avait lieu de s’inquiéter, non? Tout ça n’a pas empêché Beaulieu de terminer la deuxième période de ce match, avant qu’on ne le retire en troisième. Il manquera les sept matchs suivants.

Le déroulement du jeu, mardi soir, a fait qu’il ne restait que 50 secondes à la deuxième période lorsque la pénalité de Beaulieu s’est terminée. On avait donc beau jeu de le garder au banc. Mais, sachant ce qui s’est passé au printemps dernier, l’aurait-on laissé de côté si on avait eu encore cinq minutes à jouer? À cause des décisions prises par la «famille» il n’y a pas six mois, il est normal qu’on s’interroge aujourd’hui. N’en déplaise au bon père.

Les joueurs sont certainement capables de cacher des commotions cérébrales. On en a un autre bel exemple ces jours-ci, avec le retour au jeu de Michaël Bournival. L’ailier gauche a encaissé Dieu sait combien de coups à la tête l’an dernier avant de déclarer forfait en fin de saison. Il avait alors été rétrogradé dans la Ligue américaine et n’était plus que l’ombre de lui-même. Combien de fois Bournival a-t-il été durement frappé, puis a continué à patiner comme si de rien n’était? Combien de fois a-t-il affiché les symptômes que les observateurs de la LNH doivent relever?

Un autre exemple? Jarred Tinordi, choix de première ronde qui n’en finit plus d’arriver à la LNH. Immense défenseur, Tinordi se démarque des autres mastodontes du genre par son coup de patin. S’il ne sort pas des blocs comme Max Pacioretty, il demeure capable d’atteindre rapidement une vitesse impressionnante, ce qui lui permet à la fois de transporter la rondelle et d’être beaucoup plus efficace en défensive. Alors que des défenseurs plus lents doivent reculer rapidement pour éviter d’être débordés, Tinordi peut affronter plus vite l’adversaire.

Tout ça est vrai en théorie. En pratique, on ramène constamment, depuis un an maintenant, le fait que sa «prise de décision» est déficiente. Tinordi est hésitant et manque d’assurance. Ça n’était pourtant pas l’image qu’il projetait lors de ses deux premières saisons professionnelles. Seulement voilà, l’ami Jarred se bat, de 7 à 10 fois par saison. L’an dernier, il a subi quelques solides raclées en décembre et janvier, tout juste avant son rappel. Et soudainement, on le trouve hésitant. Tiens donc.

On regarde ces jeunes hockeyeurs encaisser les coups et continuer à jouer, vaille que vaille, et on se met à penser à un autre commotionné de l’an dernier, Pierre-Alexandre Parenteau. Aujourd’hui exilé à Toronto, PAP a manqué plusieurs semaines à cause d’une commotion cérébrale. Ici, rien à redire sur l’application des fameux protocoles, mais le fait est que, une fois qu’il est revenu en santé, l’ailier droit a eu toutes les misères du monde à réintégrer l’alignement. Si tu te blesses, même si tu es un vétéran, tu peux perdre ta place. On ne me fera pas croire que les jeunes joueurs qui se battent pour un poste ne remarquent pas ce genre de chose.

Je ne pense pas que le Canadien soit une organisation particulièrement délinquante à ce sujet. En fait, j’aurais tendance à croire (pure présomption de ma part) qu’ils sont parmi les plus progressistes. Mais la fameuse culture du hockey, que Marc-Antoine Godin décrit si bien dans l’article cité plus haut, fait que tout ce beau monde part de très loin. On sent un réel décalage avec le public montréalais, qui aime ses idoles et tolère de moins en moins de les voir se broyer le cerveau au nom d’un déni de la réalité. La LNH devra, plus tôt que tard, s’adapter, et il semble que le CH soit tout simplement poussé par son public à l’avant-garde de ce mouvement. C’est pourquoi cet épisode me semble significatif.

Ça n’est pas une position confortable pour ceux qui, comme Michel Therrien, ont à réagir à ces histoires dans le feu de l’action. Après tout, ça n’est pas tant l’intégrité que la compétence de son personnel qui est alors mise en doute, et il n’est jamais évident de réagir avec tact à ce type d’insinuation. On ne doit donc pas tenir rigueur à l’entraîneur si, par moments, il réagit bêtement à des situations sur lesquelles il n’a pas autant de maîtrise qu’on pourrait le croire. Son job est de gagner à tout prix, c’est à d’autres de tracer les lignes qu’il ne doit pas franchir. Il y aura d’autres épisodes du genre, c’est inévitable. Il sera intéressant de voir comment l’organisation réagira.

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2 commentaires
Les commentaires sont fermés.

M. Bouchard, quand vous parlez de raclée subi par Beaulieu, je ne comprends pas. Disons que côté bagarre, c’est pas une raclée bien bien convaincante.

Et ne vous méprenez pas, je ne suis pas un fan des bagarres au hockey. D’ailleurs, le hockey des dernières années est devenu beaucoup plus intéressant. Les petits joueurs de talent ont repris leur place au sein de plusieurs équipes et la vitesse est à l’honneur tandis qu’il y a de moins en moins de matamores et de bagarres. Je ne peux pas dire que ces bagarreurs professionnels me manquent. Au contraire, le hockey prend du mieux. Malheureusement, c’est encore l’argent qui mène, et tant que certains bonzes du hockey croiront que les bagarres amène des $ (US) au moulin, ça sera difficile de les éliminer. Justement, parlant de $, peut-être qu’une poursuite de plusieurs $ contre la ligue finira par avoir raison des bagarres au hockey.

Sommes-nous trop sensibles? Et comment!

Nous sommes devenus une société de matantes et de moumounes pour qui le moindre choc devient matière à faire intervenir des lologues et des spécialistes dont la job dépend justement de notre réaction exagérée aux problèmes tout à fait normaux dans une société.