Il est temps de jaser «sexfie»

Un article de VRAK.TV sur les égoportraits érotiques a récemment suscité l’indignation au Québec. Le sujet mérite néanmoins d’être discuté d’une façon plus nuancée, surtout en famille et dans les écoles.

Photo : iStockPhoto

L’envoi de «sexfies» chez les ados est en vogue. Selon une métaétude réalisée l’année dernière par la professeure assistante au département de psychologie de l’Université de Calgary Sheri Madigan, un adolescent sur sept aurait déjà envoyé une photo dénudée de lui. Et ce n’est peut-être là que la pointe de l’iceberg.

Dans la réalité, cette statistique pourrait en effet être encore plus grande, puisque les premières études analysées par Sheri Madigan remontent à 2009, avant l’ubiquité des téléphones intelligents chez les jeunes. «Le pourcentage a augmenté significativement avec les années et il continue d’augmenter», explique la professeure assistante. Les adolescents plus âgés, ainsi que ceux qui sont en couple, ont également tendance à envoyer plus de photos dénudées d’eux-mêmes. Une étude de l’organisme HabiloMédias publiée l’année dernière indique d’ailleurs que 41% des adolescents auraient déjà partagé une photo intime.

«Les adolescents ont moins de relations sexuelles qu’auparavant, mais l’envoi de messages érotiques est en hausse. Les parents doivent reconnaître que leurs enfants expriment maintenant leur comportement sexuel de cette façon, par le biais de leur téléphone», note Sheri Madigan.

L’envoi d’égoportraits en tenue d’Adam n’est pas qu’une affaire d’ados. Ce sont en fait surtout les jeunes adultes qui s’adonnent à la pratique. Des plus vieux le font aussi.

Les risques encourus sont pourtant nombreux. Des ex-partenaires mécontents peuvent par exemple diffuser des clichés pris dans l’intimité pour se venger. Ces photos ne sont jamais non plus à l’abri de pirates informatiques, comme peuvent en témoigner des dizaines de célébrités, surtout féminines, victimes de la diffusion sur Internet de plus de 500 images personnelles en 2014.

Ces photos peuvent aussi être utilisées comme outil de chantage, comme l’a appris à ses dépens le PDG et fondateur d’Amazon Jeff Bezos, qui a annoncé cette semaine que des égoportraits intimes de lui avaient été obtenus par l’éditeur d’un tabloïd à potins américain qui tente depuis de faire pression sur l’entrepreneur.

«Un adolescent peut emprunter le téléphone d’un ami, découvrir des photos et les partager pour faire une blague», ajoute Valérie Morency, une sexologue spécialisée en éducation à la sexualité. Les conséquences peuvent être grandes pour la victime, notamment par rapport à son amour-propre et à sa réputation. Une mineure montréalaise avait d’ailleurs tenté de mettre fin à ses jours il y a deux ans après qu’un ex-petit ami eut menacé d’envoyer des photos d’elle à toute son école.

«Des sextos peuvent être envoyés entre deux individus consentants. Mais quand ils sont repartagés en dehors de ce couloir d’intimité, ça devient une forme d’agression sexuelle virtuelle», rappelle la sexologue.

Réactions intenses au Québec

La liste des risques associés à la pratique est longue. C’est probablement pour cette raison que l’article «10 trucs pour réussir ton sexfie sans ruiner ta réputation» publié sur le site de la chaîne de télé VRAK a été vilipendé de la sorte sur la place publique cette semaine au Québec, même si celui-ci prônait la prudence malgré son titre racoleur.

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a même pris part au débat sur Twitter, expliquant que, pour lui, le «meilleur truc pour réussir son ‘sexfie’, c’est de ne pas en faire du tout».

Comme avec la sexualité chez les jeunes en général, prôner l’abstinence n’est pourtant pas le meilleur moyen de diminuer les risques. «On ne peut pas seulement dire « ne le faites pas »», estime Sheri Madigan. «Beaucoup de recherches ont été effectuées pour mesurer la promotion de l’abstinence. Par rapport au sexe en général, ce n’est pas vraiment efficace, et j’imagine que cela ne sera pas plus pour le sextage», poursuit la chercheuse.

Comment en parler à son ado?

Les parents devraient commencer à aborder les questions numériques avec leurs enfants dès le primaire, puis maintenir un dialogue à mesure qu’ils grandissent. «On veut emmener les jeunes à faire leur propre choix», explique Valérie Morency, qui tient des ateliers à travers les écoles du Québec pour parler de sexualité.

«Le sexto n’est pas mal en soi, c’est une nouvelle façon de séduire, ça fait partie de la vie intime des jeunes. On n’entend jamais parler des belles histoires reliées aux sextos, mais ça peut bien se passer. Il faut toutefois leur faire prendre conscience des risques», nuance la sexologue. Cet apprentissage peut notamment se faire à l’aide de mises en situations concrètes pour les adolescents.

La question n’est pas qu’éthique, elle est aussi légale. Le partage non consensuel de sexto est un crime. «Chez les ados, c’est de la diffusion de pornographie juvénile», rappelle Valérie Morency.

«Moi ce que je déplore, c’est qu’on rend souvent les victimes coupables. Mais il faut aussi responsabiliser la personne qui reçoit l’image. C’est à elle de ne pas la transférer à d’autres», note la sexologue. Pour cette dernière, les parents et enseignants doivent donc enseigner l’empathie et le respect. «Un jeune n’aimerait pas qu’une photo qu’il envoie soit repartagée. Il ne doit donc pas le faire lui-même ni ridiculiser la personne qui l’a envoyée», ajoute-t-elle. Il devrait aussi effacer la photo reçue pour éviter que quelqu’un d’autre la trouve ensuite, par exemple.

Les discussions des parents avec leurs adolescents ne doivent pas se limiter à interdire la pratique. Il faut leur enseigner comment utiliser l’Internet de la bonne façon, prendre les bonnes décisions et réduire les risques. Les parents doivent avoir un dialogue nuancé et ouvert avec les jeunes, et non simplement rejeter le débat du revers de la main comme on l’a observé à la suite de l’article de VRAK cette semaine.

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7 commentaires
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On devrait surtout expliquer à ces jeunes comment ces photos peuvent leur nuire plus tard dans leurs relations et dans leur carrière car elles seront là pour l’éternité!

Vous oubliez photoshop. On peut mettre n’importe quelle tête sur un corps dénudé, et modifier la photo pour qu’elle ressemble à la personne qu’on veut attaquer. Certains peuvent aussi publier un sexto, sans visage apparent, en prétendant qu’il vient d’une personne en particulier, mais sans qu’on puisse vraiment savoir si c’est vrai.

De plus, une jeune femme peut aussi se venger de son chum en publiant un sexto qu’elle a reçu et en poursuivant le garçon pour harcèlement sexuel, et ce, peu importe si elle était consentante à recevoir ce sexto.

Je suis vieux jeu, je sais, mais je crois que certaines notions ont été balayées sous le tapis depuis quelques décennies et qui, selon les puristes de la bien-pensance moderne, ne doivent surtout pas être ramenées, car nous sommes en 2019, comme si le monde avait commencé ce matin.
Je pense entre autre à la ¨morale¨ qui n’a pas besoin d’être religieuse mais juste civique. Je pense au respect de soi et d’autrui qui manque atrocement aujourd’hui. Je pense aussi au ¨ fais aux autres ce que tu veux qu’on te fasse¨ (qui pourrait être écrit au négatif aussi). Juste ces trois valeurs éviterait bien des dérives, et pas seulement aux jeunes mais à tous.
Mais non, aujourd’hui, on aime mieux mettre un pansement sur une jambe de bois ! On aime mieux essayer de corriger après que la gangrène soit bien installée. On se dit que les ¨psy¨ vont tout régler par des tours de magie psychanalytiques et nos docteurs vont régler une partie du problème avec le ritalin.
Eh bien, continuons d’avancer vers le précipice, un pas à la fois, mais surement.
Après ça, on se posera cette béate question: ¨ Comment notre société si avancée a-t-elle pu en arriver là ¨?
Je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce qui peut pousser les très jeunes (11-12-13 ans)à se photographier ou se filmer tout nu et envoyer ça à des ¨amis¨ ?
Notre société a un sérieux problème de laxisme, de laisser aller, de lâcheté.

Les jeunes ont toujours été curieux de nature. L’exploration sexuelle fait partie de cette curiosité et, aujourd’hui, au lieu de jouer aux docteurs, ils prennent des photos.

Le danger ici, C’est qu’après avoir « jouer au docteur », le souvenir n’est présent que dans l’esprit des « joueurs ». Les photos peuvent ce trouver n’importe où. Et souvent beaucoup plus loin que le « sujet » de la photo l’aurais souhaité.

@ M B.
Certes, il est vrai que la curiosité fait partie de la nature des jeunes, et c’est bien ainsi, sauf que… il y a des limites. Des balises sont manquantes, et ces balises, c’est l’orientation adulte qui n’y est plus. On tente de nous faire croire que les jeunes n’ont pas besoin d’autorités, d’être guidés ( je ne dis pas ¨contrôlés¨) alors que c’est totalement faux.
Vous êtes un adulte (sans doute) et vous avez besoin de lignes jaunes sur la route, de signalisations pour vous dire où aller. Vous avez besoin de lois pour vous faire comprendre qu’il ne faut pas tuer ou faire de torts à votre prochain, etc, etc. et on veut nous faire croire que les jeunes n’ont besoin de rien pour bien grandir ??? Balivernes.

Vrak.tv ses pas la que Jean-François Harrisson fesait la plupart de ses emissions? Ca l’air d’un beau repere de prete ca!