Cinq tendances du CES 2020

Les géants de l’électroniques sont rassemblés cette semaine au Consumer Electronics Show (CES), le plus grand salon technologique au monde. Voici les tendances à surveiller.

Moins de produits, plus de rêves

La voiture Vision AVTR de Mercedes-Benz. Photo : Maxime Johnson

Il est difficile pour les entreprises technologiques de toujours surprendre et espérer connaître du succès avec chaque idée. En 2020, le CES s’est un peu transformé en grand terrain d’exploration avec le lancement de plusieurs projets concepts. Certains sont conçus pour voir le jour, et d’autres ne seront jamais lancés.

Le fabricant Sony a par exemple surpris les participants au salon en présentant l’automobile électrique Vision-S. Même si la voiture fonctionne réellement — l’ingénierie et la construction ont été assurées par le fabricant canadien Magna — l’entreprise japonaise ne compte pas la lancer sur le marché. La Vision-S sert plutôt de carte de visite et démontre comment les produits Sony, comme ses capteurs, ses écrans et ses haut-parleurs, pourraient être utilisés par les fabricants automobiles.

Plusieurs fabricants automobiles ont d’ailleurs présenté des concepts au CES, dont certains étaient particulièrement éclatés, comme la Vision AVTR de Mercedes-Benz, qui se veut une imagination de quoi pourrait avoir l’air un véhicule dans le futur d’Avatar (avec des écailles, comme on peut le voir sur la photo ci-haut).

Le fabricant de téléphones intelligents OnePlus a pour sa part présenté le Concept One, un téléphone plaqué or avec une finition de cuir et, surtout, un verre polarisant pouvant cacher au besoin les appareils photo derrière l’appareil. En plus d’améliorer son allure, ce verre permet de filtrer les rayons du soleil lorsque l’éclairage est trop puissant pour prendre une photo optimale.

« Créer un téléphone concept nous permet d’explorer et de nouvelles technologies. Ensuite, nous pourrons la peaufiner, la rendre plus stable et la produire pour un marché de masse. Mais cette exploration est essentielle pour ne pas que copier ce que les autres font », croit Xi Zeng, directeur de produit responsable du Concept One chez OnePlus. Selon ce dernier, l’entreprise chinoise devrait répéter l’expérience au cours des prochaines années.

Les technologies alimentaires

Photo : Maxime Johnson

L’alimentation est présente plus que jamais cette année au CES. L’Impossible Pork, un faux porc haché à base de protéines végétales, retient particulièrement l’attention. L’entreprise américaine Impossible Foods qui s’était déjà fait remarquer l’année dernière avec le lancement de la seconde version de son faux bœuf a même distribué plus de 25 000 bouchées au salon.

« Le porc est la viande la plus vendue dans le monde, même si elle est interdite pour le tiers de la population, que ce soit pour des raisons religieuses ou culturelles », explique Pat Brown, fondateur et PDG d’Impossible Foods. La mission de l’entreprise étant de complètement éliminer les animaux de la chaîne alimentaire d’ici 2035, le porc était une cible évidente après le bœuf.

Au CES, L’actualité a goûté à l’Impossible Pork apprêté de différentes façons, notamment dans des dumplings, des nouilles asiatiques et des baos. La fausse viande goûtait surtout les assaisonnements qui l’accompagnaient, comme avec le porc, mais la texture était particulièrement réussie.

Pour IBM, l’alimentation s’est rapidement imposée comme un usage de choix pour sa technologie IBM Blockchains. En permettant à chaque partie de la chaîne alimentaire de s’identifier sur une chaîne de blocs, une sorte de base de données transparente et accessible à tous, l’entreprise espère offrir aux consommateurs une meilleure traçabilité de leurs aliments.

Concrètement, cela se traduira par le lancement en début d’année de l’application Thank my Farmer, qui permettra d’identifier avec un téléphone intelligent la provenance de chaque paquet de café de la marque 1850. « C’est une technologie qui devrait permettre avec le temps d’améliorer la confiance des consommateurs, mais aussi de réduire les intermédiaires dans l’alimentation », estime Jason Kelley, directeur général des services de la chaîne de bloc chez IBM.

Les écrans pliables

Photo : Maxime Johnson

Au CES 2020, les écrans pliables annoncés depuis plusieurs années commencent finalement à apparaître dans de véritables produits, comme des ordinateurs et des téléphones intelligents.

Plusieurs fabricants — Lenovo, Dell et Intel pour ne nommer que ceux-là — ont présenté des ordinateurs du genre, où les deux facettes sont en fait un seul grand écran pouvant être replié sur lui-même. La technologie permet d’utiliser les appareils de différentes façons, notamment comme un moniteur, un livre, une grande tablette ou un ordinateur portatif avec un clavier numérique ou un clavier sans fil détachable.

L’appareil le plus abouti au salon est le Lenovo X1 Fold, qui devrait être lancé vers le milieu de l’année pour environ 3250 $. Lorsque refermé, l’ordinateur a la forme et le poids d’un petit livre à couverture rigide. L’écran ne se replie pas complètement sur lui-même, mais l’espace entre les deux parties permet d’accueillir un clavier QWERTY sans fil.

« Nous avons de grosses attentes pour cette nouvelle catégorie. Nous croyons qu’il y a une bonne place sur le marché pour des appareils polyvalents du genre », estime Chris Fabes, chef des canaux chez Lenovo Canada.

Notons que la tendance était déjà dans l’air avant le CES, avec l’annonce à l’automne de l’ordinateur à deux écrans Surface Neo de Microsoft, et du système d’exploitation Windows 10X, une variante de Windows 10 conçue pour les écrans pliables et les ordinateurs à deux écrans. Samsung a aussi lancé le téléphone pliable Galaxy Fold en fin d’année.

La sexualité féminine arrive au salon

Photo : Maxime Johnson

Après s’être fait réprimander par la communauté techno l’année dernière pour avoir retiré un prix d’innovation à un objet sexuel féminin (prix qui a été redonné après la controverse), le CES accepte cette année les objets sexuels technologiques entre ses murs.

« On s’était toujours fait refuser l’accès au salon, même lorsqu’il y avait de la pornographie en réalité virtuelle », se désole Liz Klinger, cofondatrice de la jeune pousse Lioness. Son appareil, qui utilise une multitude de capteurs et des algorithmes pour permettre aux femmes de mieux apprendre à connaître leur corps, a pourtant tout d’un objet connecté relié à la santé comme on en voit tant dans le salon.

Après plusieurs années de présences clandestines — notamment en occupant une place dans l’espace occupé par l’Université de Californie à Berkeley —, Lioness a finalement son propre kiosque cette année, avec une dizaine d’autres entreprises du genre.

La technologie 8K gagne en maturité

Photo : Maxime Johnson

La résolution 8K, huit fois plus grande que la haute résolution, peut sembler lointaine pour les consommateurs qui recherchent encore bien souvent leur contenu 4K. Pour l’industrie électronique, la technologie se rapproche toutefois de plus en plus du grand public.

En plus d’une pléiade de téléviseurs qui seront dans les boutiques dès cette année, l’industrie s’est entendue récemment sur un standard pour s’assurer que les appareils 8K d’aujourd’hui soient compatibles avec le contenu de demain.

Parmi les modèles à retenir, notons la Q950TS de Samsung, une télé qui n’est entourée de pratiquement aucun cadre. Comme c’est généralement le cas, la télé convertira les images de qualité inférieure en résolution 8K, ce qui devrait permettre aux utilisateurs de profiter d’une image d’une bonne qualité, même sans contenu natif.

Les téléviseurs 8K seront encore chers pour quelques années, mais l’industrie s’attend à ce qu’ils occupent ensuite une partie de plus en plus grande du marché, à la manière des modèles 4K et HD avant eux.

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