Déluge de fuites éthiques contre les géants technos

Chez Facebook comme chez Amazon ou Google, une nouvelle menace est sur l’écran radar des grands patrons : des employés qui deviennent des lanceurs d’alerte pour dénoncer les politiques et comportements douteux de leur employeur. 

Coral222/Getty images, montage : l’Actualité

Les géants technos redoublent d’efforts depuis plusieurs années pour préserver leurs secrets commerciaux, notamment avant de dévoiler de nouveaux produits. Ainsi, les journalistes doivent souvent signer des ententes de confidentialité pour recevoir des informations exclusives, et les mesures de sécurité entourant les prototypes de nouveautés peuvent sembler extrêmes.

Ces entreprises sont toutefois de plus en plus aux prises avec un autre genre de fuites, éthiques, où des employés mécontents ne divulguent pas des informations liées aux lancements à venir, mais mettent plutôt en avant les effets pas toujours enviables de leur employeur sur la société.  

Une semaine pénible pour Facebook

Les lanceurs d’alerte dans l’industrie privée ne datent pas d’hier, ni l’activisme d’employés, qui est à la hausse depuis quelques années, mais il suffit de lire les récentes actualités à propos de Facebook pour se convaincre de l’étendue du phénomène.

Le quotidien The Wall Street Journal a publié tout au long de la semaine dernière une série d’articles intitulée The Facebook Files (les documents Facebook), qui fait mal paraître le réseau social. On y apprend que des personnalités importantes ne sont pas soumises aux mêmes règles que les autres, que Facebook sait depuis des années à quel point son application Instagram est toxique pour les adolescentes et que les efforts de l’entreprise contre le trafic humain sont insuffisants.

Les cinq articles de la série ont été rédigés à l’aide de documents internes, comme des rapports et des comptes rendus de discussions entre employés, mais aussi grâce à des entrevues avec des lanceurs d’alerte.

Quelques jours plus tard, c’était au tour du New York Times de publier sa propre enquête, en s’appuyant également sur des sources internes. On y apprenait l’existence d’Amplify, un projet approuvé par Mark Zuckerberg pour se distancier des scandales entourant son entreprise et pour privilégier sur Facebook les articles positifs la concernant.

Le reste des GAFA y goûte aussi

Il n’y a pas que Facebook qui est aux prises avec des lanceurs d’alerte.

Au cours des derniers mois, Amazon, Apple et Google ont aussi vu à plusieurs reprises surgir dans les médias certaines de leurs discussions internes et pratiques parfois douteuses, comme la destruction de milliers d’objets neufs chaque jour par Amazon ou un retour au bureau précipité pour les employés d’Apple en temps de pandémie.

Mardi soir, le PDG d’Apple, Tim Cook, a même envoyé à ses employés un courriel affirmant que l’entreprise faisait « tout en son pouvoir pour identifier ceux qui divulguent » des informations confidentielles. Le courriel, en entier, était publié sur le site spécialisé The Verge quelques heures plus tard.

Encore une fois, ce n’est pas l’existence de lanceurs d’alerte ou de sources confidentielles qui est nouvelle, mais bien la fréquence à laquelle ces enquêtes sont désormais publiées et la rapidité avec laquelle des informations privées deviennent publiques.

L’importance de protéger les lanceurs d’alerte

Il est facile d’imaginer ce qui incite les lanceurs d’alerte à prendre de tels risques.

Les géants technos ont une influence unique dans l’histoire sur l’opinion publique et sur des enjeux mondiaux. Comme le fait remarquer Jonathan Zittrain, professeur de droit à l’Université Harvard, en analysant les dernières enquêtes liées à Facebook, une entreprise comme Facebook devrait en conséquence avoir « la responsabilité d’agir en fonction de l’intérêt public ».

Pour ces employés, la responsabilité des entreprises technos est trop grande pour qu’ils demeurent silencieux devant leurs dérives ou leur inaction, même s’ils risquent de perdre leur emploi ou de se faire mettre sur une liste noire par les entreprises concurrentes, comme c’est arrivé par le passé. 

D’où l’importance d’avoir des lois fortes pour les protéger. Malheureusement, ce n’est pas notre cas. Le Canada a en effet récemment été classé bon dernier dans un palmarès mondial pour la qualité de ses lois protégeant les lanceurs d’alerte. Plus de 12 millions de travailleurs canadiens du secteur privé ne seraient d’ailleurs pas adéquatement couverts par celles-ci. Maintenant que les élections sont derrière nous, voilà une belle occasion de rappeler qu’il serait grand temps d’y remédier.

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Comment faire son bout de chemin comme consommateur? On peut toujours fermer son compte Facebook, ce n’est pas catastrophique. Mais pour Apple ou Google/Alphabet c’est une autre paire de manches. Renoncer à son iPhone ou à son mobile Androïd n’est pas possible en 2021. On a besoin de ces appareils qui ne sont plus que des téléphones.

Toutes ces compagnies qui proposent des services sur internet nous oblige à accepter n’importe quoi pour pouvoir les utiliser. Des dizaines de pages dans un langage juridique obscur exigeant qu’on accepte tout ce qu’elles ont besoin pour éviter toute responsabilité et protéger tous leurs droits ne sont qu’exceptionnellement lues par les utilisateurs car refuser d’accepter en bloc nous empêche de s’en servir. Il est grand temps que les gouvernements les mettent au pas en leur retirant les protections contre les poursuites relatives au contenu, qu’ils les soumettent aux mêmes contraintes que les médias d’information, qu’ils protègent adéquatement les lanceurs d’alertes et que les conseils de presse puissent les enquêter lors de manquements aux règles éthiques.

Il devrait y avoir des limites à l’accumulation de données sur les individus. Peut-être est-il temps de taxer le volume de données accumulées dans leur serveur pour les forcer à ne conserver que l’essentiel plutôt que tout ce qui circule sur internet. Les algorithmes qui permettent une intrusion dans la vie privée des gens devraient être interdit.

La protection de la vie privée, l’encadrement éthique des entreprises privées permettant une saine concurrence, sont la responsabilité de nos gouvernements. Le laisser-faire qui prévaut depuis des années nous conduit à un capitalisme sauvage au profit du très petit nombre et au détriment des masses.

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Merci Mr Michaud, vraiment intéressant votre commentaire.
Je suis tout t’a fait d’accord avec vous.
Les GAFA ont trop de pouvoir.

Mon contrat de Bell contient 18 pages de texte en petits caractères! Comme quoi ici aussi il y a du travail à faire.