Un hyperloop nommé désir
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Un hyperloop nommé désir

L’hyperloop fait rêver. Mais ceux qui attendent l’arrivée de ce moyen de transport futuriste devront toutefois prendre leur mal en patience, explique Maxime Johnson. 

Une capsule assez grande pour 12 personnes qui se déplace sur un rail magnétique dans un tube à basse pression pour atteindre une vitesse de 1200 km/h: le concept d’hyperloop tel qu’imaginé il y a bientôt 5 ans par l’entrepreneur Elon Musk se concrétise peu à peu, poussé par plusieurs universités et entreprises à travers le monde. Virgin Hyperloop One, dont la vice-présidente principale responsable des services d’ingénierie Anita Sengupta était de passage récemment à Montréal, est bien placée pour franchir la ligne d’arrivée en premier.

« Si tout va bien, les premiers passagers pourront monter à bord d’un hyperloop vers 2025 », estime la vice-présidente de Virgin Hyperloop One rencontrée en marge de la conférence Movin’On.

La date contredit celle avancée par son patron Richard Branson. Le célèbre milliardaire britannique qui a nouvellement investi dans l’entreprise affirmait il y a quelques semaines qu’un premier système serait prêt en 2021.  Les 16 années passées par Anita Sengupta à la NASA, où elle a notamment participé à la mission Curiosity et dirigé l’élaboration du Laboratoire à atomes froids de la Station spatiale internationale, donnent toutefois du poids à son évaluation plus prudente.

L’arrivée d’une telle technologie a de quoi réjouir. Ce premier nouveau moyen de transport majeur en plus d’un siècle est non seulement rapide, mais il peut relier des centres-villes directement plutôt que des aéroports. Il est également silencieux, occupe moins d’espace que le train, il est plus facile à faire passer dans un tunnel et il consomme peu d’énergie. Dans bien des cas, l’installation de panneaux solaires le long du trajet permettrait même d’en faire une solution carboneutre.

Étapes pour la mise en place d’un premier hyperloop

Anita Sengupta de Virgin Hyperloop One lors d’une présentation à la conférence Movin’On sur la mobilité. Photo : Allen McEachern.

Virgin Hyperloop One n’est pas la seule entreprise à travailler sur des systèmes hyperloop (le PDG de Tesla et SpaceX Elon Musk avait ouvert le concept à tous en 2013 lorsqu’il a publié les designs pour relier San Francisco et Los Angeles). La jeune pousse américaine est toutefois la plus avancée dans le secteur, elle qui a déjà effectué des essais concluants sur une petite piste près de Las Vegas.

Virgin Hyperloop One, qui compte près de 300 employés, souhaite d’ailleurs accroitre ses effectifs, et aimerait même ouvrir un centre de recherche au Québec, avec l’appui financier de la province et l’aide de certains partenaires, comme Bombardier ou Hydro-Québec.

Parallèlement à cette opération de séduction, l’entreprise planche présentement à l’élaboration de la liaison Mumbai – Pune en Inde, dont Anita Sengupta présente les étapes qu’il reste à franchir.

Étape 1 : poursuivre les tests à petite échelle

Alors que la plupart des systèmes Hyperloop devraient faire quelques centaines de kilomètres, celui mis en place par Virgin Hyperloop One près de Las Vegas est beaucoup plus petit : 500 mètres seulement. « Ça nous permet notamment de mesurer le freinage d’urgence », explique Anita Sengupta. Même sur une si courte distance, la capsule parvient à atteindre une vitesse de 387 km/h. La piste devrait être allongée d’ici 12 à 18 mois, ce qui donnera l’occasion de pousser encore plus les limites du système et de le tester à des vitesses plus grandes.

Étape 2 : mettre en place un système à grande échelle

D’ici 2021 ou 2022, Virgin Hyperloop One espère installer un premier 10 km de tubes hyperloop en Inde, ce qui permettra à l’entreprise de mettre à l’essai sa technologie dans des conditions d’utilisation réelles, représentatives de l’environnement et de l’accélération normale des capsules hyperloop.

Étape 3 : optimiser l’hyperloop pour le confort humain

L’établissement d’un trajet sur une longue distance avec des courbes permettra d’évaluer à l’aide de capteurs ce que ressentiront les voyageurs dans les capsules. « Il faut rester sous certaines limites d’accélération pour assurer le confort des passagers », explique Anita Sengupta, rappelant au passage que contrairement à ce que plusieurs pensent, l’impressionnante vitesse maximale de l’hyperloop ne posera pas de problème. « Le vaisseau spatial Terre tourne présentement à une grande vitesse, et on ne s’en rend pas compte. C’est l’accélération qui est importante », illustre l’ancienne ingénieure de la NASA.

Étape 4 : établir un cadre légal

Outre les soucis technologiques, plusieurs questions légales et politiques doivent encore être résolues avant la mise en place d’un premier hyperloop. « Il faudra créer un nouveau cadre légal, avec de nouvelles lois, de nouveaux standards et de nouvelles certifications », prévient Anita Sengupta. Selon les projets, des terres devront aussi être achetées pour construire les colonnes sur lesquelles les tubes seront déposés. Certains pays pourraient accélérer son déploiement, mais l’étape pourrait ralentir l’arrivée de l’hyperloop dans d’autres régions du monde.

Étape 5 : construire la première ligne

Des plans d’hyperloop sont évalués à Dubai, au Colorado et au Missouri, mais le premier trajet à être complété devrait être celui de 140 kilomètres reliant Mumbai et Pune, qui pourrait s’achever en 2025, prédit Anita Sengupta. « Ce n’est pas si loin pour un projet d’infrastructure, et c’est un échéancier réalisable », croit-elle.

Des nouvelles de l’hyperloop Montréal-Toronto

Une autre liaison souvent mentionnée par Virgin Hyperloop One risque aussi d’intéresser les voyageurs québécois : un hyperloop Montréal-Toronto, qui pourrait relier les deux centres-villes en 39 minutes seulement.

Le projet n’a toutefois même pas atteint le stade embryonnaire. « Il faudrait avant tout faire une étude de faisabilité pour évaluer le volume de passagers, les chemins à emprunter, les tunnels à construire, etc. », résume Anita Sengupta. « C’est la chose la plus importante à faire en premier, et ça n’a pas encore été réalisé », observe la vice-présidente.

Rappelons que des études du genre sont menées depuis les années 1970 au Québec et en Ontario pour la mise en place d’un train à grande vitesse. Les Québécois qui souhaitent essayer l’hyperloop dans un futur rapproché devront donc vraisemblablement prendre l’avion pour se rendre à la station la plus proche.