La réalité augmentée gagne le commerce électronique

Après les jeux vidéo et les applications mobiles, c’est au tour des commerces électroniques de s’intéresser à la réalité augmentée. Si la technologie a encore beaucoup de chemin à faire, de plus en plus d’expériences s’avèrent convaincantes, explique notre chroniqueur techno Maxime Johnson.

En appuyant simplement sur un bouton, la caméra du téléphone intelligent ou de l’ordinateur des clients de Clearly.ca s’active et un modèle en trois dimensions de la monture de leur choix apparaît sur leur visage. Les lunettes suivent les mouvements de la tête, et peuvent être observées de tous les angles. Aucune application n’a besoin d’être téléchargée, aucune mesure ne doit être prise. L’essayage virtuel ne prend au bas mot que quelques secondes.

Il s’agit là de la nouvelle option, offerte depuis cet été, de la lunetterie en ligne.

« Quand les gens essaient une première paire de lunettes en réalité augmentée, ils en essaient généralement une quinzaine par la suite. C’est comme dans un magasin », se réjouit Arnaud Bussieres, président-directeur général de Clearly. Pour l’entrepreneur, le succès est sans équivoque. « Ceux qui utilisent l’outil achètent 2,5 fois plus que les gens qui n’utilisent pas l’outil », poursuit-il.

Arnaud Bussieres s’attendait à ce que la réalité augmentée ait un impact important sur ses ventes. « L’achat de lunettes en ligne se démocratise de plus en plus, mais il y a encore beaucoup de consommateurs qui ressentent le besoin d’essayer les montures avant de les acheter », note le PDG. « On ne s’attendait toutefois pas à une hausse aussi élevée », ajoute-t-il.

Clearly fait partie d’une nouvelle vague d’entreprises qui ont adopté la réalité augmentée, cette technologie qui permet d’afficher des éléments virtuels sur une image réelle. Après les grandes marques comme IKEA, pour voir ses futurs meubles dans sa demeure, et Sephora, pour se maquiller virtuellement, des entreprises de toutes les tailles embrassent désormais la réalité virtuelle, ne serait-ce que pour l’apprivoiser le temps d’un essai.

Parmi les bons coups, notons le fabricant de poussettes Bumbleride, qui a numérisé ses modèles en positions régulières et repliées, pour que ses clients puissent voir la place qu’elles occupent sur le trottoir et dans un véhicule. Une version d’essai de la fonctionnalité est offerte dès maintenant, mais son lancement officiel est prévu pour le 1er octobre, selon ce que l’entreprise a confirmé à L’actualité.

La marque d’autocuiseurs Instant Pot, le fabricant de vélos Pure Cycles, la lunetterie BonLook sont d’autres exemples de commerces qui offrent la technologie sur leur site Web.

La firme de recherche Gartner estime d’ailleurs que d’ici 2020, 100 millions de consommateurs dans le monde auront magasiné au moins une fois en réalité augmentée, que ce soit à la maison ou dans une boutique.

Des outils technologiques accessibles

Si la réalité augmentée commence à gagner en popularité dans le commerce électronique, c’est en grande partie à cause de sa nouvelle accessibilité, tant pour les entreprises qui la déploient que pour les consommateurs qui en profitent. « La technologie est encore jeune, mais elle est de plus en plus facile à utiliser. Avant, il fallait absolument télécharger une application. Aujourd’hui, tout peut se faire dans le navigateur Web », observe Daniel Beauchamp, responsable de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée chez la plateforme de commerce en ligne Shopify.

Shopify a lancé l’année dernière un outil permettant aux détaillants qui utilisent ses services de présenter leurs produits en réalité augmentée. Cette fonctionnalité devrait prochainement être simplifiée encore davantage, en plus d’être lancée sur Android.

« Les commerçants vont pouvoir ajouter un modèle 3D de leurs produits sur leur site pour être vus en réalité augmentée de la même façon qu’ils intégreraient une photo », annonce Daniel Beauchamp. Le seul défi technique sera de numériser leurs items, ce qui peut être fait par des entreprises tierces. Il suffit dans bien des cas d’envoyer plusieurs photos d’un article sous différents angles pour que des artistes 3D le numérisent. « Généralement, ça coûte 100 $ pour un objet simple, puis le prix augmente avec la complexité », explique Daniel Beauchamp.

Les modèles utilisés pour la réalité augmentée sont alors les mêmes qui pourront être consultés en réalité virtuelle, présentés dans des filtres sur Snapchat, Facebook et Instagram ou encore utilisés dans des publicités. « Investir dans la numérisation 3D aujourd’hui est une façon de se préparer pour l’avenir et d’être prêt lorsque de nouvelles opportunités commerciales se présenteront », croit-il.

Pour sa part, Clearly a développé sa propre solution technologique afin que celle-ci réponde précisément à ses besoins et elle numérise elle-même toutes ses nouvelles montures. Arnaud Bussieres prévoit que l’aventure devrait lui coûter environ 100 000 $ par année, en incluant les ressources attribuées à faire évoluer la technologie. « C’est tout à fait acceptable comme montant », juge-t-il. Ce dernier s’attend d’ailleurs à ce que ses concurrents adoptent aussi la réalité augmentée. « Je pense que tout le monde l’aura. Sinon, ce sera au détriment de leur entreprise », prédit-il.

Clearly travaille d’ailleurs déjà sur les prochaines versions de son outil. « On est en train de l’adapter pour qu’il soit possible d’essayer des lunettes directement sur Facebook et YouTube », dévoile le PDG.

À plus long terme, celui-ci s’attend même à ce qu’il soit possible d’effectuer des examens de la vue avec son téléphone. « Il y a déjà des technologies qui existent. Elles ne sont pas aussi précises qu’un ophtalmologiste, mais les résultats sont prometteurs », note-t-il. En plus d’essayer leurs lunettes, les consommateurs pourront donc peut-être bientôt obtenir des prescriptions simples, comme la myopie et l’hypermétropie.

Pour Shopify, la prochaine étape sera l’arrivée de la réalité virtuelle pour voir les produits non pas dans son espace, mais sur soi. « Nous voulons permettre aux consommateurs d’essayer des lunettes de soleil, des chapeaux et des bijoux. Et même ultimement des vêtements. Nous ne sommes pas encore rendus là, mais c’est dans nos plans. Nous voulons que tous les secteurs puissent l’utiliser », affirme Daniel Beauchamp.

Voilà plus de 20 ans que les commerces électroniques s’efforcent à ce que le magasinage en ligne ressemble le plus possible à l’expérience traditionnelle en boutique. La réalité augmentée s’annonce être une étape importante de plus dans cette longue progression.

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