Billets de bus par téléphone : ce n’est qu’un début

Les habitants de Montréal et des environs peuvent depuis cette semaine acheter leurs billets d’autobus avec un téléphone intelligent. Ce projet pilote né des nécessités du confinement n’est toutefois que le début d’un plan beaucoup plus grand pour améliorer la mobilité dans la région. 

Un billet d'autobus acheté à Montréal avec l'application Transit (Photo : Maxime Johnson)

Depuis le 1er septembre, les usagers de la STM, du RTL, de la STL et d’exo ne sont plus obligés de faire un détour pour se procurer un billet d’autobus. En quelques tapotements sur leur téléphone intelligent, ils peuvent acheter et activer un titre valide pour 120 minutes sur l’ensemble du territoire de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). Il suffit ensuite de montrer ce titre au chauffeur en entrant dans l’autobus. L’initiative se poursuivra jusqu’à la fin de l’année, et les billets devront être validés au plus tard à la fin janvier 2021.

Le service n’est offert que pour les autobus, par l’intermédiaire des applications mobiles Chrono et Transit, et non pour le métro ou le train. « Depuis la fin du confinement, la demande la plus élevée est sur les réseaux d’autobus », note Simon Charbonneau, porte-parole de l’ARTM. Alors que l’achalandage dans les autobus est aujourd’hui à 50 % de ce qu’il était avant le début de la pandémie, celui du métro est à environ 30 %, et celui des trains à environ 10 %.

Le but est d’offrir une nouvelle façon de se procurer des billets en temps de pandémie, mais pas seulement. « On veut voir comment les gens vont s’approprier cette solution, s’ils vont avoir besoin de beaucoup d’accompagnement et quels sont les risques pour la fraude, notamment. C’est une première expérience qui va nous enseigner plusieurs éléments pour la suite », note le porte-parole de l’ARTM.

Une première étape vers la centrale de mobilité métropolitaine

La suite, c’est la centrale de mobilité métropolitaine, un service (aussi connu sous l’acronyme anglophone MaaS, pour Mobility as a Service) qui regroupe les différentes solutions de mobilité existant dans la région et qui les adapte aux besoins des utilisateurs. « Au bout du compte, on veut créer un point d’accès unique pour l’ensemble des services de mobilité offerts », explique Simon Charbonneau.

En ouvrant une application mobile comme Chrono de l’ARTM, un usager pourrait ainsi planifier un déplacement et acheter un billet qui lui permettrait d’emprunter un train de banlieue, puis le métro et finalement un Bixi, par exemple. Autopartage, vélopartage, covoiturage, trottinette électrique, REM : tous les moyens de transport proposés dans la région montréalaise pourraient être rassemblés dans la centrale de mobilité métropolitaine, ce qui faciliterait l’adoption de transports autres que l’auto en solo.

La centrale de mobilité métropolitaine devrait être lancée d’ici 2024, mais l’ARTM est en négociations avec le gouvernement pour accélérer sa mise en service. Avant d’en arriver là, l’Autorité doit notamment entreprendre une refonte tarifaire (pour passer de 17 grilles et de 700 titres à l’heure actuelle à une seule grille et une centaine de titres) et adopter un plan stratégique de développement.

L’Autorité devra aussi faire évoluer le système Opus, puisque les habitants de la région montréalaise n’utiliseront pas tous leur téléphone intelligent du jour au lendemain pour prendre les transports en commun. « Nous allons conserver les titres vendus à la billetterie. Nous ne ferons pas table rase », rassure le porte-parole de l’ARTM Simon Charbonneau.

Notons que l’Autorité ne lancera pas tous les services de la centrale de mobilité métropolitaine d’un seul coup. Il sera par exemple possible dès octobre de voir en temps réel sur son téléphone l’achalandage dans les autobus, les métros et les trains. L’achat de billets par carte de crédit à bord des autobus, en essai à Laval, sera aussi étendu prochainement aux autres villes de la région.

L’adoption de titres numériques et de la « mobilité en tant que service » pourrait être très avantageuse pour les utilisateurs.

« On pourrait par exemple accorder des prix réduits lorsqu’un usager passe d’un mode de transport à un autre. Si je sors d’un métro, un déplacement en trottinette pourrait être moins cher, puisqu’on sait que la personne est bel et bien en train de compléter un déplacement », illustre Sam Vermette, PDG de Transit, une application de transport basée dans le Mile End à Montréal. En plus de Montréal, où l’entreprise permet aussi de s’abonner au service de vélopartage Bixi, Transit propose des billets de transport en commun dans une vingtaine de villes dans le monde, dont Las Vegas et Denver aux États-Unis.

La centrale de mobilité métropolitaine permettra également d’améliorer la connaissance des différents réseaux. « Ça va nous donner les outils pour synchroniser l’offre à la demande », ajoute pour sa part Rémi Villeneuve, chef du système de transport intelligent à l’ARTM. En ayant une idée précise des intentions de déplacement des utilisateurs (lorsqu’ils cherchent un trajet à l’aide de l’application Chrono, par exemple), il sera possible d’adapter les services pour qu’ils répondent mieux aux besoins de la population.

Tracés de lignes d’autobus en fonction des besoins actuels, services améliorés dans les quartiers mal desservis où la demande est grande, nouveaux modes de déplacement pour enrichir le système de transport en commun : les billets numériques comme ceux lancés cette semaine ne font pas que faciliter les déplacements des utilisateurs. Ils assurent aussi une meilleure connaissance de leurs besoins, ce qui pourra au fil du temps améliorer la mobilité dans la région montréalaise.

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L’idée n’est pas mauvaise, mais elle ne sert que pour un usage occasionnel. La plupart des usagers possèdent une carte Opus. Et bien souvent un téléphone intelligent. Pour ajouter des titres à la carte Opus, l’usager doit le faire dans une station de métro ou auprès d’un détaillant autorisé. Il peut également le faire à distance en achetant un appareil conçu à cet effet, une méthode pour le moins saugrenue à mon avis.
Si l’ARTM voulait faire un réel pas en avant, elle offrirait à ceux et celles qui le désirent la possibilité d’ajouter des titres à la carte Opus par le biais d’une application pour téléphone intelligent. Une carte Opus virtuelle, en somme. La technologie permettant de mettre en place un tel système de paiement existe déjà. Il n’y manque que la volonté.

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