Cinq tendances infonuagiques à surveiller

De l’informatique quantique à l’intelligence artificielle, plusieurs technologies transforment les centres de données d’aujourd’hui pour propulser les entreprises et les organisations de demain. 

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Voilà plus d’une dizaine d’années que les organisations ont commencé à transférer leurs infrastructures informatiques vers des centres de données publics. Au lieu d’acheter, maintenir et opérer un parc d’ordinateurs, celles-ci peuvent louer à distance les serveurs d’Amazon, Google, OVH ou autres Microsoft. Les organisations peuvent alors se concentrer sur leurs données et leurs applications plutôt que de gérer la mécanique derrière.

Tant des entreprises récentes (Netflix, DuProprio) que d’autres, établies depuis plus d’un siècle (La Presse, Goldman Sachs), fonctionnent en partie dans le « nuage ». Le gouvernement du Québec a aussi entrepris cette année de confier 80 % de ses données à ces centres de données publics.

L’infonuagique est l’une des transformations informatiques les plus importantes de la dernière décennie. Plusieurs tendances observées la semaine dernière à la conférence ReInvent 2019 d’AWS, où L’actualité était invité, indiquent comment la technologie pourrait maintenant influencer les organisations dans les années à venir.

Superordinateurs et infonuagique quantique

Les superordinateurs, ces ordinateurs regroupant jusqu’à des dizaines de milliers de processeurs et permettant d’effectuer des calculs complexes comme les prévisions météorologiques et la dynamique des fluides, sont généralement réservés à la recherche universitaire et aux industries spécialisées.

Les organisations dotées d’appareils du genre doivent souvent les conserver pendant plusieurs années et travailler avec le temps avec du matériel vieillissant et moins performant. Celles qui louent du temps dans un superordinateur public doivent quant à elles partager les ressources avec plusieurs. Le temps qui pourrait être passé par les scientifiques à améliorer leurs modèles est parfois perdu à contourner ces limites, en optimisant le code pour la puissance de calcul et la mémoire disponible, par exemple.

L’arrivée de superordinateurs dans le nuage change la donne. Dans la dernière année, des améliorations apportées à la vitesse à laquelle les serveurs peuvent communiquer entre eux ont permis à AWS, le bras infonuagique d’Amazon, d’offrir du calcul de haute performance à ses clients.

« On commence à voir des modèles météorologiques déployés sur AWS », se réjouit Peter DeSantis, vice-président responsable de l’infrastructure globale chez AWS. En regroupant des centaines de serveurs à la demande, l’entreprise permet désormais à n’importe qui, incluant les jeunes pousses qui en ont les moyens, d’avoir accès à une puissance de calcul qui leur était auparavant inaccessible.

Un ordinateur quantique de l’entreprise canadienne D-Wave Systems. Photo : D-Wave Systems.

Dans la même veine, AWS a aussi annoncé l’arrivée à ReInvent 2019 d’Amazon Braket, un nouveau service d’infonuagique quantique. Trois types d’ordinateurs quantiques différents sont désormais disponibles pour les clients de l’entreprise. Cette technologie perçue comme d’avenir devrait permettre à terme d’effectuer des calculs qui prendraient des années à résoudre avec l’informatique classique.

Il ne faut pas s’attendre à ce que l’infonuagique quantique transforme les entreprises dès 2020, cependant. « Toutes les tâches que vous pouvez faire aujourd’hui sur ces ordinateurs, vous pourriez les accomplir d’une façon traditionnelle », prévient Bill Vass, vice-président responsable de l’ingénierie chez AWS.

« Il va falloir attendre encore plusieurs années avant que l’informatique quantique ait un impact majeur sur les entreprises », croit aussi le PDG d’AWS Andy Jassy. « C’est toutefois une façon pour elles de se familiariser avec cette technologie et de faire des expériences. Ce n’était tout simplement pas possible pour elles de le faire auparavant », ajoute-t-il.

Notons que Microsoft a aussi annoncé l’arrivée de l’informatique quantique sur son service quantique Azure, avec le dévoilement le mois dernier d’Azure Quantum. Google et IBM ont pour leur part fait la manchette avec l’informatique quantique plus tôt cet automne, en annonçant avoir atteint la « suprématie quantique ».

Les nuages multiples

Les entreprises ne sont pas obligées de donner tous leurs contrats infonuagiques à un seul fournisseur. Plusieurs d’entre elles préfèrent d’ailleurs répartir leurs ressources informatiques entre plusieurs services différents. Il s’agit parfois d’un moyen de profiter des forces de chacun des nuages, ou encore de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Tant Microsoft, avec son service Azure Arc, que Google, avec son service Anthos, ont lancé cette année des outils permettant de simplifier certains déploiements « multi-cloud ». Dans une conférence plus tôt cette année, le fondateur du fournisseur français OVH Octave Klaba avait pour sa part affirmé que le concept représentait « le futur du cloud ».

Avec près de 50 % des parts de marché, AWS ne voit évidemment pas la chose de la même façon. L’expression n’a d’ailleurs pas été prononcée une seule fois dans les conférences principales de ReInvent 2019. Il s’agit néanmoins d’une stratégie à surveiller, puisque ses concurrents martèleront probablement ce message au cours des prochaines années.

Démocratiser l’IA

L’intelligence artificielle est omniprésente dans les services infonuagiques. Tous les principaux fournisseurs de services permettent d’entraîner des modèles complexes, ou encore d’utiliser des services où tout le travail a déjà été accompli (pour traduire automatiquement du texte, par exemple).

Entre ces deux niveaux, il y a toutefois encore tout un monde sous-exploité, pour les entreprises qui veulent développer leurs modèles d’apprentissage machine, mais qui n’ont pas l’expertise pour le faire.

Plusieurs outils ont été dévoilés à ReInvent pour simplifier cet entraînement et l’utilisation de ces modèles par la suite. SageMaker Autopilot analyse par exemple automatiquement les données d’une entreprise et entraîne différents modèles pour voir lequel s’y prête le mieux. L’outil permet aussi de comprendre quelles données affectent le plus les résultats obtenus, ce qui pourrait être une façon de détecter des biais avant de les déployer à grande échelle.

AWS a aussi produit une série d’appareils au cours des dernières années pour familiariser les développeurs à l’intelligence artificielle, comme une petite automobile autonome et un clavier pour composer de la musique avec l’intelligence artificielle.

Des développeurs apprennent à entraîner des modèles de réseaux antagonistes génératifs à l’aide du clavier DeepComposer à ReInvent 2019. Photo : Maxime Johnson.

« Se former à l’apprentissage machine peut être épeurant. Ces produits donnent aux développeurs la petite poussée nécessaire pour se lancer. Le but n’est pas de devenir un expert, mais d’être juste assez bon », croit le PDG d’AWS Andy Jassy.

L’arrivée d’outils permettant aux développeurs et aux scientifiques de données d’effectuer de l’apprentissage machine pourrait avoir un impact important dans la démocratisation de cette technologie, en la rendant accessible aux plus petites organisations qui n’ont actuellement pas les moyens d’en profiter, ou encore en permettant aux entreprises établies de démarrer des projets pilotes plus facilement.

Le nuage périphérique 5G

Avec la montée prévue de l’Internet des objets, ces objets connectés reliés en tout temps à l’Internet, les experts s’attendent à une croissance au cours des prochaines années de l’informatique de périphérie. Au lieu d’envoyer les informations captées par un capteur dans une culture de maïs à un centre de données situé à plusieurs centaines de kilomètres de là pour savoir s’il est le temps d’arroser le champ, l’informatique de périphérie traite les données sur place, pour ne renvoyer dans le nuage que la réponse de l’analyse.

AWS et Verizon ont annoncé à ReInvent le lancement de Wavelenght, un petit centre de données placé près des points de présence 5G de l’opérateur téléphonique américain.

Les usages qui nécessitent un temps de latence très bas, comme les voitures autonomes, devraient particulièrement bénéficier d’un nuage périphérique 5G du genre.

Le nuage hybride unique

Des serveurs AWS Outposts. Photo : AWS.

Les entreprises ne se lancent pas toujours complètement dans l’infonuagique. La transition se fait généralement étape par étape, avec quelques processus seulement qui sont transférés vers les centres de données des fournisseurs externes.

Il arrive aussi que certaines données doivent continuer d’être conservées dans les ordinateurs de l’entreprise, que ce soit pour des raisons légales ou encore pour profiter de la plus grande réactivité possible.

Pour ces utilisateurs, AWS a annoncé à ReInvent le lancement officiel d’Outpost, des serveurs identiques aux siens, offrant plusieurs des mêmes outils, mais qui peuvent être installés directement chez les clients.

Une technologie du genre pourrait notamment avoir un intérêt pour les données confidentielles, incluant les données militaires. Selon certains, l’approche hybride de Microsoft pourrait d’ailleurs être l’un des éléments qui auraient favorisé l’entreprise par rapport à AWS dans l’obtention du contrat JEDI du département de Défense des États-Unis en octobre dernier.

La croissance dans l’infonuagique pendant la dernière décennie a été marquée par les jeunes entreprises et celles qui étaient enthousiastes à l’idée de transférer leurs infrastructures dans le nuage. Plusieurs dont la transformation reste à faire ont probablement encore quelques réticences à effectuer le saut complètement. Offrir une solution hybride risque donc d’être essentiel pour attirer cette nouvelle vague d’organisations pendant la prochaine décennie.

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