À quand un plan de littératie numérique ?

Il est grand temps de combattre notre méconnaissance des nouvelles technologies pour mieux comprendre les enjeux du XXIe siècle.

Photo : Stanislaw Pytel / Getty Images

Avant de finalement donner le feu vert à l’application de traçage de contacts financée par le fédéral, le gouvernement du Québec justifiait son refus d’avoir recours à cette technologie notamment par le manque d’appui de la population. Il suffisait toutefois de lire les commentaires sur Internet et d’en parler autour de soi pour comprendre que ce type d’application était bien plus incompris que mal-aimé.

Difficulté à relativiser les risques, incompréhension des mécanismes de traçage, méconnaissance des technologies mobiles : la moyenne des ours n’était souvent pas outillée pour se faire une tête. Et on ne parle pas seulement ici des voix qui s’inquiètent des puces 5G qu’on voudrait nous inoculer avec les vaccins. On parle aussi de citoyens ordinaires, de politiciens, de médecins et de journalistes.

Le manque de compétences numériques nuit aux Québécois dans toutes les sphères de leur vie. Il suffit pour s’en convaincre de constater les difficultés qu’ont les gens à gérer leurs mots de passe en ligne et les succès qu’accumulent les escrocs par courriel. Comment expliquer autrement les fortunes qu’amassent encore les « princes nigériens » en offrant leur héritage à qui veut bien ouvrir leurs pourriels ? Cette arnaque sévissait déjà dans les années 1990.

Ce manque de compétences va cependant au-delà du risque de fraude. Il limite désormais le débat public sur des questions importantes. Pour corriger la situation, il est grand temps de doter le Québec d’un plan de littératie numérique.

Commençons par une bonne nouvelle : une partie du travail est déjà accomplie, du moins pour les jeunes. Au Québec, il existe d’excellentes ressources pour les inciter à exercer leur esprit critique et à prendre des décisions éclairées quant aux enjeux de l’ère numérique. Le RÉCIT (un réseau axé sur le développement des compétences des élèves par l’intégration des technologies) a même mis au point une activité d’apprentissage poussée sur les applications de traçage. Les adultes de demain seront ainsi mieux outillés que ceux d’aujourd’hui, mais cela ne suffit pas. Il faut généraliser et systématiser cet enseignement de la « citoyenneté à l’ère du numérique », afin que tous y aient accès.

La formation des personnes qui ne sont plus sur les bancs d’école sera toutefois plus difficile.

Les médias, qui limitent souvent la couverture technologique aux pages économiques et au divertissement, auront certainement un rôle à jouer pour renverser la vapeur, mais il en faudra plus. Nous sommes par exemple bombardés d’informations sur les CELI et les REER, car la société et les banques jugent important que nous comprenions nos finances personnelles. Des chercheurs, des journalistes, des éducateurs, des politiciens et des technologues devraient se rassembler pour imaginer et mettre en œuvre un équivalent technologique de ces campagnes.

Les débats comme celui qui entoure les applis de traçage seront de plus en plus fréquents au cours des prochaines années. Il faudra bien être capable d’en discuter en toute connaissance de cause.

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