Jade Raymond, féministe chez les gamers

L’actualité l’a rencontrée à l’événement EA Play, en marge du Electronic Entertainement Expo (E3) de Los Angeles.

LOS ANGELES — Dans une industrie dominée à 85 % par les hommes, Jade Raymond fait figure d’icône. La productrice montréalaise a passé une dizaine d’années chez Ubisoft, où elle a notamment développé les premières éditions du jeu d’Assassin’s Creed, avant de quitter l’entreprise en 2014.

Jade Raymond
Jade Raymond

Electronic Arts l’a recrutée l’an dernier pour diriger son nouveau studio montréalais Motive, responsable des très attendus jeux de la série Star Wars, en collaboration avec le studio californien Visceral.

Celle qui partage sa vie entre Montréal et Redwood est devenue l’une des figures les plus respectées du milieu. L’actualité l’a rencontrée à l’événement EA Play, en marge du Electronic Entertainement Expo (E3) de Los Angeles, où nous avons été invité dans le cadre d’une mission commerciale de la Chambre de commerce de Montréal et de l’Alliance numérique..

D’abord, nous sommes à un coin de rue de l’E3. EA a décidé de bouder l’événement pour organiser un événement parallèle. Quel est le message que vous voulez envoyer?

L’idée, c’est de se concentrer exclusivement sur les joueurs. Et selon notre évaluation, l’E3 n’est plus tellement axée là-dessus. L’industrie a changé depuis 10 ans, mais l’E3 n’a pas suivi. Nous voulions simplement ouvrir les portes aux joueurs, les accueillir et qu’ils parlent de nous. C’est une stratégie qui fonctionne assez bien.

Vous êtes étroitement associée à Ubisoft, où vous avez marqué l’industrie. Maintenant chez EA, quelles différences voyez-vous dans la philosophie des deux entreprises?

Yves (Guillemot, PDG d’Ubisoft), c’est vraiment son entreprise. Même si ça a grandi, c’est encore familial comme approche, y a des cousins et des cousines qui y travaillent.

EA, c’est autre chose: c’est 10 fois la taille d’Ubisoft. Elle vaut plus de 22 millards de dollars en bourse contre 3,4 milliards pour Ubisoft. La façon de fonctionner, c’est celle des grandes entreprises américaines, axée sur les processus de commerce et les profits. Et plus de structures, même si c’est assez horizontal.

Bien sûr, c’est beaucoup de pression, mais j’aime ça. C’est un moteur qui me force à être disciplinée. On dépense des centaines de millions dans le développement d’un jeu, ça a du sens qu’on le traite d’une façon business.

Parlant de pression, vous êtes responsables du développement des jeux dérivés des nouveaux films Star Wars. Y a beaucoup de gens dans l’industrie qui aimeraient être à votre place. Comment vous abordez ça?

Les fans sont tellement au fait de l’univers Star Wars, il faut livrer quelque chose à la hauteur des attentes. En ce sens, il y a de la pression. Il y a un grand portfolio et plusieurs équipes.

Surtout que J.J. Abrams a livré la marchandise avec son premier film. Nous devons nous inspirer de sa vision. On a accès aux scripts des prochains films, deux à trois ans à l’avance, et c’est dans cet univers qu’on doit camper notre jeu. Ce sera une nouvelle histoire imbriquée dans les parties connues.

Ce n’est pas un hasard si Montréal est au coeur de ce projet, et de beaucoup de succès dans l’industrie. Qu’est-ce qui explique l’importance de Montréal?

Y a tellement de talents à Montréal, ça ne se compare pas. Surtout pour le type de jeux qu’on a fait… On a Eidos, Warner, Bethesda qui se sont implantées, ce n’est pas pour rien. Selon moi, les développeurs offrent un équilibre entre les valeurs européennes et l’approche américaine. Et puis, bon, avec l’hiver, on reste à l’intérieur pour développer…!

Le film Assassin’s Creed, dérivé du jeu vidéo dont vous avez produit les premiers épisodes, sortira en décembre, avec Michael Fassbender et Marion Cotillard. Vous sentez qu’il y a une part de vous là-dedans?

J’espère surtout que le film sera bon! On avait créé ça avec une petite équipe, et c’est devenu un succès inimaginable avec plus de 95 millions de copies vendues. Je souhaite que le film reflète aussi le succès.

Dans presque tous les portraits qu’on lit de vous, on commence avec votre beauté, ce qui très réducteur. Vous êtes une femme très en vue dans un univers très masculin, où l’écrasante majorité des jeux mettent encore en vedette des personnages masculins dans des guerres entre hommes. Vous considérez-vous comme féministe?

Oui, je suis féministe. Et je serais très mal placée pour ne pas l’être dans un milieu où il manque tellement de femmes! Ça s’améliore un peu, mais pas suffisamment. Mais même si ce sont des jeux qu’on associe souvent à un univers masculin, y a presque autant de femmes qui y jouent. Et moi, il faut que le jeu me parle aussi.

Cela dit, j’aime être présente d’une façon assez publique, parce que des femmes m’ont dit que ça les avait encouragées à entrer dans l’industrie. Il y a bien sûr des pour et des contre à assumer cette image. Mais si c’est pour encourager des femmes à s’y intéresser, c’est un rôle que j’ai envie d’assumer.

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