La 5G, objet du désir… et de toutes les peurs

La 5G est devenue un enjeu controversé et cristallise toutes les préoccupations de la société. Et si on en parlait calmement ? Les précisions d’un professeur en communication internationale.

Crédit : iStockPhoto

L’avènement de la 5G soulève maintes préoccupations et inquiétudes au sein de la population, au point où des mouvements « anti-5G » sont apparus dans différents pays au cours des derniers mois.

Certains groupes d’extrême droite ont même développé des théories du complot établissant des liens inexistants entre la 5G et la pandémie de COVID-19. Certains militants sont allés jusqu’à incendier des tours de télécommunications notamment en Belgique, aux Pays-Bas, et récemment au Québec. Un couple de Sainte-Adèle a été formellement accusé d’avoir mis le feu à deux tours de téléphonie cellulaire. Ils seraient les auteurs d’une vague d’incendies qui ont endommagé au moins sept tours de téléphonie sur la couronne nord de Montréal.

Les fausses nouvelles concernant la 5G, relayées notamment par des influenceurs et des vedettes, se sont propagées à une vitesse fulgurante sur les réseaux sociaux, renforçant les craintes des citoyens qui suspectaient déjà des effets potentiels de la 5G sur la santé.

Ces théories du complot soutiennent, par exemple, que la propagation du virus à partir de l’épicentre de la pandémie, à Wuhan, serait liée au grand nombre de tours 5G installées dans la ville alors qu’en réalité le réseau 5G n’y est même pas encore totalement déployé. D’autres théories prétendent que les ondes émises par les infrastructures 5G affaibliraient notre système immunitaire.

Sur son site, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a dû mettre en garde le public contre la désinformation en lien avec les réseaux de téléphonie 5G en précisant qu’ils ne propagent pas la COVID-19 et que les virus ne circulent pas sur les ondes radio ou par les réseaux mobiles. De plus, la COVID-19 se propage dans de nombreux pays qui n’ont pas de réseau mobile 5G !

Une technologie révolutionnaire ?

Considérée comme la cinquième génération de technologies de communication sans-fil, la 5G devrait permettre de mieux faire face à l’explosion du trafic mondial de données prévue pour les années à venir. Au-delà d’améliorer les capacités techniques du réseau 4G, ce nouveau standard franchit l’ultime frontière essentielle pour des communications massives et simultanées entre machines.

La 5G accélérera l’automatisation des industries, la mise en circulation des véhicules autonomes, le développement des villes intelligentes, la télésanté et la chirurgie à distance. Tout ceci sera rendu possible grâce à trois principaux facteurs : l’augmentation des vitesses de connexion (grâce à l’amélioration de l’utilisation de bandes à haute fréquence), la réduction du temps de latence et l’utilisation d’infrastructures de nouvelle génération telles que des petites antennes directionnelles. Ces antennes munies de dispositifs de relais de signal peuvent être intégrées dans le mobilier urbain, les bâtiments, le transport et les services publics, de sorte à favoriser une diffusion ciblée du signal.

Mais quel serait le prix à payer pour nos sociétés et quelle est l’acceptabilité sociale de ces nouveaux dispositifs ultraconnectés, tenant compte des risques et effets potentiels et réels pour la santé humaine ?

Le déploiement au Canada

Considérée par le Conseil canadien des technologies de l’information et des communications (CTIC) comme « la dernière mine d’or », le déploiement de la 5G au Canada est dans une phase de précommercialisation et il faudra attendre encore plusieurs mois pour que les Canadiens puissent vraiment profiter des services et usages innovants associés à cette technologie.

Depuis la fin de 2019, les grandes entreprises de télécommunication ont annoncé la construction de leur réseau et le choix de leurs équipementiers. Rogers s’est ainsi allié au géant suédois Ericsson, Vidéotron au sud-coréen Samsung, Bell a choisi le finlandais Nokia et Telus a conclu un partenariat avec le chinois Huawei. Précisons que le gouvernement fédéral n’a toujours pas autorisé les fournisseurs canadiens à utiliser les équipements de Huawei. Ce dossier est délicat, compte tenu des allégations d’espionnage qui pèsent sur Huawei, soupçonnée d’avoir des liens avec le gouvernement chinois.

L’arrestation à Vancouver de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei et l’escalade des tensions diplomatiques entre le Canada et la Chine met Ottawa dans une situation embarrassante. On attend encore les résultats de l’enquête menée sur la menace pour la sécurité nationale afin de savoir si Huawei sera autorisée à participer aux opérations d’installation de la 5G au Canada. Rappelons que d’après un sondage publié par Angus Reid à la fin de décembre 2019, une majorité de Canadiens (69 %) souhaite que le géant chinois des télécoms ne joue aucun rôle dans le déploiement de la technologie mobile 5G au Canada.

Par ailleurs, des retards sont à prévoir dans l’attribution des fréquences et la mise en place des réseaux 5G en raison de la pandémie de COVID-19. Le dernier Ericsson Mobility Report estime que le marché de la 5G ne décollera véritablement qu’à partir de 2021 et prévoit plus d’un milliard d’abonnements dans le monde d’ici 2023.

Source : GSMA, The Mobile Economy 2020, p.13.

Pas de danger pour la santé humaine

Plusieurs scientifiques se préoccupent des éventuels effets de l’exposition aux champs électromagnétiques générés par les dispositifs connectés au réseau 5G.

Certaines études, dont celle de l’ANSES, rapportent des symptômes réels observés chez les personnes dites « électrosensibles » comme le stress, les maux de tête, des troubles cardiaques et une altération des fonctions cognitives (mémoire, attention, coordination) chez les enfants. Néanmoins, il n’existe pas de diagnostic scientifiquement validé et on ne peut établir aujourd’hui un lien de causalité entre ces symptômes (qui demeurent inexplicables) et l’exposition aux champs électromagnétiques.

D’autres chercheurs, dont le physicien Paul Héroux, professeur à la Faculté de médecine de l’Université McGill, évoquent à long terme des risques de multiplication des cas de cancers, compte tenu de la détérioration de l’environnement provoquée par les effets chimiques potentiels de l’émission des radiofréquences par les futurs réseaux 5G.

Toutefois, d’autres recherches validées par l’OMS et des tests réalisés par les autorités sanitaires dans plusieurs pays, dont Santé Canada, le centre de recherche sur les communications Canada et l’Institut national de santé publique du Québec au Canada concluent pour le moment que la 5G ne représente pas de danger pour la santé humaine, compte tenu des normes nationales et internationales qui limitent l’exposition aux radiofréquences.

Déjà, rappelons un fait établi : les ondes électromagnétiques (comme celles émises par les fours à micro-ondes, les appareils électroménagers, les ordinateurs, les routeurs wifi, les téléphones cellulaires et d’autres appareils sans-fil) sont non ionisantes. Contrairement aux rayons X ou ultraviolets, elles ne seraient pas assez puissantes pour atteindre les cellules du corps humain et affecter notre système immunitaire.

L’objet de toutes les peurs

La 5G est devenue un enjeu controversé et cristallise toutes les préoccupations de la société. Ce n’est pas la première fois (et pas la dernière) que le progrès technologique est remis en cause en raison d’une peur irrationnelle, elle-même engendrée par l’incertitude concernant les risques d’une technologie perçue comme invasive.

Or l’enthousiasme débordant des technophiles et autres « premiers utilisateurs » d’innovations technologiques ne doit pas non plus nous faire tomber dans le « solutionnisme technologique », qui présenterait la 5G comme LA nouvelle technologie salvatrice. D’autre part, le scepticisme des technophobes et l’opposition des militants anti-5G et des conspirationnistes ne doivent pas nous faire sombrer dans la paranoïa collective.

Entre ces deux extrêmes et dans le contexte actuel, propice à un changement de paradigme, nous recommandons une troisième voie : réinventer les rapports de la société avec les technologies de façon rationnelle. Le temps est venu pour les entreprises, les pouvoirs publics et les citoyens de s’interroger sur les défis, les opportunités, les vices et vertus de la numérisation généralisée de la société. Le déploiement de la 5G fait partie de ce processus et constitue à la fois un nouveau défi et une occasion de progrès sociétal.

Il est tout à fait possible d’embrasser les promesses de la transformation numérique sans négliger pour autant de prendre les précautions nécessaires pour la santé et l’environnement. Il ne faut pas tomber dans le déterminisme technologique et croire que nous n’avons aucun pouvoir sur ces technologies.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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Prouvez le qu’il n’y a aucun risque avant de faire la propagande de complotisme et surtout le déploiement des satellites et des tours et dispositifs! Vous étés un média acheté par télécommunications et entreprise qui feront des millions tout en mettant en danger notre santé!!! On dit non!!! On est pas des cobail!!! On veut des études indépendantes! On ne croit plus en oms! Arrêter de faire dite faussetés ! On est tanné de se faire prendre pour des idiots!

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Il faut prouver qu’il n’y a aucun risque avant de faire la propagande de complotisme et surtout le déploiement des satellites et des tours et dispositifs en cachette pendant le confinement! Vous êtes un média acheté par télécommunications et entreprise qui feront des millions tout en mettant en danger notre santé?On dit non!!! On est pas des cobails! On veut des études indépendantes! On veut un moratoire! C’est simple! On croit plus en oms ! Arrêtez de dire des faussetés ! Il y a des centaines et même des milliers de scientifiques, médecins, astronomes qui disent le contraire avec des preuves et des faits !

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