Ce que la 6G pourrait changer

Alors que les technologies de communications cellulaires 5G commencent à peine à être déployées au Canada, des milliers de chercheurs dans le monde préparent déjà la suite.

Crédit : metamorworks/Getty Images

La recherche entourant les réseaux de communications 6G est encore à l’étape préliminaire, où les ingénieurs des milieux privés et universitaires évaluent quelles pourraient être la vision et les cibles fixées pour cette future technologie. Quelles vitesses devront être atteintes ? Est-ce que les futurs réseaux intégreront de l’intelligence artificielle ? Quels types de fréquences seront utilisés ? Tout est encore sur la table. 

« On explore les différentes solutions techniques qui pourront être mises en place, ce qui permettra de jeter les bases de la 6G », résume Matti Latva-aho, professeur à l’Université d’Oulu, en Finlande, et directeur du 6G Flagship, un centre de recherche qui a déjà publié 12 livres blancs sur les futurs réseaux 6G.

À l’occasion du Forum économique international des Amériques, à Toronto, plusieurs experts impliqués dans la recherche ont discuté de ces futurs réseaux, le mercredi 10 novembre. On ignore encore de quoi ils auront l’air précisément et quelles seront leurs caractéristiques techniques, puisque le standard devrait être défini vers 2027, mais quelques grandes lignes se dessinent déjà à l’horizon.

Des réseaux plus robustes

La 4G était surtout une question de vitesse pour nous permettre d’avoir accès à tout Internet au bout de nos doigts sur nos téléphones intelligents. La 5G, elle, visait à réduire la consommation énergétique et à diminuer la latence (le temps que prend une information à être transmise sur un réseau) pour favoriser le déploiement de milliards d’objets connectés. L’un des principes fondamentaux de la 6G sera plutôt la robustesse.

 « C’est quelque chose qu’on a un peu raté avec la 5G », estime Magnus Frodigh, vice-président et chef de la recherche pour le géant des télécommunications Ericsson. « Si on veut que ces réseaux soient utilisés pour des services critiques, ils doivent être plus robustes et plus résilients qu’à l’heure actuelle », ajoute le chercheur.

Un chirurgien qui réaliserait une opération à distance sur un réseau 6G, par exemple, devrait pouvoir compter sur une connexion fiable.

Une couverture 6G mondiale

Un autre point soulevé par plusieurs experts au Forum des Amériques est la nécessité d’améliorer la couverture des réseaux cellulaires, que ce soit à l’intérieur dans les villes, dans les pays en développement ou dans les régions éloignées.

« Pour y arriver, il faudra probablement rassembler plusieurs technologies et faire en sorte que ce soit invisible pour l’utilisateur, qui passera de l’une à l’autre sans s’en rendre compte », prédit Matti Latva-aho, en entrevue avec L’actualité.  

Même s’il est encore tôt pour définir les futurs ingrédients de ce cocktail technologique, il semble que l’Internet satellitaire pourrait être une partie de la solution pour améliorer la connectivité dans des endroits mal desservis. D’autres technologies cellulaires moins performantes, mais qui offrent une grande portée, pourraient aussi être utilisées. « Tout n’a pas besoin d’être rapide. Si on a un capteur qui surveille les changements climatiques dans une région éloignée, une faible vitesse de transmission est suffisante », illustre le professeur.

Une autre solution à l’étude consiste à adopter de nouvelles fréquences de spectre, comme la bande de fréquences térahertz. « Ce sont de hautes fréquences qui ont une très courte propagation, elles pourraient donc servir principalement à l’intérieur », explique Matti Latva-aho.

Si de telles fréquences étaient utilisées, les téléphones et objets connectés pourraient se brancher non pas à une antenne cellulaire, mais plutôt à de petits appareils à l’intérieur des maisons et édifices, comme des routeurs. La consommation énergétique pour relier un téléphone ou un objet connecté au réseau serait plus faible (puisque les ondes doivent se propager sur quelques mètres tout au plus, et non sur de longues distances), et les vitesses, plus rapides. De plus, les réseaux cellulaires cesseraient d’être surchargés.

Une technologie qui inspirera davantage confiance

Pour le directeur du 6G Flagship, l’industrie doit profiter de la mise au point de la 6G pour mieux inspirer confiance qu’elle ne l’a fait avec les réseaux 5G, souvent décriés par différents groupes, que ce soit pour des raisons environnementales, de santé ou de surveillance.  

En ayant ces questions en tête dès la conception de ces futurs réseaux, plusieurs années avant leur déploiement (les premières versions de la 6G pourraient voir le jour vers la fin 2028), l’industrie espère pouvoir non seulement développer une technologie qui sera plus fiable, mais aussi mieux éduquer le public à son égard.

« Les réseaux cellulaires sont désormais une partie importante de l’infrastructure de la société. Le respect de la vie privée, la sécurité, la confiance et la santé sont les éléments majeurs auxquels nous devons faire attention. Nous n’avons pas le choix », estime Matti Latva-aho.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.