Cuisiner pour les voisins

Les applications mobiles de livraison de nourriture permettront-elles un jour de faire profiter votre voisinage de votre délicieux pâté chinois ? Si les lois freinent encore cette petite révolution, l’industrie techno, elle, est prête à tenter l’aventure.

Photo : Nathalie Board / Eyeem / Getty Images

Les chauffeurs de taxi partagent la route avec quiconque est prêt à utiliser son temps et son véhicule pour conduire des gens grâce à l’application Uber. Les hôtels de partout dans le monde doivent partager le marché avec ceux qui louent leur logement sur la plateforme en ligne Airbnb. Les nouvelles technologies transforment les industries établies les unes après les autres, et la restauration pourrait bien être la prochaine sur la liste.

Déjà, des applications mobiles comme Skip the Dishes et Uber Eats facilitent la livraison de nourriture en mettant en relation citadins affamés et restaurants (900 à Montréal pour Skip the Dishes, 750 à Montréal et Laval pour Foodora). Quelques clics suffisent pour commander son repas, et il est ensuite possible de suivre le livreur pas à pas, du restaurant à la maison. Des logiciels de ce genre résolvent un défi perpétuel de la restauration, celui d’attirer de nouveaux clients. Ceux-ci n’ont pas besoin de connaître une adresse précise, ils n’ont qu’à ouvrir l’application, à rechercher « sushis », et tous les établissements à proximité s’affichent.

Ce phénomène commence déjà à transformer l’industrie partout dans le monde. Depuis quelques années, on observe dans des villes comme Toronto et New York l’arrivée de « cuisines fantômes », des restaurants qui abandonnent leur salle à manger et même leur comptoir pour se concentrer sur la livraison. Le concept permet d’économiser sur le personnel, l’équipement et le loyer, puisqu’une cuisine pour la livraison n’a pas besoin d’être située dans une rue passante. Au Canada, 150 cuisines du genre sont présentes sur Skip the Dishes.

L’avènement des cuisines fantômes pourrait bien n’être que la première transformation provoquée par les applications de livraison. La Californie a en effet adopté en 2018 la loi AB-626, pour laquelle militait notamment Airbnb, qui permet à des cordons-bleus ordinaires, qui cuisinent à la maison, de vendre leur nourriture. La loi limite les ventes à 60 repas par semaine et les revenus à 50 000 dollars américains par année, mais il est quand même plus facile de s’y conformer que d’obtenir un permis traditionnel pour la restauration. Notons qu’aucun règlement en ce sens n’est prévu au Québec, mais le MAPAQ, qui encadre le milieu de la restauration, dit être « au courant de la situation et surveiller l’intérêt des citoyens ».

L’« économie des cuisiniers à la maison » risque de déplaire aux restaurateurs. Même si, tout comme certains refusent de dormir chez des étrangers en utilisant Airbnb, la majorité des gens préféreront avoir l’assurance d’un repas préparé par un professionnel. Reste que, une fois les conditions de salubrité démontrées, cette pratique pourrait être bénéfique pour beaucoup, comme les chefs amateurs qui souhaitent faire profiter les autres de leur talent. En Californie, la loi AB-626 était d’ailleurs présentée au départ comme un outil d’émancipation pour les immigrants sans emploi.

Reste à voir si les déménageurs accepteront de remplacer la sempiternelle pizza du 1er juillet par un pâté chinois maison.

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