À l’université des GAFA

Plus besoin d’aller à l’école pour lancer sa carrière dans les technologies : six mois, un ordinateur et quelques centaines de dollars suffisent désormais pour obtenir un diplôme de Google ou d’Amazon.

Photo : GPoint Studio / Getty Images

L’intérêt des entreprises technologiques pour l’éducation ne date pas d’hier. Au Québec, Ubisoft forme des étudiants aux jeux vidéos depuis 2008 en partenariat avec des cégeps et universités. Une nouvelle génération de programmes conçus par Google et Amazon vient toutefois chambouler le partenariat traditionnel entre l’industrie privée et le milieu de l’éducation.

Google a notamment lancé l’été dernier aux États-Unis des programmes de certificats, les Google Career Certificates. Pour quelque 400 dollars, des formations en ligne (qui ne sont pas encore offertes au Canada) peuvent mener à des carrières en soutien informatique, en analyse de données, en gestion de projets et en design d’interfaces.

Ces cours ne requièrent qu’environ six mois d’études à temps partiel, à partir de la maison, pour conduire à l’obtention d’un certificat. Et elles n’exigent aucune formation ni expérience préalables. Même si 61 % des étudiants inscrits n’ont pas de diplôme universitaire, des dizaines d’employeurs aux États-Unis reconnaissent déjà le certificat en soutien informatique de Google — la première mouture de cette formation a été lancée en 2018 et plus de 400 000 étudiants s’y sont depuis inscrits. Ceux qui obtiennent leur certificat décrochent des postes dont le salaire médian serait de plus de 70 000 dollars par année, selon l’entreprise.

AWS, la section infonuagique d’Amazon, propose aussi des formations de ce genre. En plus d’offrir par l’intermédiaire du programme AWS Educate des sortes de cours clés en main dont font usage une centaine d’établissements canadiens (comme l’École de technologie supérieure à Montréal), l’entreprise a lancé des formations semblables à celles de Google, grâce à AWS re/Start, un programme de 12 semaines offert depuis l’été dernier dans la région de Toronto. Selon la société, des finissants de re/Start aux États-Unis et au Royaume-Uni se seraient notamment trouvé un emploi dans des entreprises comme KPMG, Sage, Financial Times et Sony PlayStation.

Une telle voie de contournement du système d’éducation pourrait en inquiéter certains. Les universités et les cégeps enseignent plus qu’un métier : ils forment la pensée critique, permettent aux étudiants de développer leur réseau de contacts et les ouvrent à de nouvelles idées. Les compétences acquises dans le milieu de l’éducation sont aussi généralement transférables dans différents types d’emplois. Un spécialiste AWS formé par AWS est quant à lui restreint à l’écosystème d’Amazon.

La voie royale continue donc de passer par les études universitaires, mais les jeunes ne sont pas seuls à vouloir étudier. Et la perspective d’un retour à l’école refroidit de nombreux travailleurs qui aimeraient changer de carrière. Dans ce contexte, on peut comprendre que la flexibilité, l’efficacité et le faible coût des programmes offerts par les entreprises technologiques puissent séduire une bonne partie de la clientèle en recherche de formation. Google espère d’ailleurs ouvertement que son concept fera boule de neige et sera repris par d’autres, pour notamment résorber la pénurie de main-d’œuvre dans certains domaines.

Qu’on aime l’idée ou non, dans le domaine de l’éducation, l’effritement du monopole des établissements traditionnels semble désormais inévitable.

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