Analyses et opinions

Affaires et économie

Faut-il adopter le dollar américain ?

Le huard vole haut, c’est le moins qu’on puisse dire. Il dépassait tôt mercredi matin (le 7) 1,10 dollar américain. Le problème n’est pas tant l’altitude qu’il atteint, mais la rapidité époustouflante avec laquelle il est en train d’écraser le billet vert. Comment voulez-vous qu’un exportateur s’ajuste à une devise qui est sur les amphétamines ? Certains ont déjà la solution, adopter la devise américaine. Fini les problèmes de conversion, pas d’ajustements à faire et pas de surprises : un dollar, c’est un dollar. Je suis dubitatif. Voici mes raisons. Ce sera la monnaie d’un autre pays. Le Canada n’aura aucun mot à dire dans la politique monétaire. Cette situation ne se compare absolument pas aux pays de l’Union européenne qui ont établi ensemble une nouvelle monnaie commune. Ce pays est en l’occurrence neuf fois plus peuplé et dix fois plus gros économiquement. Même s’il y avait la moindre ouverture américaine, nous allons compter pour peu. Si vous trouvez qu’il est difficile de concilier les intérêts de l’Alberta et ceux du Québec, imaginez maintenant de concilier nos intérêts avec ceux de la Californie, à elle seule plus peuplée que le Canada, ou du Texas. Trouvez-vous que les États-Unis vont bien ? N’êtes-vous pas inquiets des lourds déséquilibres budgétaires et commerciaux ? N’oubliez surtout pas que le huard est propulsé par un billet vert qui s’effondre. C’est le principe du tremplin ! Bien sûr, le dollar canadien est à un niveau trop élevé et sa croissance trop brusque pour les exportateurs. Mais sa vigueur est également expliquée par la bonne gouvernance des gouvernements canadiens en matière de finances publiques. Il serait bête de renoncer à la récompense après de tels efforts. La folie actuelle a ceci de bon : les entreprises devront faire des miracles pour rester concurrentielles. Si elles passent à travers l’épreuve, elles deviendront redoutables et nous en bénéficierons tous. Autre avantage, cette poussée du dollar canadien amène les exportateurs à s’intéresser à d’autres marchés. En 2004, 87 % de nos exportations étaient destinées aux États-Unis. En juillet dernier, la proportion n’était que de 75 %. Il faut diversifier nos exportations et cesser de dépendre d’un seul marché. C’est sans compter les éléments politiques-émotifs-nationalistes qui accompagneraient un tel débat. Le huard, fort ou faible, fait partie de l’identité de ce pays.

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Affaires et économie

Le PDG inconnu

Michel Vastel a raison : Hubert Lacroix, le prochain PDG de Radio-Canada, est peu connu et son expérience de la radiodiffusion est limitée. Ceci dit sa nomination ne me surprend absolument pas. Tout d’abord, soulignons qu’il succède lui-même à un autre Montréalais qui n’avait pas de connaissance intime de Radio-Canada ou même de la radiodiffusion. En effet, Robert Rabinovitch était vice-président chez Claridge, la société de gestion de Charles Bronfman. Hubert Lacroix connaît déjà les médias grâce à son expérience chez Télémédia et au conseil de Transcontinental. Deuxième remarque, les entreprises choisissent de plus en plus souvent leur président à l’extérieur de leur rang. Qui plus est, souvent les candidats ne proviennent pas de la même industrie. Pierre Dion, le président de TVA, était le président canadien de l’éditeur de magazines et de livres Readers’Digest. La présidente de Médias Transcontinental, Nathalie Larivière, occupait la présidence des magasins Archambault. Le PDG de Corus, John Cassaday, est certes l’ancien président de CTV, mais avant d’occuper ce poste il présidait les Soupes Campbell au Canada et au Royaune-Uni ! Michael Sabia (BCE) vient du Canadien National. Paul Tellier était un haut fonctionnaire avant de prendre la tête du CN. Je suis sûr que sa connaissance des trains était limitée, mais son jugement et quelques bonnes décisions ont propulsé le CN. Troisième remarque, les Québécois ne connaissent pas les gens d’affaires. Qui peut nommer plus de cinq grands PDG québécois à part Jean Coutu, Pierre Karl Péladeau, Paul Desmarais, Guy Laliberté et Laurent Beaudoin ? Une infime partie de la population. Adulés dans les années 1980 et 1990, les gens d’affaires n’ont plus la cote. Alors, qui pourrait bien connaître un avocat d’affaires parmi les plus brillants de sa génération comme Hubert Lacroix ?

Affaires et économie

Les immigrants d’origine arabe sont-ils bien intégrés ?

Les audiences de la Commission Bouchard-Taylor cette semaine à Québec l’ont démontré une fois de plus : les préjugés concernant l’immigration d’origine arabe sont nombreux. Certains propos, dont nous avons plusieurs échos sur ce site, me heurtent. Je peux comprendre l’émotion (les réactions épidermiques face au fanatisme religieux et les conséquences des attentats du 11 septembre), mais je trouve que certaines craintes («les musulmans vont nous évangéliser (sic)») sont totalement disproportionnées. Savez-vous que… Il y avait au dernier recensement (2001) 135 750 personnes d’origine arabe au Québec. 83 % d’entre eux sont nées à l’étranger et constituent donc des immigrants. Je fais la distinction parce que Me Guy Bertrand et d’autres ne semblent pas la faire. En 2001, la minorité des membres de cette communauté (46 %) étaient de confession musulmane. On y trouvait même 29 % de catholiques (plutôt libanais) et 11 % d’orthodoxes (notamment des coptes originaires d’Égypte). Le prochain recensement, dont les premières données sur l’immigration seront connues le mois prochain, devrait donner une majorité aux musulmans suite à la récente immigration provenant des pays du Maghreb. La ville de Québec, qui semble s’y connaître extraordinairement bien en matière d’immigration musulmane, n’accueillait que 2,1 % des personnes d’origine arabe. La moitié d’entre eux seraient musulmans. Nous parlons donc de 1 357 personnes sur une population d‘un demi million. Compte tenu que 10 % d’entre eux pratiquent leur religion, cela ne fait pas beaucoup de monde à la mosquée ! Ils seraient deux ou trois fois plus nombreux qu’ils passeraient toujours inaperçus. Sont-il moins éduqués ? 33 % des membres de la communauté arabe ont un diplôme universitaire, contre 14 % pour l’ensemble de la société québécoise. Sont-ils francophones ? 89,3 % connaissaient le français et 66,1 % l’anglais. Cette proportion devrait être à la hausse grâce à l’immigration récente. Les membres de cette communauté n’auraient donc aucune difficulté à obtenir une citoyenneté québécoise, telle que définie par le Parti québécois. Ces citoyens sont d’ailleurs presque quatre fois plus nombreux à parler le français plutôt que l’anglais à la maison. Sont-ils jeunes ? Les personnes âgées de 65 ans et plus ne représentent que 5,7 % de cette communauté, comparativement à plus de 12 % pour l’ensemble de la population du Québec. Les Arabes contribuent donc au rajeunissement de la population. Malgré une éducation supérieure, le taux de chômage est plus élevé dans cette communauté que pour l’ensemble du Québec. Cela n’a rien d’exceptionnel car le taux de chômage des immigrants récents (cinq ans et moins) est trois fois plus élevé que pour la population née au Canada, et ce, tant à Montréal qu’à Toronto ou à Vancouver. Cet écart se rétrécit considérablement pour ceux qui sont au pays depuis plus de cinq ans. Les Québécois d’origine arabes sont-ils pour autant un fardeau ? Par rapport à l’ensemble de la population québécoise, ils sont surreprésentés dans les secteurs de la fabrication et des services professionnels ainsi que dans les emplois techniques et scientifiques. Je pense que leur apport peut être bénéfique au Québec. Cela ne veut pas dire que cela sera facile. Mais faut-t-il que les musulmans se mettent à manger du porc (que nous mangeons de moins en moins) pour que nous les acceptions ?

Affaires et économie

L’immigration et l’économie

Il faut lire la dernière chronique de Jacques Attali, dans le magazine français L’Express. Attali est l’auteur de dizaines d’essais et de romans. C’est aussi un banquier spécialisé dans le micro crédit dans les pays émergents. Cet économiste, ancien conseiller du socialiste François Mitterrand est aujourd’hui mandaté par Nicolas Sarkozy pour trouver des pistes pour relancer l’économie française. En résumé, disons que ce n’est pas un deux de pique. Voici un extrait et l’hyperlien qui vous conduira à sa chronique : …Ainsi, les pays d’Europe où la croissance est la plus forte sont ceux qui, comme l’Irlande, le Portugal, le Royaume-Uni, l’Espagne et la Suède, savent recevoir des étrangers et faire revenir leurs étudiants partis se former ailleurs. Les 600 000 Européens de l’Est venus depuis moins de dix ans au Royaume-Uni ont au PIB anglais à hauteur et les Pakistanais y ont créé l’essentiel des nouvelles entreprises. En Espagne, le quadruplement en six ans du nombre d’étrangers est à l’origine de la moitié de la croissance. Au Portugal, plus de 300 000 Ukrainiens, venus illégalement, mais qui se sont remarquablement intégrés, représentent un formidable facteur de développement…

Affaires et économie

Moi aussi ! Moi aussi !

Jim Flaherty a les poches pleines et remettra dans l’économie 60 milliards de dollars en diminution de taxes et impôts au cours des cinq prochaines années. Il y a des bonbons pour tout le monde. Cela n’empêchera pas Gilles Duceppe et Jack Layton de s’opposer aux mesures et Stéphane Dion de faire semblant d’hésiter. On appelle ça de la politique. Pour les entreprises, j’aurais aimé des mesures plus ciblées que tout en baisses d’impôts. Le ministre Flaherty n’exclut pas d’autres mesures dans le prochain budget, au printemps. J’aurais aussi préféré des baisses d’impôts plus spectaculaires pour les contribuables plutôt qu’une baisse de la TPS. Il n’empêche, le gouvernement Harper a décidé de réduire à zéro le surplus fédéral anticipé et de tout redonner aux Canadiens, sur une forme ou sur une autre. Et ça, c’est une bien bonne nouvelle. Le dollar canadien n’arrête pas de monter et la position concurrentielle de nos entreprises est menacée. En remettant de l’argent dans les poches de tout le monde, Ottawa va stimuler considérablement l’économie canadienne. Nous serons aussi moins vulnérables à une récession potentielle aux États-Unis. Ceux qui doutent que ces dizaines de milliards aient vraiment un impact, souvenez-vous de la poussée d’adrénaline injectée dans l’économie par la remise de centaines de millions de dollars avec le règlement de l’inégalité salariale dans le secteur public québécois. Voyons ce qu’il y a dans le sac de bonbons de Jim Flaherty. Les consommateurs verront la TPS passer de 6 à 5 % au premier janvier 2008. Cette baisse a l’air ridicule quand on achète un café à 2 dollars, mais elle compte vraiment quand on achète une maison neuve (2 000 $ sur une maison de 200 000 $) ou une nouvelle automobile. Et c’est un prétexte de moins pour acheter aux États-Unis. Les contribuables sortent aussi gagnants. Il faudra gagner 9 600 dollars en 2007 pour commencer à payer de l’impôt au fédéral et ce montant passera à 10 100 dollars au premier janvier 2009. 385 000 Canadiens de plus n’auront pas d’impôts à payer. Voilà une mesure socialement juste. Son coût : 2,5 milliards. Le taux minimum d’imposition baissera à 15 % rétroactivement au premier janvier 2007. Coût de la mesure : 8,4 milliards. Les contribuables devraient aussi profiter de la réduction du déficit de 10 milliards de dollars cette année. Il reste de l’argent pour les entreprises qui verront leur taux d’imposition passer de 22 % à 15 % d’ici 2012 et le taux d’imposition pour les PME baissera également. Les primes d’assurance emploi vont baisser pour les entreprises et les travailleurs au 1er janvier prochain. Le gouvernement affirme que les taxes et impôts des Canadiens auront payé 190 milliards de moins entre le moment où les conservateurs sont arrivés aux affaires il y a 21 mois et 2012. Les raisons invoquées par Jack Layton étaient prévisibles. Le NPD aime les impôts élevés parce qu’il aime encore plus les lourds programmes gouvernementaux censés régler tous les problèmes. Les raisons invoquées par Gilles Duceppe sont précieuses. À l’entendre, il aurait peut-être appuyé la baisse de la TPS si le gouvernement du Québec avait décidé de hausser la TVQ. J’ai peine à suivre le raisonnement, si ce n’est que le Bloc joue maintenant à l’opposition pure et dure après avoir voté en faveur du premier budget conservateur et de sa première baisse de la TPS !

Affaires et économie

Ce que va dire le ministre des Finances

Rien ne peut arrêter le huard, sauf une baisse du baril de pétrole. Rien ne peut arrêter le prix du pétrole, sinon un net ralentissement de l’économie américaine. Et rien ne peut mieux prémunir l’économie canadienne d’une récession américaine qu’un accroissement du pouvoir d’achat des Canadiens, rendu possible par une baisse des impôts et des taxes. Voilà en quelques phrases l’essentiel du raisonnement du gouvernement Harper, si on enlève évidemment les considérations électorales. Le gouvernement fédéral a les ressources pour baisser les impôts de 10 milliards de dollars. Peut-être même plus car la Ligue des contribuables canadiens croit qu’au rythme actuel le surplus pourrait atteindre 20 milliards. Faut-il baisser la TPS, les impôts des particuliers ou ceux des entreprises ? Je l’ai écrit, les entreprises manufacturières du Québec et de l’Ontario ont besoin d’un coup de pouce avec ce dollar qui n’en finit plus de gonfler. Les mandarins fédéraux entendent comme tout le monde les nouvelles de mises à pied et de fermetures. Mais ils constatent aussi que les entreprises ne se portent pas si mal que ça. Ottawa a augmenté de 23 % ses revenus tirés des impôts des entreprises d’avril à août. C’est loin d’être la misère ! De plus, un sondage de Statistique Canada auprès de 3 000 entreprises manufacturières indique que la difficulté de recruter du personnel qualifié est leur principal souci, bien avant la force du dollar. Résultat : il y aura en cette veille d’Halloween des bonbons pour les compagnies, mais elles ne seront pas les plus gâtées. De plus, ce n’est pas très payant politiquement. Pour stimuler l’économie, le ministre des Finances se montrera d’abord généreux avec les consommateurs en abaissant le taux de la TPS. Le gouvernement devrait aussi annoncer une baisse des impôts des particuliers. Je préfère une plus forte baisse des impôts qu’une diminution de la taxe de vente. Mais, dans les deux cas, on parle de milliards de dollars (1 % de TPS = 5,5 milliards $) réinjectés dans l’économie. Voilà un puissant stimulant pour une économie qui se porte déjà plutôt bien ! N’oublions pas que les dépenses des consommateurs représentent environ 60 % du PIB canadien. L’économie chauffe au pétrole par les temps qui courent. Le gouvernement voudrait que les consommateurs soient un puissant moteur d’appoint !

Affaires et économie

Le tout-puissant dollar canadien

Les deux gouvernements devront intervenir rapidement pour aider les entreprises à sortir indemnes de l’ivresse du dollar canadien. Le huard termine la semaine à presque 1,04 américain. La parité, c’était le mois dernier. Notre devise est maintenant plus forte que le billet vert et devrait le demeurer encore pendant un certain temps. Évidemment, la hausse de 21 % du dollar canadien depuis le début de 2007 s’explique en partie par celle du prix du baril de pétrole qui a atteint les 92 dollars au cours de la journée. Cette inflation devrait se poursuivre et on parle déjà d’un baril à 100 dollars. Le président Bush a fait paniquer les marchés en menaçant l’Iran de sanctions économiques et militaires. Les marchés détestent l’incertitude et sont d’une grande nervosité, nous en avons une autre preuve. Et il y a aussi la décision de l’Alberta de hausser de presque 20 % ses redevances pétrolières et gazières dès 2010. Il fallait que l’Alberta agisse en ce sens. La province ne profitait pas de la hausse du prix de ses ressources et doit assumer un coût considérable en infrastructures (routes, écoles, hôpitaux) pour appuyer son explosion économique et démographique. Cela veut néanmoins dire que le pétrole pourrait coûter plus cher. L’augmentation des redevances de 1,4 milliard de dollars va augmenter les coûts d’exploitation et pourrait diminuer les investissements en Alberta et, conséquemment, l’offre de pétrole sur le marché. Ce serait trop facile de blâmer seulement l’Alberta pour les malheurs de nos manufacturiers. La création d’emplois et le faible taux de chômage au Québec et en Ontario rassurent les marchés et participent également à la force du huart. Mais un dollar à 1,05 ou même à 1,10 devient insoutenable pour nos exportateurs. Quand je parle d’une aide des gouvernements, je parle d’une abolition immédiate de toutes les taxes sur le capital et sur la masse salariale. Faisons en sorte que les entreprises fassent des profits… et taxons par la suite leurs bénéfices.

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Affaires et économie

Le nous et le je

Le débat sur l’identité québécoise m’ennuie profondément. J’ai également peur qu’à force de se gratter le Nous, on oublie qu’il ne peut pas y avoir de force collective sans grandes victoires individuelles. J’en ai assez de l’histoire misérabiliste de porteurs d’eau colonisés que certains n’arrêtent pas de véhiculer. Les Québécois ne sont pas un peuple faible et fragile, menacé d’être converti contre son gré à l’islam ou assimilé à l’anglais en deux générations. Mon Québec n’est pas né avec la Révolution tranquille et il n’a pas besoin de son gros État interventionniste pour s’émanciper. Il existait dès le 19e siècle des banques francophones, des manufactures francophones et des commerces francophones. Du côté paternel, un des mes arrières grands-pères était un notaire qui possédait la petite compagnie de téléphone locale et l’autre était propriétaire de moulins. Certains de leurs contemporains ont fait encore mieux. La Banque du peuple est fondée en 1835, la Banque nationale en 1860, la Banque Jacques-Cartier en 1862. Et il y en a d’autres ! En 1842, Jean-Baptiste Rolland fonde une librairie itinérante avant d’établir une papeterie 40 ans plus tard. La compagnie Rolland appartient aujourd’hui à Cascades. L’ancêtre de la Dominion Textile avait été fondé par Victor Hudon. Charles-Théodore Viau fonde sa biscuterie en 1870. En 1876, Louis-Joseph Forget fonde une firme de courtage en valeurs mobilières qui domine rapidement les marchés financiers. Il est également vice-président de la Montreal Light and Power Company, l’ancêtre d’Hydro-Québec. Son neveu Rodophe Forget fonde sa propre maison de courtage et ouvre même un bureau à Paris en 1900. C’est lui qui construira le Manoir Richelieu. Une centaine d’hommes d’affaires francophones établissent la Chambre de commerce de Montréal en 1887. En 1906, Ernest Ouimet ouvrait le premier cinéma à Montréal. Il y a 100 ans Justine Lacoste-de-Gaspé Beaubien fondait l’Hôpital Sainte-Justine. Alphonse Desjardins a fondé la première caisse populaire en 1900. Au début du 20e siècle, l’un des hommes les plus riches de Montréal était Frédéric-Liguori Beïque. À la même époque, Tancrède Bienvenu prend contrôle de Catelli et de huit fabriques de pâtes au Canada. Il domine également le marché de l’Angleterre. En 1923, Rose-Anna Vachon créé une boulangerie, popularisée par le fameux Jo Louis. Jean Brillant, bien avant Pierre Karl Péladeau – invente la convergence! Il est propriétaire de Québec Téléphone et de stations de radio et de télévision. En 1934, Wilfrid Pelletier et Madame Anatase David créait l’Orchestre symphonique de Montréal. Jean-Louis Lévesque fonde sa maison de courtage en 1937. En 1939, Roland Dansereau et Napoléon Piotte sont à l’origine du regroupement de marchands qui deviendra RONA. En 1941, le Québec comptait 35 046 administrateurs et entrepreneurs francophones. Oui, il y a eu recul. Et vous savez quand ? Quand les forces de l’obscurantisme et du repliement au nom de l’identité canadienne-française ont pris le pouvoir politique avec Maurice Duplessis. Ce sont les mêmes forces qui, au nom de la pureté de la race et de la haine des autres religions, ont obligé les immigrants juifs, grecs et autres non catholiques à opter pour l’école protestante anglaise, la seule qui les acceptait. Ce sont elles aussi qui n’ont pas voulu investir dans l’éducation et qui ont sous-alimenté les universités parce qu’il ne fallait surtout pas accepter des fonds fédéraux. Pour Maurice Duplessis aussi, les droits des individus constituaient un problème et c’était faire preuve de courage que de les bafouer ! Et, comme plusieurs de mes concitoyens, tout était toujours la faute des autres. Sommes-nous en train de revivre cette époque ? Je le crains. (La recherche historique avait été effectuée par Diane Bérard à l’occasion du 100e anniversaire de la Revue Commerce, en 1999. J’étais l’éditeur de ce magazine à l’époque).

Politique

Nordiques : opération résurrection

Je suis tombé l’autre jour, par hasard, sur un chandail des Nordiques. Je l’ai acheté, pour les séances d’entraînement de hockey de mon fils, qui aura bientôt six ans. Mais bon, il m’a donné une bouffée de nostalgie, ce chandail avec le grand « N » et les fleurs de lys. Et un peu de remords, aussi. J’étais au cabinet du premier ministre quand la tentative de sauvetage des Nordiques par Marcel Aubut a échoué. Je n’étais pas chargé du dossier. J’avais suivi la chose de loin. Jacques Parizeau avait fait un effort louable, mais chacun sentait l’échec inévitable. Et fallait-il vraiment, après son départ de Québec pour Denver, en 1995, que l’équipe se venge en remportant, dès l’année suivante, la coupe Stanley ? Pour les plus jeunes, sachez que pendant près de 20 ans les matchs Canadien-Nordiques ponctuaient nos hivers comme autant de tempêtes du siècle. Chacun retenait son souffle. Pendant les retransmissions, les rues étaient désertes. Les billets, hors de prix. Cela attisait la rivalité Québec-Montréal ? Pas du tout, cette rivalité gît dans le code génétique des deux villes. Mais cela la canalisait, lui offrait un exutoire. Et au moins, sur la glace, en fin de troisième période ou de prolongation, on savait clairement qui avait gagné, qui avait perdu, jusqu’à la prochaine fois. Les Nordiques ont survécu de façon subreptice sous la forme de l’équipe fictive du National, dans l’inépuisable série de Réjean Tremblay, Lance et compte (dont la prochaine saison porte sur un affrontement National-Canadien). Les tentatives d’entrepreneurs de Québec pour faire revivre la vraie équipe disent aussi combien elle nous manque, comme un membre qu’on nous aurait coupé, mais que l’on sent encore, dans les moments de grande émotion. On parle beaucoup d’identité ces temps-ci au Québec. De langue, de culture, d’efforts à déployer pour ne pas, comment dire ? dégénérationner. De respect pour le patrimoine culturel, historique, religieux du Québec. Et cela me frappe qu’on ait si peu compris combien l’existence d’une équipe de hockey dans chacune des deux grandes villes québécoises constituait, non seulement pour les gens de Québec, mais pour tous les Québécois, un élément structurant de la vie collective. Cela tenait à la fois du divertissement, de la présence de notre sport national dans nos vies et même de l’aiguisement de notre esprit compétitif. Et du respect de notre langue. Car avez-vous remarqué que le départ des Nordiques a signifié le déclin du français au hockey, même au sein du Canadien ? Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’au moment où le climat se réchauffe et restreint la période où on peut patiner sur les ronds de glace extérieurs (imaginez, il y a maintenant des patinoires extérieures réfrigérées à Montréal !) l’attachement à ce sport se raffermit, plutôt que de fondre au soleil. Le film sur Maurice Richard a contribué à raviver cette flamme (et il est scandaleux que si peu soit fait, à Montréal, pour commémorer le « Rocket », un des seuls grands héros modernes du Québec). L’État québécois dépense à lui seul plus de 600 millions de dollars par an pour la culture, les artistes, les musées, l’opéra. Je suis pour. La culture ne peut pas s’autofinancer. Même nos films les plus courus seraient déficitaires sans aides publiques, car notre marché est trop petit pour absorber tous les coûts. Idem pour les Nordiques. L’État va investir 105 millions dans la construction d’une nouvelle salle pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Quelque 1 900 mélomanes pourront y prendre place. Bravo. C’est de la culture avec un grand « C ». Mais pourquoi les 14 000 partisans des Nordiques (l’assistance moyenne à leurs matchs, à l’époque) n’ont-ils pas droit à une somme équivalente pour construire l’aréna qui pourrait faire revenir leur équipe ? (Le Colisée actuel, désuet, fut construit en 1930.) Pourquoi est-il interdit d’investir dans la culture populaire avec un grand « P » — ou avec un grand « H » ou un grand « N », en l’espèce ? Maintenant que le dollar canadien vaut davantage que l’américain, réduisant les coûts, je crois le temps venu de faire un effort collectif pour retrouver le tandem Canadien-Nordiques. La somme totale nécessaire : 260 millions. Que le gouvernement du Québec s’engage à investir, dollar pour dollar, ce que la Ville de Québec y mettra. Que la Ville, de son côté, demande par référendum à sa population si elle désire verser une contribution spéciale pour ramener l’équipe. Qu’une campagne de financement générale soit lancée en plus des aides publiques. Retrouverons-nous la magie des matchs d’autrefois ? Pas du tout. Ce sera mieux. Parce qu’avec les nouvelles règles de la LNH, les Nordiques et le Canadien pourront s’affronter en demi-finale de la Coupe Stanley. Jamais nous n’aurons vécu ce niveau d’intensité. Jusqu’au jour dit, on en rêvera. Lorsqu’il arrivera, on sera en transe. Après, il entrera dans la légende. Divisés pendant cette étape cruciale, les Québécois s’uniront ensuite derrière le vainqueur pour la finale, contre la meilleure équipe du reste de l’Amérique. Pour donner du tonus à l’identité québécoise, la résurrection des Nordiques serait la plus belle mise au jeu.

Affaires et économie

Y a-t-il plus de pauvres ?

J’entendais à la radio aujourd’hui un député du Bloc Québécois affirmer sans nuance ni précaution qu’il y avait de plus en plus de pauvres au Canada. Ce député est dans les patates. Selon Statistique Canada, le nombre d’adultes ayant un faible revenu après impôt est passé de 11,2% en 2001 à 10,8 % en 2005. Au niveau des familles économiques, la proportion est passée de 8,1 % à 7,5 %. La diminution est minime, mais nous ne pouvons pas parler d’une augmentation. De fait, de 1996 à 2005, le nombre de Canadiens ayant un faible revenu est passé de 4,5 millions de personnes à 3,4 millions de personnes. C’est encore beaucoup trop, mais la tendance me semble assez nette. En 1996, 18,6% des enfants de moins de 18 ans vivaient dans le besoin. La proportion n’était que de 11,7% en 2005. On ne tient pas compte de deux phénomènes importants quand on discute de cette question. Le premier touche l’inégalité des revenus. Oui, les riches s’enrichissent plus vite et les salaires versés à quelques grands patrons nous le rappellent constamment. Mais cela ne veut pas dire que les pauvres s’appauvrissent. Quant à l’inégalité, les écarts ne sont pas aussi spectaculaires que certains le prétendent. Les Canadiens faisant partie des 20 % de la population gagnant le plus d’argent obtiennent aujourd’hui 13 fois les revenus avant taxes et impôts des 20 % qui font le moins d’argent. Il y a 10 ans, l’écart était de 12 fois. Mais une fois qu’on tient compte des taxes et impôts, l’écart est exactement le même qu’il y a dix ans (5,6 fois). Le deuxième phénomène touche à la mobilité sociale. Pour les militants de gauche, il y a d’un côté les pauvres, qui sont toujours pauvres, et les riches qui le demeureront de génération en génération. Cela est sans doute vrai pour certaines richissimes familles, mais pas pour l’ensemble de la population. Quelque peut être pauvre à 25 ans, faire partie de la classe moyenne à 35 ans et redevenir pauvre à la retraite, à cause d’un divorce et d’une maigre pension. Une étude américaine (Université du Michigan) affirme même que 37, 5 % des « riches » de 1975 faisaient partie des « pauvres » en 1991. Une étude canadienne du professeur Charles Beach, de l’Université Queen, démontre que sur 100 hommes qui faisaient partie des 25 % de la population à plus faible revenu en 1991, seulement 17,5% d’entre eux se retrouvaient dans la même situation en 1999. Cela veut dire que, pour l’essentiel, il n’y a pas de pauvres à vie. Il y a surtout des personnes qui vivent un passage à vide causé par une perte d’emploi, un divorce ou un problème de santé. On peut parier que la situation de ces personnes va s’améliorer au cours des prochaines années. Voilà pourquoi il faut que l’État puisse donner une aide ponctuelle et efficace pour aider ces personnes. Le problème, c’est quand une personne apte au travail prend un abonnement à l’aide sociale. Là, j’ai un peu plus de problèmes…

Affaires et économie

Le palmarès des grandes puissances économiques

On mesure la puissance économique d’un pays par la richesse totale que ses habitants créent dans une année et par le revenu qui en découle. Au départ, un pays qui dispose de plus de cerveaux et de plus de bras qu’un autre peut évidemment produire plus de richesse. Les pays les plus populeux du monde que sont la Chine, qui a 1,3 milliard d’habitants, et l’Inde, qui en a 1,1 milliard, partent donc avec une longueur d’avance. Mais des pays moins peuplés, comme les États-Unis, avec 300 millions d’habitants, et le Japon, avec 130 millions, ont aussi une chance de gagner la course. Dans ces deux pays, chaque cerveau et chaque paire de bras produisent beaucoup plus de richesse qu’en Chine et en Inde. C’est pourquoi l’économie américaine est plus grande que l’économie chinoise, et l’économie japonaise de même taille que l’indienne. Comparer la richesse totale des pays n’est pas une mince tâche. Chacun a sa monnaie propre, et les prix des biens produits peuvent être très différents d’un pays à l’autre. Mais le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres organismes ont trouvé une astuce pour contourner ces problèmes. Ils recalculent ce que serait le revenu total de chaque pays si chaque bien se vendait au même prix (en dollars américains, disons) partout sur la planète. Prenons l’exemple du hamburger : supposons que le Canada en produit 100, qu’il vend deux dollars chacun, ce qui donne 200 dollars en tout, tandis que la Chine en produit 1 000, qu’elle vend 20 cents, ce qui donne aussi 200 dollars. Ce calcul laisserait croire que la richesse totale des deux pays est la même. Mais si on refait le calcul en utilisant un prix uniforme, soit un dollar, la richesse du Canada ne s’élève plus qu’à 100 dollars, alors que celle de la Chine atteint 1 000 dollars. Une telle mesure est utile. Car si le revenu total recalculé de cette manière est plus élevé dans un pays que dans un autre, cela voudra dire qu’il produit et consomme de plus grandes quantités de biens. Ce ne serait pas parce que les prix seraient dopés artificiellement. Le tableau qui suit présente les résultats que le FMI a obtenus pour l’année 2006 en appliquant cette méthode de calcul. Rien d’inattendu au premier rang : les États-Unis y trônent depuis 125 ans. La Chine arrive en deuxième place, non loin derrière. Ce qui est remarquable dans le cas de la Chine, c’est que son économie progresse à la vitesse grand V. Sa croissance économique (de 8 % à 10 % par année) est tellement rapide qu’il est presque sûr qu’elle aura dépassé les États-Unis d’ici cinq ans. La suite immédiate apporte une surprise : l’Inde, dont la croissance économique s’est fortement accélérée ces dernières années, s’apprête à doubler le Japon au troisième rang. Les quatre grands de l’Europe — l’Allemagne, l’Angleterre, la France et l’Italie — suivent, du cinquième au huitième rang. Ces vieux pays perdent peu à peu du terrain au profit des cinq étoiles montantes que sont la Russie, le Brésil, l’Espagne, le Mexique et la Corée du Sud. À des degrés divers, les économies de la Russie, du Brésil et du Mexique sont stimulées par la forte demande mondiale de ressources naturelles. L’Espagne et la Corée du Sud bénéficient plutôt d’un remarquable développement technologique. Le Canada se classe au 13e rang, sur un pied d’égalité avec la Corée du Sud. Mais notre pays va probablement tomber au 14e rang en 2007, car sa croissance économique est plus lente que celle de la Corée du Sud. Parmi les six derniers au classement des 20 pays les plus puissants, il faudra surveiller la Turquie et l’Afrique du Sud. La Turquie connaît depuis quelques années une bonne accélération de sa croissance économique. L’Afrique du Sud est le joyau économique de l’Afrique. Richement pourvue en ressources naturelles, elle a vu son économie remonter après les 20 années de stagnation (de 1980 à 2000) qui ont accompagné la lutte contre l’apartheid et qui ont suivi son abolition, en 1991. Les immigrants venus d’ailleurs en Afrique y affluent. Avec la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie et Taïwan en tête, il est indéniable que le 21e siècle économique appartiendra à l’Asie. L’Europe connaît un déclin relatif. Les pays bien dotés en ressources naturelles, comme la Russie, le Brésil, le Canada et l’Australie, seront avantagés. En Afrique, l’Afrique du Sud pourrait surprendre. Rang Pays Revenu total (en milliards $ US) 2006 1 États-Unis 13 020 2 Chine 9 980 3 Japon 4 170 4 Inde 4 160 5 Allemagne 2 560 6 Angleterre 2 120 7 France 1 930 8 Italie 1 790 9 Russie 1 730 10 Brésil 1 700 11 Espagne 1 210 12 Mexique 1 170 13 Corée du Sud 1 160 14 Canada 1 160 15 Indonésie 960 16 Taïwan 690 17 Australie 680 18 Turquie 660 19 Argentine 620 20 Afrique du Sud 610 (Source : Fonds monétaire international)