Quelle place pour l'hydrogène au Québec?
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Quelle place pour l’hydrogène au Québec?

Les premières voitures à hydrogène roulent déjà sur les routes du Québec. Si la technologie semble prometteuse pour l’industrie du transport, la preuve reste encore à faire pour les véhicules des particuliers. 

Toyota avait frappé un grand coup au Salon de l’auto de Montréal 2018  en annonçant la vente de 50 voitures à hydrogène Mirai au gouvernement du Québec et à des partenaires. Un an plus tard, les véhicules ont été livrés et une première station-service multicarburant publique est sur le point d’ouvrir ses portes à Québec pour les ravitailler.

Une seconde station devrait être construite sur la Rive-Sud de Montréal d’ici la fin de l’année, avec la participation financière de Honda, un constructeur automobile qui offre des véhicules à l’hydrogène ailleurs dans le monde, mais pas au Québec. « Nous n’avons pas de lancement prévu cette année, dit Jean-Marc Leclerc, vice-président aux ventes et à la commercialisation chez Honda Canada. Nous croyons qu’il y a un beau futur pour l’hydrogène, mais il faut auparavant investir dans l’infrastructure. »

La Mirai de Toyota peut toutefois déjà être achetée au Canada.

Photo: Maxime Johnson

Les véhicules à hydrogène sont dotés d’un groupe propulseur électrique, comme dans la Nissan Leaf et autres Chevrolet Bolt qui roulent déjà sur les routes du Québec. Le moteur est toutefois alimenté non pas par une batterie qui être rechargée périodiquement, mais par une pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène.

En roulant, les voitures ne rejettent que de la vapeur d’eau. Si l’électricité utilisée pour produire l’hydrogène est propre, le moteur d’une voiture à hydrogène ne produit donc aucun gaz à effet de serre, comme avec les voitures électriques à batteries.

La station-service de Québec devrait vendre l’hydrogène 10$ le kilogramme. Le réservoir de la Mirai peut accueillir 5 kg, ce qui lui permet de parcourir 500 km. Le prix pourrait évidemment diminuer avec les améliorations technologiques, mais brancher une voiture sur le réseau d’Hydro-Québec directement devrait toujours être plus abordable.

L’hydrogène offre toutefois quelques avantages intéressants par rapport aux batteries. On fait notamment le plein rapidement, comme on ferait le plein d’essence, ce qui pourrait faciliter son adoption par les consommateurs qui n’auront pas à changer leurs habitudes.

Les voitures à hydrogène évitent aussi les problèmes reliés aux batteries, comme l’efficacité qui diminue avec les années, leur autonomie plus faible en temps froid et la gestion du recyclage en fin de vie.

Notons que ce dernier avantage pourrait cependant diminuer avec le temps. Si le recyclage des batteries est problématique à l’heure actuelle, de nouveaux procédés permettront en effet bientôt d’en récupérer les éléments beaucoup plus efficacement. Une usine de récupération des batteries lithium-ion s’implantera au Québec en 2019, ce qui permettra par exemple de récupérer jusqu’à 95% des composantes des batteries de voitures, incluant le cobalt, le lithium et le graphite, qui pourront ensuite être réutilisées dans des batteries neuves.

Quel intérêt pour les consommateurs?

Photo: Maxime Johnson

Pour Stéphane Pascalon, chef de programme à l’Institut du véhicule innovant, l’intérêt de l’hydrogène pour les voitures personnelles est limité au Québec. Son groupe de recherche croit que le grand public devrait se tourner vers les voitures électriques à batteries.

« Les voitures électriques utilisent une énergie propre au Québec, elles sont plus efficaces que les voitures à hydrogène et elles sont stationnées 90% du temps, que ce soit à la maison ou au travail, observe-t-il. Pour la grande majorité des gens, c’est donc facile de les recharger de cette façon. »

De fait, M. Pascalon ne comprend pas la stratégie de Toyota et de Honda. « Ils essaient de justifier l’achat d’un véhicule qui coûte plus cher qu’un véhicule électrique, avec une énergie qui coûte plus cher que l’essence et avec une infrastructure plus rare que l’électricité, qui est déjà présente chez monsieur et madame Tout-le-Monde. Il y a beaucoup de désavantages qui font que ces véhicules n’ont aucune chance de percer le marché pour les particuliers. »

Michel Archambault, directeur du développement des affaires d’Hydrogenics, l’entreprise derrière l’infrastructure reliée à l’hydrogène dans la station-service multicarburant de Québec, n’est pas du même avis.

« L’hydrogène permet d’emmagasiner l’énergie, souligne-t-il. Il ne faut pas regarder seulement au Québec. De l’électricité propre n’est pas toujours accessible dans un réseau électrique, il faut la stocker au bon moment. »

En utilisant un électrolyseur pour capturer l’énergie produite par des sources renouvelables lorsqu’elle est accessible, on peut limiter son empreinte énergétique, et même permettre d’éviter le gaspillage de son énergie propre lorsqu’elle n’est pas utilisée à 100%.

Une solution adaptée au transport lourd?

Si le débat est ouvert sur l’intérêt des voitures à hydrogène pour les particuliers, il y a un fort attrait pour les entreprises, particulièrement dans l’industrie des transports lourds.  « À l’inverse des véhicules personnels, les camions doivent être sur la route 90% du temps, dit Stéphane Pascalon. Le remplissage rapide de l’hydrogène est donc un avantage de taille pour les entreprises de transport. Un camion à l’hydrogène sera aussi moins cher qu’un camion à batteries. »

Il serait coûteux de tapisser la province de bornes à hydrogène pour le grand public – le système de production d’hydrogène dans la station-service de Québec a coûté 5 millions $ à lui seul. La création d’axes routiers pour les camions utilisant cette technologie serait en revanche beaucoup plus facile, et économiquement viable.

«Installer des bornes entre Toronto et Montréal serait efficace, dit M. Pascalon. Les camions empruntent pratiquement toujours les mêmes routes. » L’autopartage et l’industrie du taxi pourraient aussi bénéficier des avantages de l’hydrogène. Mais pour les particuliers, la preuve reste encore à faire.