La réalité virtuelle pour transformer le télétravail

Souvent associée aux jeux vidéo, aux documentaires et à l’art, la réalité virtuelle devient aussi un outil de télétravail. Une tendance encore marginale, mais qui pourrait séduire un nombre croissant de travailleurs dans les prochaines années.

Une réunion en réalité virtuelle avec le logiciel Spatial. Photo : Spatial

Twitter, Box, Shopify : au cours des dernières semaines, des entreprises technologiques ont annoncé que le travail à domicile deviendrait leur nouveau mode de fonctionnement par défaut. Et ce, même après la pandémie.

Du temps gagné pour les employés à la réduction du trafic routier, l’adoption du télétravail comporte de nombreux avantages pour la société. Certains s’inquiètent toutefois de cette transition, surtout en pleine pandémie, alors que les contacts humains se font rares. Sans compter le fait que les réunions à distance ne sont pas toujours aussi efficaces que celles qui se déroulent en chair et en os. Et certains n’occupent tout simplement pas un logement adapté au télétravail en permanence.

Toutefois, le télétravail en réalité virtuelle et en réalité augmentée – où des images virtuelles sont superposées au monde réel – pourrait changer la donne.

« Regarder un visage en 2D sur un écran, ce n’est pas la même chose que d’être dans la même pièce avec cette personne. Mais si la réunion se déroule en 3D tout autour de nous, la dynamique change. Les collaborateurs sont plus motivés et plus présents », affirme en entrevue avec L’actualité Anand Agarawala, PDG et cofondateur de Spatial, une entreprise américaine de collaboration en réalité virtuelle et en réalité augmentée.

La plateforme de Spatial est l’une des nombreuses applications de collaboration en réalité virtuelle qui ont vu le jour au cours des dernières années. Tout comme ses concurrentes Glue et Immersed, elle permet à des collègues d’être dans une même pièce virtuelle, peu importe où qu’ils soient sur la planète.

Photo : Immersed.

Leurs utilisateurs sont généralement représentés par des avatars. Ces personnages numériques peuvent être relativement réalistes (Spatial crée par exemple les siens à partir d’une photo), alors que d’autres avatars ressemblent plutôt à un dessin animé. « Passer la journée devant l’ordinateur tout en étant tiré à quatre épingles, c’est drainant. En réalité virtuelle, avec un avatar, on n’a pas besoin de se montrer à la caméra », notait cette semaine Jussi Havu, PDG de la plateforme Glue, lors de la conférence en ligne sur la réalité augmentée et la réalité virtuelle AWE 2020.

Selon la plateforme qu’ils utilisent, les collaborateurs peuvent ainsi partager l’écran de leur ordinateur pour montrer des documents, écrire sur des tableaux et regarder des designs en 3D, tout comme ils le feraient dans la vraie vie. Par exemple, des designers du fabricant Mattel utilisent Spatial pour développer ensemble de nouveaux jouets, tandis que ceux de Nestlé Purina y partagent des prototypes d’emballages.

Certains logiciels, tels Immersed, s’utilisent aussi en solo, ce qui permet à des travailleurs de s’évader de leur bureau à la maison. « On a des utilisateurs qui passent plus de 40 heures par semaine dans la plateforme Immersed », observe le fondateur et PDG de l’entreprise Renji Bijoy en entrevue avec L’actualité. Pour ce dernier, la réalité virtuelle est d’ailleurs une solution à long terme pour ceux qui vivent dans un logement trop petit ou mal adapté au travail à domicile.

Un outil parmi tant d’autres

Passer la journée en réalité virtuelle, ça reste toutefois l’exception plutôt que la norme. Même s’il faut allonger un peu plus de 500 dollars pour un produit de bonne qualité, les casques de réalité virtuelle sont encombrants et peu confortables après plusieurs heures. En outre, les outils de télétravail ne sont pas tous au point. Des opérations aussi simples qu’écrire ou rejoindre une réunion, par exemple, peuvent s’avérer ardues ou encore trop complexes.

« Ces plateformes sont préliminaires. Elles sont encore en train d’être inventées », observait d’ailleurs Charlie Fink,  un consultant en réalité augmentée et en réalité virtuelle, lors de l’événement AWE 2020.

« Nous ne nous attendons pas à ce que les utilisateurs passent leurs journées en réalité virtuelle. Du moins, pas pour les prochaines années », ajoute Isabel Tewes, gestionnaire de produits pour la réalité virtuelle en entreprises chez Facebook, en entrevue avec L’actualité. Par le biais de sa filiale Oculus, le géant du Web est l’un des plus grands fabricants de casques de réalité virtuelle au monde.

« Pour l’instant, la réalité virtuelle est surtout utilisée lorsqu’elle se démarque des autres technologies », note la gestionnaire. Un designer peut ainsi rencontrer virtuellement ses collègues pour analyser une maquette en réalité virtuelle, mais ensuite l’améliorer sur son ordinateur. « Les téléphones intelligents n’ont pas remplacé les ordinateurs », rappele d’ailleurs Isabel Tewes. 

Des améliorations attendues

Au cours des prochaines années, à défaut de s’imposer unilatéralement, la réalité virtuelle étoffera l’éventail des nombreux outils facilitant le télétravail. Récemment, Facebook dévoilait d’ailleurs plusieurs projets à long terme afin d’améliorer le réalisme et l’efficacité de ses produits. Les travailleurs du futur avec des lunettes de réalité augmentée pourraient par exemple profiter d’écrans virtuels permettant d’augmenter leur productivité sans encombrer leur espace physique.

 

La « présence sociale », cette sensation qui nous fait oublier qu’une réunion virtuelle se déroule sur un écran devant nos yeux, pourrait aussi être améliorée avec la mise en place d’avatars de plus en plus réalistes. Le projet Codec Avatars, sur lequel planche Facebook, a ainsi permis de réaliser des modèles 3D impressionnants, mais encore trop sophistiqués pour la technologie actuelle.

À plus court terme, on peut aussi s’attendre à ce que le poids des casques diminue et que leur puissance augmente. Selon certains observateurs du milieu, des prototypes permettant de suivre les mouvements des yeux et du visage de l’utilisateur au moyen de capteurs — et d’ainsi augmenter le sentiment de présence avec les avatars — seraient aussi à l’essai.

À l’heure actuelle, ce ne sont toutefois pas les avancées technologiques ou de nouveaux outils qui propulsent le plus la réalité virtuelle : c’est plutôt la pandémie. Selon le PDG de Spatial, les demandes pour son logiciel auraient augmenté de 1 000 % avec l’arrivée de la COVID-19. « La demande ne provient désormais plus seulement des grandes compagnies Fortune 1000 comme c’était le cas avant. De petites et moyennes entreprises nous contactent, et même des particuliers », précise Anand Agarawala.

Autre signe d’un intérêt renouvelé pour la réalité virtuelle : partout dans le monde, de nombreux modèles de casques sont régulièrement en rupture de stock.

La réalité virtuelle a longtemps donné l’impression d’être une solution en quête de problèmes à résoudre. Avec les millions de travailleurs partout dans le monde qui doivent collaborer avec leurs collègues depuis la maison, la technologie a peut-être finalement trouvé la raison qui entraînera son adoption à grande échelle.

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