Adieu wearable, bonjour technologie prêt-à-porter !
Techno

Adieu wearable, bonjour technologie prêt-à-porter !

« Ordinateur vestimentaire », « technologie qui se porte » : les expressions pour traduire le concept anglais de wearable ne conviennent pas à Maxime Johnson, qui tente de régler la question une fois pour toutes.

De « baladodiffusion » pour podcast à « courriel » pour email, de nombreux néologismes anglais ont été traduits par des instances officielles comme l’Office québécois de la langue française (OQLF) et adoptés par les Québécois au cours des dernières années.

Aucun terme de ce genre ne s’est toutefois imposé pour wearable, un mot-valise pour des appareils électroniques aussi variés qu’une montre intelligente, une paire de lunettes de réalité augmentée et un sous-vêtement capable de détecter le rythme cardiaque de celui qui le porte.

L’expression « technologie prêt-à-porter » serait-elle la solution ?

Le quotidien La Presse titrait jeudi une dépêche de l’Agence France-Presse ainsi : « Apple en tête du marché des accessoires connectés à porter sur soi ». La nouvelle a été reprise un peu partout dans la francophonie, toujours avec une traduction trop longue et peu inspirée pour wearable.

Les traductions officielles pour wearable existent, mais représentent mal la réalité. Du côté de l’OQLF, on suggère « ordinateur vestimentaire », un terme élaboré principalement pour traduire « wearable computer ». Même son de cloche du côté de la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada, Termium Plus, qui propose pour sa part « ordinateur vestimentaire », « ordinateur vêtement » ou « ordinateur prêt-à-porter ».

Insatisfait des traductions proposées, j’ai décidé de lancer le débat sur Twitter.

Quelques réponses ont été partagées, comme « accessoires connectés », que je trouve trop large pour le concept des technologies qui se portent. L’utilisatrice Twitter Kim Lavigne a offert une autre piste : prêt-à-porter. Seul, le qualificatif ne suffit pas, mais pourquoi pas technologies prêt-à-porter, ou techno prêt-à-porter ?

Le terme n’est d’ailleurs pas complètement nouveau. Termium Plus consigne « technologie prêt-à-porter » comme traduction de wearable technology (mais pas pour wearable uniquement), et « prêt-à-porter électronique » est l’une des six expressions suggérées par l’OQLF pour traduire notamment wearable computer.

Sur Twitter, le directeur artistique et designer Jean-François Proulx propose même de raccourcir le terme encore plus :

Tech-à-porter. Un mot court, imagé, qui fait penser à la fois à la mode et aux technologies.

Les conditions pour qu’un nouveau mot soit proposé

Un vox pop sur Twitter n’est toutefois pas la marche à suivre officielle pour la création d’un nouveau mot. À l’OQLF, plusieurs pistes sont explorées avant d’arriver à une suggestion. « On va tout d’abord analyser le concept, et vérifier si d’autres instances l’ont déjà nommé », explique Francis Pedneault, coordonnateur de la production terminologique à l’OQLF.

Si ce n’est pas le cas, les terminologues analysent l’expression originale, généralement en anglais, et tentent de voir si une traduction est possible en évitant le calque direct.  Le mot peut aussi être décortiqué, pour trouver son élément essentiel, sa racine. « Créer un néologisme est un processus créatif, mais on part d’une base déjà établie », précise Francis Pedneault.

Plusieurs caractéristiques sont considérées quand vient le temps de prendre une décision finale. « Si on veut que le terme se propage et qu’il ait une durée de vie assez longue, et même entrer un jour dans les dictionnaires, il doit être court, note-t-il. Il faut aussi conserver une certaine transparence, pour qu’on comprenne facilement ce qu’il veut dire. »

Tech-à-porter, ou technologie prêt-à-porter ?

L’OQLF tente aussi de choisir des mots soutenus, ce qui nuit à la candidature de « tech-à-porter ». « Le jeu de mots est bon, mais on est plus dans un discours familier, soulève le terminologue. Il faut en plus qu’il soit utilisé dans un contexte où l’on sait de quoi on parle. »

Tech peut en effet faire référence à technologie, mais aussi à technique. « Tech-à-porter » pourrait être considéré si l’expression venait à s’imposer d’elle-même avec le temps dans la population, mais ce n’est pas l’OQLF qui en fera la promotion. Pour Francis Pedneault, technologie prêt-à-porter touche beaucoup plus la cible.

Si l’OQLF venait à se pencher sur la traduction de wearable (et non wearable technologies ou wearable computing), l’expression aurait donc une bonne chance d’entrer dans Le grand dictionnaire terminologique.

Mais encore faut-il que l’organisme analyse le dossier, un processus qui est parfois lancé à l’interne, mais qui résulte souvent d’une demande du public. « Si quelqu’un nous envoie un courriel, on doit traiter la demande en moins de trois semaines », explique Francis Pedneault.

La question devrait donc être enfin réglée sous peu : j’ai envoyé une demande officielle le vendredi 2 mars à 16 h 22. À suivre !