De Stadia à xCloud : ce n’est qu’un début pour le jeu vidéo sans console

Le jeu vidéo en diffusion de nouvelle génération arrive cette semaine au Canada. Tour d’horizon de ce qu’offre la technologie aujourd’hui et de ce qu’elle promet pour les joueurs de demain. 

Le service de diffusion Stadia de Google. Photo : Maxime Johnson.

TOU.TV présente ses vidéos sans demander de les télécharger au préalable. Google Docs rend possible l’écriture dans un navigateur Web. Et maintenant, le jeu vidéo en diffusion permet de jouer à un jeu installé non pas sur une console ou un ordinateur chez soi, mais plutôt dans un centre de données.

La technologie n’est pas entièrement nouvelle. Sony offre sa plateforme de diffusion PlayStation Now depuis cinq ans déjà. Mais alors que la qualité visuelle de ces services était jusqu’ici limitée, le lancement de Google Stadia mardi au Canada change la donne.

« Ça permet de jouer à des jeux d’une grande qualité de n’importe où, sans devoir acheter un ordinateur ou une console », résume Majd Bakar, vice-président et chef de l’ingénierie pour Stadia chez Google, en entrevue avec L’actualité. Avec des technologies d’encodage modernes, des serveurs puissants situés un peu partout sur la planète et des connexions Internet à la maison de plus en plus rapides, Stadia parvient presque à rivaliser avec les consoles quant à la qualité graphique et à la réactivité.

Les premiers échos de la presse spécialisée sont d’ailleurs à peu près unanimes : Stadia doit encore être peaufinée et la qualité n’atteint pas tout à fait celle des meilleures consoles. Or, la fidélité visuelle des jeux achetés impressionne, et ceux-ci sont tout à fait jouables si on possède une bonne connexion Internet (au moins 35 Mb/s pour atteindre la résolution 4K). Dès aujourd’hui, ceux qui achètent une manette Stadia peuvent ainsi jouer sur un téléphone à des jeux lourds, qui étaient jusqu’ici réservés aux ordinateurs les plus puissants.

Un joueur essaie le service de diffusion xCloud de Microsoft. Photo : Maxime Johnson.

En plus de Google, Microsoft offre un service du genre, Project xCloud, qui ne sera toutefois lancé au Canada qu’en 2020. Alors que Google souhaite faire sa place dans le marché du jeu vidéo dès maintenant, Microsoft voit plutôt la technologie comme un projet à long terme.

« C’est le début d’un long voyage. Il va falloir attendre encore des années avant que les jeux en diffusion soient capables d’offrir la même expérience que sur les consoles », prédit le chef de Xbox, Phil Spencer, en marge de la conférence de Microsoft X019 où L’actualité était invité.

En plus de Google et Microsoft, la jeune pousse européenne Shadow prévoit aussi offrir un service de jeux en diffusion haut de gamme en Europe en 2020, et Sony développe également une solution équivalente à l’heure actuelle.

Vers une démocratisation du jeu

Le jeu en diffusion s’adresse pour l’instant surtout aux enthousiastes technologiques. « Les premiers utilisateurs de Stadia sont ceux qui aiment essayer de nouvelles choses. Ce sont des joueurs qui sont intéressés par les technologies et les promesses de la diffusion », confirme Majd Bakar.

À terme, les plateformes espèrent toutefois rejoindre de nouveaux marchés. « En 2020, n’importe qui pourra essayer Stadia, sans acheter de nouvelle manette, sans prendre un abonnement payant et sans posséder de téléphone puissant », rappelle le vice-président. Stadia est un peu plus difficile d’accès pour l’instant, parce qu’il faut acheter un ensemble de départ pour l’essayer. Or, lorsque la version de base sera lancée dans les prochains mois, n’importe qui pourra jouer à un jeu s’il le désire, en achetant seulement le jeu lui-même.

Pour Phil Spencer, l’un des plus grands intérêts à court terme est de rejoindre des pays où les consoles n’ont à peu près aucune part de marché. « Prenons l’Inde, par exemple. Il y a énormément de téléphones, mais à peu près pas de PC de jeux et de consoles. Pour les consommateurs, ça va être leur première expérience avec les marques Xbox », se réjouit le chef de Xbox.

De nouveaux partenaires pour le jeu vidéo

Pour les entreprises, l’arrivée du jeu en diffusion représente aussi une opportunité de développer des partenariats. « Dans un pays où il n’y a pas de magasins de jeux, les fournisseurs de téléphones seront par exemple le meilleur endroit pour expliquer ce qu’est xCloud », croit Phil Spencer.

Les services de diffusion de jeu pourraient aussi devenir un argument de vente de taille pour les fournisseurs de services Internet, qui cherchent toujours à offrir des forfaits plus gros et plus rapides. Ces services consomment après tout jusqu’à 20 Go de données par heure, et nécessitent des connexions Internet puissantes pour bien fonctionner.

D’ici quelques années, le jeu en diffusion pourrait aussi profiter de l’arrivée des réseaux sans fil 5G. « Dans nos laboratoires, Stadia fonctionne très bien en 5 G. En théorie, tout devrait bien aller, mais il faudra voir comment les opérateurs vont déployer la technologie », nuance toutefois Majd Bakar.

Des jeux adaptés à la diffusion

Les jeux offerts en diffusion — il y en a 22 sur Stadia et 50 sur xCloud — sont dans l’ensemble les mêmes que sur les consoles et les ordinateurs. Ce n’est toutefois qu’une question de temps avant que de nouveaux titres soient développés avec cette technologie en tête.

« On travaille avec plusieurs développeurs qui sont intéressés à ça, mais il va falloir attendre encore un an ou deux avant que les premiers jeux soient prêts », confirme Majd Bakar. D’ailleurs, Stadia a ouvert cet automne un nouveau studio de jeux à Montréal, piloté par la productrice vétérane Jade Raymond, qui développe des jeux spécifiquement pour le service.

Un jeu conçu pour la diffusion pourrait notamment profiter de la puissance accrue des centres de données pour créer des mondes en ligne accessibles par des milliers de personnes simultanément, ou encore concevoir des expériences qui profitent du fait qu’un jeu peut être lancé rapidement de n’importe où.

Pour Majd Bakar, l’arrivée de Stadia sur le marché devrait permettre d’en apprendre plus sur ce que les joueurs recherchent. « On va voir par exemple les genres de jeux qu’ils préfèrent en diffusion, si le fait de jouer de partout change les comportements et quelles sont les fonctionnalités qui les intéressent », explique le vice-président.

Maintenant que la technologie est là, les développeurs peuvent donc commencer à tenter d’en tirer profit le mieux possible.

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