[Entrevue] Malcolm Gladwell veut réinventer le livre audio

Pour la version audio de son nouveau livre Talking to Strangers, l’auteur et journaliste Malcolm Gladwell s’inspire des codes du balado. 

Photo : Maxime Johnson.

Talking to Strangers s’écoute comme un balado. Malcolm Gladwell ne fait pas qu’y lire pendant plus de huit heures les 400 pages de son dernier ouvrage. Sa narration est plutôt ponctuée d’entrevues, d’extraits d’archives et de scènes jouées par des comédiens. Le livre, qui tente de comprendre pourquoi l’humain est aussi mauvais dans ses interactions avec des étrangers, a même une chanson thème, qui revient tout au long de l’essai.

Pour ceux qui ont déjà écouté la série Revisionist History du même auteur, la ressemblance est frappante : Talking to Strangers aurait très bien pu être la cinquième saison du balado.

Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser un livre audio de cette façon?

Photo : Celeste Sloman

J’ai eu l’idée dès le début de Revisionist History il y a quatre ans. Je trouvais que de raconter des histoires avec des extraits sonores, de la musique et des archives enrichissait l’œuvre d’une façon impossible à faire dans un livre écrit.

Dès le début de ma recherche pour Talking to Strangers j’ai donc amassé des extraits audios, de la même façon que je l’aurais fait pour mon balado.

Votre travail sur le livre audio a-t-il influencé la rédaction du livre papier?

Je pense que oui. Plusieurs personnes m’ont dit que le livre ne se lit pas de la même façon que mes ouvrages précédents. Je savais tout au long du projet que j’allais réaliser un livre audio, alors j’écrivais autant un livre qu’un script. Ça a influencé le ton de l’œuvre.

Il y a aussi des moments où j’ai choisi d’utiliser des extraits principalement à cause de leur intérêt à l’audio. J’ai par exemple trouvé une vidéo YouTube de Sandra Bland. Si j’avais simplement écrit un livre, je ne l’aurais probablement pas utilisé. Mais c’était une bonne opportunité d’entendre sa voix à l’audio, de la façon dont elle voulait se faire entendre. Utiliser cet extrait audio m’a permis de montrer une dimension supplémentaire de ce personnage, ce qui n’aurait pas été possible à l’écrit seulement.

C’est la même chose avec l’interrogateur de la CIA. L’entendre parler change notre perspective sur lui.

Créer un livre audio augmenté de la sorte demande beaucoup de temps et d’argent. D’un angle purement financier, est-ce rentable?

En effet, c’est beaucoup plus cher à produire. Une équipe de plusieurs personnes a travaillé pendant des mois sur le projet. Mais si ça permet d’augmenter l’audience du livre, ça vaut la peine.

C’est d’ailleurs ce qu’on observe présentement. La réponse du public est phénoménale. J’ai même vendu plus d’exemplaires audios que papier de Talking to Strangers, ce qui ne se produit jamais habituellement.

Les ventes du livre audio ne semblent pas cannibaliser celles du livre papier non plus. Le concept semble vraiment rejoindre un nouveau public.

Quels genres de livres pourraient profiter d’un tel traitement?

Tout ouvrage où la dimension audio permet de mieux comprendre le sujet. Un traité intellectuel ou un livre sur les politiques publiques en économie n’en aurait pas besoin. Mais si tu rédiges les mémoires d’un musicien ou d’un politicien, là, tu veux entendre la musique et les discours.

Dès qu’il y a des performances publiques, ça devient super intéressant pour les livres audios.

Prévoyez-vous réaliser d’autres projets du genre avec votre entreprise de baladodiffusion Pushkin Industries?

Absolument, nous prévoyons en faire plus. Talking to Strangers était un essai, pour voir s’il y avait un marché pour quelque chose comme ça. Et la réponse est oui.

Mais ce ne sera pas seulement mes livres. Nous avons aussi d’autres projets, avec d’autres auteurs. On aime l’idée d’expérimenter avec cette forme.

Vous présentez Talking to Strangers comme un « nouveau genre de livre audio ». Avez-vous considéré trouver un autre nom pour définir le concept?

On y a pensé. Mais au final, on s’est dit que c’était secondaire. Il faut aussi comprendre que je ne cherche pas à posséder ce concept ni à empêcher les autres d’en faire. Je pense que plus d’auteurs réaliseront des livres audios du genre, plus le marché du livre grandira. Ce sera bon pour tout le monde.

Malcolm Gladwell sera de passage à Montréal le 1er octobre pour présenter Talking to Strangers.

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