Un indice de réparabilité pour contrer l'obsolescence
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Un indice de réparabilité pour contrer l’obsolescence

La France compte mettre en place d’ici 2020 un « indice de réparabilité » pour les appareils électroniques afin d’encourager l’achat de produits faciles à réparer. Une excellente idée, qui doit toutefois être appuyée par d’autres mesures pour être réellement efficace.

Choisir entre deux modèles d’ordinateurs portatifs, qui se ressemblent souvent tous les uns les autres, n’est pas une mince affaire. Un gadget plus facile à réparer qu’un autre pourrait inciter les consommateurs à trancher en faveur du modèle doté de la plus grande durée de vie et diminuer par le fait même leur empreinte environnementale.

C’est le pari qu’a pris le gouvernent français, en choisissant de mettre en place son « indice de réparabilité », selon ce qu’a annoncé plus tôt cette semaine Brune Poirson, la secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire.

L’enjeu est de taille. En 2016 seulement, 44,7 millions de tonnes de déchets d’appareils électroménagers ou électroniques étaient générées dans le monde, une quantité qui pourrait augmenter de 17% d’ici 2021.

On ignore encore beaucoup de choses de l’indice français, outre le fait qu’il sera fondé sur dix critères encore indéfinis. À titre indicatif, l’indice de réparabilité du site iFixit évalue notamment la présence ou non d’un manuel de réparation, le niveau de difficulté pour ouvrir l’appareil, le type d’adhésif utilisé à l’intérieur et le degré de complexité pour remplacer les principales composantes.

Un groupe de travail en France a commencé à se pencher sur la question, et devrait soumettre ses propositions d’ici la fin de l’année.

D’autres mesures nécessaires pour encourager les réparations

Un indice de réparabilité est un bon début, mais une telle mesure ne sera pas suffisante à elle seule pour encourager les réparations.

Les acheteurs doivent après tout aussi avoir accès aux pièces de rechange. Ces pièces doivent également être vendues à un prix raisonnable et la réparation doit pouvoir être réalisée sans affecter la garantie de l’appareil. Ces mesures avaient d’ailleurs été proposées par le Parlement européen dans une résolution non contraignante adoptée à l’été 2017 pour allonger la durée de vie des objets électroniques.

Différents incitatifs fiscaux pourraient de plus être adoptés pour diminuer le prix des réparations pour les consommateurs, comme le fait la Suède depuis 2016.

Au-delà de la réparation

Pour réduire l’obsolescence, la réparation des objets n’est d’ailleurs qu’un seul des facteurs à considérer.

L’organisme Équiterre notait en effet dans une étude sur l’obsolescence publiée en mai dernier que 24% des remplacements d’objets électroniques étaient réalisés parce que « l’appareil ne plaisait plus ». Dans bien des cas, c’est l’attrait de la nouveauté qui guide le consommateur. Ce dernier a aussi sa part à faire dans la diminution de l’obsolescence.

Le coût des réparations par rapport à l’achat d’un appareil neuf est de même souvent cité comme une raison pour acheter un nouveau gadget. Des mesures permettant de prolonger la vie des objets électroniques pourraient aider à améliorer la situation, comme l’imposition de garanties plus longues et une meilleure indication de la durée de vie des produits sur l’emballage.

La publication de mises à jour logicielles à long terme – les téléphones Android reçoivent généralement des mises à jour pendant 18 mois seulement, même s’ils demeurent désormais performants durant plusieurs années – pourrait en outre permettre aux utilisateurs d’apprécier leurs appareils plus longtemps, et de stimuler la revente, par exemple.

Bref, la France aura encore beaucoup à faire après 2020 pour réduire l’obsolescence des appareils électroniques. Mais avec l’adoption d’un indice de réparabilité, elle sera tout de même loin devant le Canada, qui n’a toujours pas annoncé de projet du genre pour faire sa part.