Des technologies pour relancer les grands événements

Votre prochain bain de foule est peut-être pour bientôt, grâce aux efforts d’entreprises québécoises et canadiennes.

Bob Thomas / Getty Images

Un test qui détecte le virus de la COVID-19 en 15 secondes, une billetterie qui peut faire entrer des milliers de personnes par heure, des bracelets électroniques qui encadrent les déplacements sur le lieu et un système d’identification qui permet aux utilisateurs de partir et revenir sans se faire tester toutes les fois. Voilà les principaux éléments de la plateforme SES (Safe Entry System), que l’entreprise québécoise KrowdX souhaite déployer, d’ici quelques mois, dans des événements tels que les Jeux olympiques et les festivals de musique, mais aussi dans des endroits comme les bateaux de croisière et les parcs d’attractions.

KrowdX était, jusqu’ici, surtout connue pour ses logiciels permettant de faire interagir les spectateurs dans les concerts et les événements grâce à leur téléphone cellulaire. Forcée de se réinventer pendant la pandémie, elle s’est alliée à cinq partenaires — dont la montréalaise Connect&GO, qui fabrique les bracelets intelligents utilisés notamment au Festival d’été de Québec et aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en 2018 — afin de créer une série de protocoles et de technologies pour prendre en charge les foules pendant la crise de la COVID, et même par la suite.

L’entreprise québécoise KrowdX veut relancer les grands événements en temps de COVID-19 avec son Safe Entry System. (Photo : KrowdX)

Un système adaptable

Les organisateurs de chaque événement pourront choisir les volets du système qu’ils désirent mettre en place. Dans un festival qui ne dure qu’une journée, seul le test de détection pourrait être jugé nécessaire. Un amphithéâtre qui accueille de nombreux événements pourrait, pour sa part, demander les tests, le service de billetterie et les bracelets de gestion de foule. « On a monté un protocole d’entrée qui permet de créer des bulles COVID négatives », résume Annemarie Masson, partenaire associée de KrowdX. « On peut, par exemple, faire en sorte que les bracelets ne permettent d’aller que dans des zones précises, en installant des portails à certains endroits », explique Dominic Gagnon, PDG de Connect&GO. 

KrowdX est en discussion avec la Coupe du monde de football FIFA 2022, un événement d’envergure qui aurait probablement besoin d’une solution encore plus complète incluant des points de tests à l’aéroport, dans les hôtels et dans les stades, par exemple. Le personnel et les participants devraient alors se soumettre à un test toutes les 48 heures (pour s’assurer que la maladie n’est pas apparue entre-temps), et non à chaque passage à un point de contrôle.

« Dans ces cas-là, les résultats des tests sont notés sur une chaîne de blocs », précise le fondateur et chef de la technologie de KrowdX, Mario Perron, en référence à la technologie derrière les cryptomonnaies. « Nous avons créé ce qu’on appelle une identité numérique souveraine, soit un portefeuille numérique avec différents certificats, auquel seul son propriétaire (NDLR : celui qui a subi le test) a accès », poursuit-il.

En clair : si vous détenez un tel portefeuille numérique, vous êtes le seul à connaître votre résultat au test de la COVID. Les organisateurs ne voient pas ces renseignements. Toutefois, lorsque votre bracelet ou téléphone intelligent passe un point de contrôle, le système de sécurité peut savoir, par exemple, à quel moment vous avez subi votre plus récent test et quel était son résultat.

Un test en 15 secondes seulement

Peu importe la taille de l’événement, un outil de détection de la COVID extrêmement rapide sera nécessaire. Même un test en 15 minutes — comme ceux que possède le Québec en ce moment — ne serait pas suffisant pour gérer une foule de 100 000 personnes. KrowdX a plutôt choisi un test au graphène mis au point par l’entreprise albertaine GLC Medical, le GLCM SARS-CoV-2 Insta-Test. Le fabricant affirme que son produit, auquel la touche finale a été apportée au début de mars 2021, détecte dans la salive en 15 secondes le virus responsable de la COVID.

« Ça ne demande qu’un prélèvement de salive sous la langue, c’est donc très facile à utiliser », explique Donna Mandau, PDG de Graphene Leaders Canada, la société mère de GLC Medical. Contrairement aux tests nasopharyngés plus complexes à réaliser, celui-ci peut être fait par n’importe quel employé ayant suivi une formation de 15 minutes.

Le test de détection rapide SARS-CoV-2 Insta-Test de l’entreprise canadienne GLC Medical devrait détecter le virus de la COVID-19 en 15 secondes. (Photo : GLC Medical)

Précisons toutefois qu’au moment d’écrire ces lignes, le test en question n’est autorisé ni au Canada ni ailleurs dans le monde. L’étude clinique pour en mesurer l’efficacité débute le 15 mars et devrait durer de deux à trois semaines. L’entreprise espère obtenir une approbation de Santé Canada environ un mois plus tard. « Notre but est d’être sur le marché en mai ou en juin », dit la PDG.

Notons que le test est doté d’antigènes qui devraient permettre de détecter les différents variants du SRAS-CoV-2, mais aussi le coronavirus responsable du SRAS. À l’avenir, cet outil pourra d’ailleurs être modifié pour rechercher d’autres types de virus dans la salive. Il faut toutefois préciser que, comme tout test antigénique, celui-ci risque de produire des faux positifs et des faux négatifs. 

Des coûts prohibitifs ?

KrowdX s’attend à ce que les premiers tests de détection rapide coûtent environ une cinquantaine de dollars (ceux utilisés au Québec coûtent entre 55 et 102 dollars, a révélé Radio-Canada l’automne dernier), mais le prix devrait diminuer avec le temps. À cela, il faut ajouter le montant des autres composants du SES choisis par le client.

« C’est certain qu’au début, le prix est plus facile à accepter si le client a payé ses billets relativement cher. Ça vaut moins la peine si ton entrée coûte 10 dollars », croit Dominic Gagnon, de Connect&GO. Si tout se passe bien, l’un des premiers déploiements du SES devrait d’ailleurs avoir lieu à bord de bateaux de croisière, d’ici la fin du printemps.

« Mais peut-être que des subventions pourraient changer la donne, car les gouvernements voudront aider l’industrie touristique », ajoute la partenaire de KrowdX Annemarie Masson. Un pays pourrait ainsi décider de payer une partie des tests, plutôt que de forcer les entreprises à encaisser la hausse ou à la refiler à leurs clients.

 « Je crois même que certains pays vont imposer des solutions du genre pour la tenue de grands événements », estime pour sa part Mario Perron. Surtout que même si la vaccination va bon train dans les régions développées, ce n’est pas le cas partout, et ce n’est pas tout le monde qui accepte de se faire vacciner. Il est encore tôt pour le savoir, mais des chercheurs ont aussi émis l’hypothèse que la COVID pourrait devenir une infection saisonnière. Créer des bulles sécuritaires pourrait alors être la seule façon de relancer les événements d’envergure.

Avant d’en arriver là, il faudra évidemment qu’un test assez rapide soit approuvé et, au Québec du moins, que les grands rassemblements soient permis à nouveau.

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Merci pour cet article très intéressant… concernant une possibilité prometteuse!