Tout ce que vous devez savoir sur la série Canadien-Lightning

Dans les faits, le jeu de puissance du Canadien n’est pas si inefficace qu’il en a eu l’air contre Ottawa.

Blogue_hockey2Comme toujours, l’analyse des équipes à l’orée d’une ronde des séries éliminatoires repose sur une part importante d’inconnu : les blessures. Le Canadien aura disposé d’un plus long repos que le Lightning, mais les hommes de Jon Cooper ne semblent pas avoir été amochés outre mesure lors de la série contre Detroit. Voici donc les quatre clés de cette série qui débute vendredi soir :

(1) Comment résister au réveil de Steven Stamkos ?

Ça mérite d’être souligné : le Lightning a réussi à déclasser les Red Wings sans avoir obtenu un seul but de son meilleur franc-tireur, Steven Stamkos. Le capitaine de Tampa Bay va débloquer plus tôt que tard ; lorsqu’on regarde ses performances contre les Red Wings sur un taux horaire, on constate qu’il en a donné plus qu’en saison régulière lors des avantages numériques, mais moins à forces égales.

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Selon le site war-on-ice.com, les Red Wings ont un taux d’efficacité similaire à celui des Canadiens en désavantage numérique. On peut donc s’attendre à voir Stamkos trouver le fond du filet s’il joue comme il a joué contre Detroit. Vous me pardonnerez le cliché, mais «il est dû». C’est un peu moins évident à forces égales, où l’on semble, en l’opposant systématiquement à Pavel Datsyuk, Henrik Zetterberg, et Danny Dekeyser (!), avoir réussi à l’empêcher d’obtenir ses chances. Mais ce n’était que Stamkos qui en a souffert. Avec Ryan Callahan et Alex Killorn, le trio de Stamkos a obtenu une forte majorité (plus de 58 %) des chances de marquer lorsqu’il était sur la glace.

(2) Le jeu de puissance du CH peut-il se remettre à fonctionner ?

Michel Therrien et ses hommes travaillent ces jours-ci à modifier le jeu de puissance du CH pour lui donner plus de mordant. Dans les faits, il n’est pas si inefficace qu’il en a eu l’air contre Ottawa. L’avantage numérique du Canadien a connu un seul match difficile — le troisième — dans la série contre les Sénateurs, n’obtenant que trois chances de marquer en plus de 10 minutes de jeu. Mais même avec cette performance médiocre, sur le total de la série, le nombre de tirs et de chances de marquer du CH était de 30 % supérieur à la moyenne de l’équipe en saison régulière.

Les Sénateurs étaient-ils tout simplement mauvais ? War-on-ice, encore, nous indique que non : les troupes de Dave Cameron étaient dans le top-10 de la LNH au chapitre des chances de marquer accordées. Le CH n’a donc pas profité d’un adversaire affaibli. Suffit de poursuivre dans la même voie et les buts suivront. Sauf que — et il est là le drame des séries éliminatoires — peu d’entraîneurs peuvent résister à l’appel du remaniement lorsque les dés ne roulent pas pour leur équipe pendant quelques matchs.

Figure2

(3) Que faire des duos défensifs ?

Chez le Canadien, l’utilisation des défenseurs n’est pas particulièrement complexe : on s’assure de ne jamais laisser le troisième duo de défenseurs jouer contre le meilleur trio adverse et on laisse les deux premiers duos s’occuper du gros du travail.

Contre Tampa Bay, on peut donc s’attendre à ce que Pateryn et Gilbert jouent beaucoup contre le trio de Brian Boyle et peu ou pas contre celui de Stamkos.

Contre Ottawa, les duos Markov-Subban et Emelin-Petry ont obtenu 57 % du temps de glace et disputé pas moins de 72 % des mises en jeu en zone défensive. Si on sait de Markov et Subban qu’ils livreront la marchandise, le duo Emelin-Petry sera, encore une fois, un élément clé pour le Canadien. C’est grâce à Jeff Petry que la deuxième paire de défenseurs du CH s’est imposée en première ronde et les choses tournaient rapidement à la catastrophe lorsqu’on séparait Emelin de son partenaire. Sans son compagnon d’armes, le gros Russe a permis à l’adversaire d’obtenir autant de chances de marquer en 28 minutes de jeu qu’au cours des 80 minutes jouées avec le numéro 26 !

Figure3

L’efficacité de la brigade défensive du CH repose donc sur la constance de ses unités. Si on sépare Emelin et Petry, si on laisse Gilbert et Pateryn jouer contre Stamkos, la catastrophe guette. La source du problème pourrait ici se trouver derrière le banc. Les entraineurs de la LNH sont des bestioles terriblement conservatrices. On accepte de sombrer avec ses vétérans, mais pas de perdre à cause d’erreurs commises par des recrues. C’est ce qui explique qu’on réduise le temps de glace d’un Greg Pateryn pour ensuite jouer à 5 défenseurs lorsque la situation se corse. On multiplie alors les présences d’Emelin avec Gilbert et de Gilbert avec Markov. Ça ne se termine jamais bien.

(4) Quoi faire avec David Desharnais ?

On peut s’attendre à voir Tomas Plekanec travailler contre Steven Stamkos, surtout si Therrien laisse Max Pacioretty à ses côtés. De même, on peut s’attendre à ce que le trio de Torrey Mitchell soit souvent envoyé contre celui de Bryan Boyle. C’est dans la confrontation entre les deux autres trios de chaque équipe qu’on pourrait voir l’avantage basculer rapidement d’un côté ou de l’autre.

Sans Max Pacioretty, David Desharnais a de la difficulté à s’imposer. On cherchera donc à le tenir loin du trio Palat-Kucherov-Johnson, un des plus dangereux de la LNH depuis le début des séries éliminatoires. Seul problème : le redoutable Valtteri Filppula, qui ne joue plus avec Stamkos ou Johnson. Si l’on peut croire que Lars Eller saura se débrouiller contre une des deux premières unités, c’est plus compliqué dans le cas de Desharnais. Contre Filppula ou Johnson, la confrontation n’est tout simplement pas à l’avantage du Canadien. Sans Pacioretty, il ne semble pas y avoir de trio contre lequel le petit numéro 51 semble pouvoir s’imposer.

Michel Therrien sera donc confronté à un choix difficile : soit il réduit le temps de glace de deux joueurs (Desharnais et Gachenyuk) parmi ses plus créatifs à l’attaque, soit il réunit Pacioretty et Desharnais, diminuant ainsi l’efficacité du trio de Plekanec contre celui Stamkos. Alex Galchenyuk pourrait-il prendre la place de Pacioretty avec Plekanec ? S’il est présentement incapable d’acheter un but, le jeune Galchenyuk a quand même fait ses preuves aux côtés de Plekanec en cours de saison.

(5) Les gardiens joueront-ils un rôle important ?

On pourra s’étonner de ne pas retrouver la confrontation Bishop-Price parmi les clés de la série. À mon sens, même si Price est supérieur à Bishop, la différence entre ces deux gardiens n’est tout simplement pas significative lors d’une seule série. Mais s’il y a blessure, le Lightning a l’avantage, Andrei Vasilevskiy étant supérieur à Dustin Tokarski.

C’est à l’attaque que la série va se jouer. La configuration actuelle des trios du Canadien laisse entrevoir une faiblesse évidente du côté de David Desharnais, du moins lorsqu’il est séparé de Max Pacioretty, et la présence de Pateryn en défensive ouvre la porte à une surutilisation d’Alexei Emelin contre l’attaque explosive de Tampa Bay. Même si Price vole un match ou deux en début de série, on ne devra pas faire de sentiments.

Alors voilà. Après avoir fait un fou de moi en première ronde, ayant prédit une victoire d’Ottawa en six matchs, je récidive: Montréal en six matchs. Stralman et Hedman forment un extraordinaire duo de défenseurs, mais derrière eux, c’est l’anarchie. Eller et Mitchell vont, encore une fois, faire la différence.

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4 commentaires
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« Contre Ottawa, les duos Markov-Subban et Emelin-Petry ont obtenu 57 % du temps de glace »

Je sais pas comment vous faites votre calcul, mais j’ai envisagé 2 méthodes (à partir des chiffres de nhl.com) et je n’arrive pas du tout à votre résultat :

1- À partir des moyennes par partie (indépendemment du nombre de parties jouées) : (25.13+25.05+20.88+22.13) / (25.13+25.05+20.88+22.13+19.92+12.28+10.05) = 93.19 / 135.44 = 68,81%

2- À partir du temps total joué (temps moyen par partie * nb de parties jouées) : (150.78+150.30+125.28+132.78) / (150.78+150.30+125.28+132.78+119.52+36.84+30.15) = 559.14 / 745.65 = 74,99%

C’est évidemment la 2è méthode qui nous donne le portrait réel du temps de glace occupé par les duos Subban-Markov et Emelin-Petry. Vous n’auriez pas inversé les chiffres 5 et 7 en écrivant le texte par hasard?

Excellente question! Voici quelques précisions.

Je tire mes calculs d’une compilation des présences de chaque joueur au fil de chaque partie.

Il s’agit du temps de glace écoulé à forces égales lorsque Markov ET Subban où encore Petry ET Emelin sont sur la glace.

Ça ne recoupe pas exactement ce qu’on retrouve sur le site de la LNH, et il n’y a pas vraiment de site qui permette de faire la chose pour les séries (le plus adapté, l’outil SuperWOWY, qu’on retrouve ici [ http://www.puckalytics.com/superwowy.html ], n’est pas activé pour les séries…).

Selon mes calculs, Markov et Subban ont joué ensemble 90:06 à forces égales, Petry et Emelin 81:06. Au total, le CH a joué 299:47 à forces égales. 171:12/299:47 = 57%.

Pas toujours évident de s’y retrouver, j’en conviens, et pour garder le texte accessible, je ne dévoile pas toujours en détail tous les calculs effectués.

Mais ça me fait toujours plaisir d’en rajouter dans les commentaires 😉

Vous croyez vraiment que les milliardaires propriétaires d’un club sportif quelconque vont miser leurs profits d’une année sur un analphabète dégoulinant qui compte un but miraculeux en troisième ?
Continuons à dormir et si nous sommes sages papa va donner encore plus de bonbons.