2020 est une excellente année (pour les robots)

L’avenir s’annonçait déjà pas mal rose pour le marché des robots, avec les avancées en intelligence artificielle et en miniaturisation, l’arrivée des réseaux 5G. Voilà que la pandémie leur déroule le tapis rouge.

Le robot Spot de Boston Dynamics sur un chantier de l'entreprise de construction Pomerleau. Photo : Pomerleau.

Tous les jours, sur un chantier industriel de la Rive-Sud, en face de Montréal, un chien pas comme les autres arpente l’édifice en construction et le photographie sous tous les angles possibles. Spot est un chien motorisé, qui peut être contrôlé comme un drone ou programmé pour se déplacer de façon autonome.

« Ça nous permet de faire le suivi des travaux et de voir les écarts avec les plans originaux », explique Ian Kirouac, vice-président exécutif des initiatives stratégiques chez Pomerleau. Les avantages de disposer d’un jumeau numérique — une version numérique du chantier dans laquelle on peut se déplacer à l’aide d’un ordinateur — sont nombreux. Cela peut, par exemple, permettre aux clients de Pomerleau de suivre les travaux sans visiter un environnement dangereux. À plus long terme, cela pourrait même transformer la construction sur les chantiers. « On pourra notamment préfabriquer des choses comme les murs en usine, tout en sachant qu’ils seront de la bonne taille et que l’on va pouvoir les transporter au bon endroit », prévoit Ian Kirouac.

La robotisation de l’industrie devrait notamment « améliorer la qualité, aider avec la pénurie de main-d’œuvre, augmenter la sécurité et réduire les coûts », poursuit l’ingénieur. Pour ce dernier, l’utilisation du robot Spot au cours des derniers mois est d’ailleurs l’occasion de se familiariser avec cette technologie d’avenir, tant pour l’entreprise que pour les travailleurs qui seront appelés de plus en plus à côtoyer des appareils du genre.

Pomerleau est l’une des premières entreprises dans le monde à avoir mis la main sur un Spot, le robot quadrupède de la société américaine Boston Dynamics capable de monter des escaliers et de parcourir des chemins accidentés.

Les vidéos diffusées sur le web par Boston Dynamics tout au long de son développement ont été vues des dizaines de millions de fois sur YouTube depuis 2016, mais l’appareil n’est accessible à toutes les entreprises que depuis juin dernier, pour environ 100 000 dollars.

Spot est aussi utilisé dans d’autres genres d’environnements industriels, notamment à l’usine de boîtes de vitesses de Ford à Van Dyke au Michigan, où le chien robotisé documente depuis le début août l’évolution de l’établissement pour en créer un jumeau numérique, un peu comme chez Pomerleau, et aider les ingénieurs du constructeur automobile à améliorer leurs processus.

Un robot baptisé Fluffy arpente une usine de Ford aux États-Unis. Photo : Ford.

Ford automatise sa production depuis des décennies, mais l’arrivée de cette nouvelle génération de robots change la donne. « Avant, nos robots étaient fixés au sol. Maintenant, ils peuvent se déplacer. C’est une grosse différence, ça change ce que l’on peut faire avec eux », explique Mark Goderis, directeur de la conception technique numérique chez Ford.

L’enthousiasme des industries pour les robots autonomes ne surprend pas Martine Lapointe, directrice générale du bureau montréalais d’Accenture. La société de transformation numérique avait prédit en début d’année dans son rapport Vision technologique 2020 que les robots quitteraient les environnements contrôlés (comme une chaine de montage) pour être utilisés de plus en plus dans le monde réel.

« On voit ça comme une évolution logique après l’adoption des objets connectés », note la DG. Plusieurs percées technologiques récentes facilitent d’ailleurs l’arrivée de la robotique, comme l’amélioration des divers capteurs qui composent les robots, la reconnaissance du langage pour simplifier les interactions avec les humains et la reconnaissance d’image pour les aider à se déplacer. La mise en place des réseaux mobiles 5G devrait aussi permettre leur utilisation à l’extérieur des usines au cours des prochaines années, ce qui pourrait par exemple accélérer leur déploiement dans l’industrie agricole.

Pas moins de 61 % des dirigeants de 21 industries différentes consultés par Accenture pour la publication de son rapport sur les tendances technologiques de 2020 prévoyaient d’ailleurs utiliser la robotique dans des environnements non contrôlés dans les deux prochaines années.

La pandémie accélère le changement

Dans une mise à jour du rapport publiée à la fin juillet, Accenture estime qu’aucune autre tendance n’a bénéficié autant de la pandémie que la robotique. « Les robots sont employés dans des environnements non contrôlés dans plusieurs industries beaucoup plus rapidement qu’on l’avait prévu », note le rapport.

Cette transformation est souvent une réponse directe à la COVID-19. Au Québec, l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) a par exemple acheté deux robots désinfectants de l’entreprise danoise UVD Robots. Ces robots autonomes ont été testés au printemps à l’institut montréalais et devraient entrer en service d’ici la fin du mois, alors qu’ils se déplaceront pour désinfecter les surfaces dans certaines pièces de l’IR-CUSM pour tuer les bactéries et inactiver les virus, comme le coronavirus.

Le robot pour désinfecter ASEPT-UV de Qualinet. Photo : Qualinet.

L’entreprise québécoise Qualinet a aussi annoncé cette semaine l’acquisition d’un robot ASEPT-UV, qui sera utilisé pour désinfecter les bureaux de ses clients. « Le nouveau robot de Qualinet a la capacité de désinfecter une grande salle de conférence en 10 minutes et nos équipes peuvent même préprogrammer les déplacements du robot, afin qu’il fasse la tournée d’un immeuble la nuit », a expliqué dans un communiqué le fondateur de l’entreprise Éric Pichette.

Pour Martine Lapointe d’Accenture, l’effet de la pandémie va toutefois au-delà des robots qui aident à la désinfection et à la distanciation. « On observe un changement dans les mentalités avec la pandémie. Les entreprises remettent en question leurs façons de faire les choses, on voit donc beaucoup d’innovation », observe la directrice.

« Les gens vont aussi commencer à réaliser que la robotique a beaucoup de potentiel, et le fait de voir les robots en action va leur donner des idées. Les cas d’utilisation vont devenir de plus en plus clairs et de plus en plus innovants », croit-elle. Peu importe s’ils servent dans les hôpitaux, les tours à bureaux, les usines ou les chantiers de construction, les robots déployés cette année vont attirer d’autres robots pour les années à venir.