Faut-il avoir peur de l’Apple Watch ?

Devant les tribunaux, les données amassées par la montre d’Apple pourraient très bien se retourner contre vous.

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Photo : Apple

J’ai eu une petite conversation avec mon iPhone, récemment.

«Siri ?
— En quoi puis-je vous être utile, Marc-André ?
Blogue_vie-numerique— Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ?
— Voici le résultat de ma recherche sur le Web pour “Gérez-vous de dire la vérité”.
— …»

L’assistante personnelle fournie par Apple devra trouver une meilleure réponse à cette question. Car un jour, elle pourrait être appelée à la barre des témoins en compagnie des multiples appareils «intelligents» qui recueillent nos données personnelles, y compris l’Apple Watch.

De la science-fiction ? Aucunement. En novembre 2014, un cabinet d’avocats de l’Alberta a utilisé les informations compilées par un bracelet du fabricant Fitbit qui enregistre activité physique, alimentation et sommeil, pour démontrer que sa cliente avait subi une perte d’autonomie à la suite d’un accident. Et qu’elle était en droit d’obtenir une compensation financière de son assureur.

Rien de mal à cela, direz-vous. Mais imaginez l’inverse : une compagnie d’assurances vous accuse d’avoir produit une réclamation mensongère et exige d’accéder aux données enregistrées par l’application de course de votre montre intelligente. Si celles-ci montrent que vous courez cinq kilomètres tous les samedis, bonne chance pour convaincre un tribunal que vous éprouvez de la difficulté à marcher depuis votre accident de travail !

«En droit, on peut forcer une personne à fournir les données qu’elle possède», explique Vincent Gautrais, professeur et titulaire de la Chaire en droit de la sécurité et des affaires électroniques de l’Université de Montréal. L’expert n’est pas convaincu qu’un juge accorderait une telle requête à un assureur, mais la possibilité existe qu’une compagnie tente le coup et reçoive une réponse positive.

Le risque ne touche pas seulement les sportifs qui enregistrent chaque levée d’haltères. Une montre intelligente amasse perpétuellement des informations sur son utilisateur. Tout comme les tablettes, les téléphones intelligents, les ordinateurs et les GPS.

Et ce n’est qu’un début. Car à en croire les prédictions des experts, 2015 sera l’année des objets connectés. En plus de l’Apple Watch, les magasins seront envahis par une foule de bidules pseudo-intelligents, allant de la brosse à dents au t-shirt en passant par le parapluie et la fourchette.

Ensemble, ces appareils «pourraient former une véritable “boîte noire” humaine», écrit Matthew Pearn, associé de Foster & Company, un cabinet d’avocats du Nouveau-Brunswick spécialisé dans les dossiers d’assurance.

La portée de cette boîte noire humaine risque de dépasser de loin les demandes de réclamation d’assurance. Une personne accusée de meurtre pourrait, par exemple, déposer les données compilées par l’application Apple Watch mesurant son sommeil pour démontrer qu’elle dormait au moment des faits. Un procureur pourrait quant à lui souligner que la fréquence cardiaque mesurée par la montre a augmenté de façon anormale à l’heure du crime.

Évidemment, il faudra prouver que c’était bel et bien la personne concernée qui utilisait l’appareil en question.

Les débats juridiques qui s’annoncent partout dans le monde seront déterminants. Si vous craignez que votre vie privée en sorte perdante, peut-être devriez-vous vous contenter d’une bonne vieille montre.

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1 commentaire
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« En droit, on peut forcer une personne à fournir les données qu’elle possède. »

Ah oui? Que fait-on du droit au silence, de la non-auto incrimination ? Une personne qui décide de ne pas parler, de ne rien dire, c’est fini : à moins de la torturer, personne n’obtiendra rien d’elle. Je me trompe ?