L’accent des assistants vocaux

La façon dont on parle au Québec pourrait être influencée par des logiciels conçus en Californie.

Photo : iStockPhoto

Les trois assistants vocaux les plus populaires — Alexa (Amazon), Assistant Google (Google) et Siri (Apple) — s’expriment désormais en français québécois. La qualité des échanges suscite une agréable surprise au premier abord, mais on se rend compte avec le temps que les assistants ne maîtrisent pas toujours les nuances de la langue de Michel Tremblay.

Ces assistants vocaux, des logiciels en ligne qui répondent à nos questions et exécutent nos commandes dans les maisons connectées, ont la cote. Ils sont déjà utilisés par 34 % des Canadiens, selon une étude publiée en début d’année par Accenture, une société internationale de conseil et de technologies.

Même s’ils sont conçus au cœur de la Silicon Valley, ces assistants vocaux comprennent étonnamment bien certaines particularités du vocabulaire québécois, comme « Dis, Siri, monte le chauffage » ou « O.K. Google, y fait-tu frette dehors ? » Quand on demande à Alexa quelle est sa chanson préférée, on constate que son répertoire de réponses comprend des références à « La force de comprendre », du groupe hip-hop québécois Dubmatique. Une poignée de consultants embauchés au Canada adaptent la personnalité des assistants et expliquent aux linguistes californiens les spécificités du langage parlé et de la culture au Québec.

Quiconque utilise ces assistants au quotidien se rend cependant vite compte des limites de leur bilinguisme. Ceux-ci peinent souvent à suivre lorsqu’on passe d’une langue à l’autre, que ce soit pour entendre « Think About You », de Jean Leloup, ou pour connaître la route à suivre pour se rendre à une adresse située sur le chemin Queen-Mary, à Montréal.

Alexa fait régulièrement jouer des pièces qui n’ont aucun lien avec celles demandées en français, et Siri prononce souvent les mots anglais à la française. Google permet qu’on l’aborde dans les deux langues d’une fois à l’autre, mais l’assistant comprend moins bien la commande francophone « O.K. Google » que son équivalent anglophone « Hey Google ». Il faut alors répéter une fois, deux fois, trois fois… S’exprimer dans la langue de Shakespeare devient parfois plus simple que de persévérer en français.

Le problème peut sembler anodin, mais les experts s’attendent à ce que l’adoption de cette technologie explose dans les prochaines années, ne serait-ce qu’en raison de son intégration dans de plus en plus d’appareils, comme les télés connectées et les voitures intelligentes. Devoir répéter le titre d’une chanson pour nous faire comprendre est une chose, mais rater une sortie d’autoroute parce que notre véhicule autonome saisit mal notre accent en est une autre.

La situation se corrigera peut-être d’elle-même, puisque l’apprentissage profond permet aux systèmes vocaux d’apprendre de leurs erreurs et de s’améliorer avec le temps. C’est du moins ce que les géants technos prévoient. On l’espère, car un bilinguisme parfait de la part des assistants vocaux sera essentiel pour bien se faire comprendre dans le monde connecté de demain. Il est tout de même dommage que des entreprises situées aux États-Unis aient une si grande influence sur l’avenir de notre langue.

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